Des États membres réclament de la transparence sur les négociations commerciales avec les États-Unis

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne et Donald Trump, le président américain. [Stephan Wermuth/EPA]

Certains États membres, qui s’estiment trop peu informés, s’inquiètent de la tournure que prennent les discussions commerciales avec les États-Unis. Ils se disent « nerveux » sur le contenu de l’accord.

Lors de sa rencontre avec Donald Trump au Forum économique de Davos en janvier, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, avait déclaré qu’elle se rendrait bientôt à Washington. Elle avait ajouté que les deux parties parviendraient à un accord pour régler leur différend commercial « dans les prochaines semaines ».

A Davos, Ursula von der Leyen et Donald Trump s’efforcent d’arrondir les angles

Ursula von der Leyen, qui a rencontré Donald Trump à Davos, s’est engagée à faire avancer les relations transatlantiques après une période de tensions et de menaces commerciales entre les deux alliés.

Ursula von der Leyen aurait dû se rendre à Washington les 6 et 7 février. Au lieu de cela, elle a mandaté son commissaire au commerce, Phil Hogan, et le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la sécurité, Josep Borrell, pour s’entretenir avec l’administration Trump.

Mais des diplomates se sont plaints que la présidente de la Commission ne tenait pas les États membres au courant de ses projets ou de ce qu’elle avait l’intention de proposer à Donald Trump.

« Tout le monde est très nerveux, personne ne sait ce que va faire la Commission », assure un diplomate .

Nombreux sont ceux qui pensent que la priorité d’Ursula von der Leyen, qui fut ministre de la Défense en Allemagne, est de protéger les intérêts de son pays et de sa puissante industrie automobile en évitant de futurs droits de douane, ajoute-t-il.

Donald Trump a fait savoir qu’il avait dit à Ursula von der Leyen : « Si nous n’obtenons rien, je vais devoir agir et ces mesures prendront la forme de droits de douane très élevés sur [vos] voitures et les autres marchandises qui arrivent dans notre pays. »

Cherchant à minimiser les préoccupations de certains États membres, un autre diplomate européen note que « nous aurions partagé ces craintes si nous n’avions pas eu autant confiance dans la capacité de la Commission à gérer ces négociations commerciales ».

Il admet que « l’Allemagne est très inquiète » concernant d’éventuels droits de douane. Mais au vu de l’action menée par Ursula von der Leyen au cours de ses premiers mois d’activité, « nous avons confiance en sa capacité à prendre les distances qui s’imposent avec sa nationalité ».

Les nouveaux droits de douane américains sur l’UE entrent en vigueur

Avions, vins français, fromages italiens, whiskys écossais : les États-Unis ont imposé vendredi pour 7,5 milliards de dollars de droits de douane supplémentaires sur un éventail de marchandises en provenance des pays de l’Union européenne.

Un fonctionnaire de la Commission rappelle que le mandat de négociation octroyé par les États membres au printemps dernier est « très clair ».

Les gouvernements nationaux ont autorisé la Commission à négocier avec les États-Unis sur le contrôle de la conformité nécessaire dans certains secteurs afin de faciliter les échanges commerciaux, ainsi que sur la suppression des droits de douane sur les biens industriels.

Après avoir rencontré Donald Trump, Ursula von der Leyen s’est dite convaincue que les deux parties pouvaient s’engager dans un programme positif en matière de commerce, de technologie, d’énergie « et dans bien d’autres secteurs encore ».

Bien que la Commission bénéficie de la confiance des gouvernements pour défendre les intérêts de l’UE dans son ensemble, ceux-ci resteront « vigilants », en particulier sur certains aspects ayant trait à l’agriculture, souligne un troisième diplomate européen.

Selon une source proche des discussions, la Commission dispose d’une « grande marge de manœuvre » dans le cadre du mandat, notamment pour assouplir les mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) qui pourraient faciliter l’importation de produits agroalimentaires américains.

Poulet chloré

Selon lui, la levée de l’interdiction des importations de poulet chloré dans l’UE, que Washington réclame de longue date, pourrait entrer dans le cadre de cette modification.

Un haut fonctionnaire de l’UE relève que l’ajustement des mesures SPS pourrait constituer un moyen de contourner l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations UE-USA depuis l’automne dernier, lorsqu’il a été question d’inclure l’agriculture, une ligne rouge pour les Européens.

Mais les diplomates doutent qu’il soit possible de conclure un accord avec les États-Unis sans un nouveau mandat qui inclurait les produits agricoles.

Selon le secrétaire américain à l’agriculture, Sonny Perdue, apporter des changements aux obstacles réglementaires ne serait pas suffisant, car l’objectif du gouvernement est de parvenir à une situation plus équilibrée en remédiant au déficit commercial agricole de 12 milliards de dollars que les États-Unis affichent vis-à-vis de l’UE.

Les risques de voir de nouveaux droits de douane frapper l’industrie automobile viennent s’ajouter à d’autres litiges entre l’UE et les États-Unis.

L’administration Trump a également menacé d’imposer de nouvelles taxes douanières sur les produits français en réponse à la taxe numérique de Paris.

Trump et Macron calment le jeu sur la taxe numérique

Donald Trump et Emmanuel Macron ont convenu de suspendre toute surenchère dans le conflit qui oppose Washington et Paris sur la taxe française sur le numérique d’ici la fin des négociations en cours au sein de l’OCDE.

En outre, Washington envisageait de faire passer de 25 à 100 % les droits de douane imposés sur les produits agroalimentaires européens en provenance d’Allemagne, de France, du Royaume-Uni et d’Espagne, dans le cadre des tarifs compensatoires autorisés par l’Organisation mondiale du commerce dans l’affaire Airbus.

L’Espagne va à Washington

En attendant, certains États membres se préparent à soumettre leurs demandes directement à l’administration américaine.

Les ministres espagnoles des Affaires étrangères et du Commerce, Arancha González et Reyes Maroto, se rendront aux États-Unis dans les prochains jours.

Reyes Maroto a déjà fait part à Phil Hogan de ses préoccupations concernant l’augmentation potentielle des droits de douane dans le secteur agroalimentaire, que Madrid considère comme « injuste » pour les agriculteurs espagnols. Ceux-ci protestent actuellement chez eux contre la chute de leurs bénéfices.

Les autorités espagnoles ont rappelé que Madrid n’avait pas d’excédent commercial avec les États-Unis concernant les marchandises, et n’avait qu’une participation minoritaire (moins de 5 %) dans la fabrication des avions Airbus.

Malgré cela, l’Espagne a été le premier État membre frappé par les droits de douane de Donald Trump, lorsqu’il a imposé des taxes sur les olives noires.

Face à l’administration Trump, le gouvernement espagnol rappellera également la coopération militaire en cours entre les deux pays. L’Espagne accueille une base navale américaine à Rota (Cadix), importante pour les opérations des États-Unis en Méditerranée.

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