Les États membres durcissent le ton vis-à-vis de la Chine

L’UE cherche à rééquilibrer sa relation avec Pékin, alors que la Chine est devenue une « rivale systémique » économique et commerciale de l’Europe.

Alliée ou rivale ? La Chine appartient aujourd’hui à la seconde catégorie pour les pays européens. Pékin est « concurrent économique dans la poursuite d’un leadership technologique, et un rival systémique dans la promotion de modèles alternatifs de gouvernance », précise un document publié la semaine dernière, par la Commission européenne.

Cette analyse est soutenue par les 28 États membres,  estime la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la sécurité, Federica Mogherini.  « Je n’ai pas entendu de réserves ou de critiques envers notre approche », a-t-elle précisé à des journalistes à l’issue d’un Conseil des ministres européens sur les relations UE-Chine

Pour la première fois, un responsable chinois, le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, participait à la réunion du Conseil. Signe d’une période critique dans les relations entre les deux blocs.

Wang Yi a assuré que l’UE et la Chine se trouvaient dans une « certaine concurrence » mais que « l’important est que la coopération soit le thème principal des relations UE-Chine ».

Les responsables et diplomates européens s’inquiètent de plus en plus du risque d’une coopération des entreprises chinoises basées en Europe avec les services de renseignement chinois. L’inquiétude se porte surtout sur Huawei, une société leader dans l’infrastructure de communications.

Wang Yi a demandé aux Européens de ne pas emboîter le pas aux Américains qui ont exclu la firme chinoise de leur marché. Certains États membres envisagent de prendre cette mesure.

« Nous nous opposons à ces accusations non fondées et politiques et aux tentatives de renversement d’une entreprise étrangère », a-t-il déclaré le 18 mars. « Nous pensons que de telles pratiques sont anormales et immorales. »

Huawei tente de rassurer l’UE

Il n’y a jamais eu aucun vrai « problème de cybersécurité » à Huawei, assure un représentant de la firme chinoise.

Les Européens se sont également plaints des restrictions auxquelles sont confrontées leurs entreprises pour accéder au marché chinois et du transfert forcé de technologie qu’elles subissent dans ce pays asiatique.

Federica  Mogherini a déclaré que, lors de la discussion « extrêmement positive et amicale », les deux parties avaient identifié des domaines permettant « de garantir que les relations entre l’Union européenne et la Chine se déroulent dans un cadre équitable, respectueux, équilibré et mutuellement bénéfique ».

Malgré le ton cordial, l’Europe durcit sa position vis-à-vis de Pékin. Les 28 États membres ont déjà renforcé leurs instruments de défense commerciale pour lutter contre les subventions de la Chine. En outre, les dirigeants de l’UE chargeront la Commission, dans le courant de la semaine, de proposer des mesures supplémentaires pour lutter contre les pratiques déloyales, selon le dernier projet de conclusions du sommet européen consulté par Euractiv.

Les dirigeants de l’UE inviteront aussi leurs ministres et le Parlement à achever les négociations en vue de la création d’un nouvel instrument international pour les marchés publics. Ce mécanisme renforcerait l’influence de l’UE pour négocier l’accès au marché avec les pays tiers.

Wang Yi a pour sa part rappelé la récente loi approuvée par les députés chinois la semaine dernière pour ouvrir son économie aux investisseurs étrangers. Les fonctionnaires et diplomates européens restent cependant sceptiques quant aux efforts chinois, après des années de promesses non tenues et de mauvaise mise en œuvre. « Ça fait longtemps que je ne crois plus aux rois mages », a commenté un diplomate.

L’accès et les restrictions au marché seront l’un des principaux thèmes du sommet bilatéral qui se tiendra le 9 avril. Les Européens veulent convenir d’un ensemble d’échéances pour s’assurer que les Chinois tiennent leurs promesses de faciliter l’accès à leurs consommateurs et à leurs contrats.

La Chine et l’UE « s’accorderont d’ici l’été 2019 sur un ensemble d’obstacles et d’exigences prioritaires en matière d’accès au marché pour leurs opérateurs », peut-on lire dans les conclusions rédigées par l’UE, et vues par Reuters.

Le document fixe également 2020 comme objectif pour le traité bilatéral d’investissement en cours de négociation depuis près d’une décennie. Le déficit commercial de l’UE avec la Chine a légèrement augmenté en janvier, passant de  20,8 milliards il y a un an à 21,4 milliards, a confirmé Eurostat le 18 mars.

L’Europe renforce la surveillance des investissements étrangers

Le Parlement a approuvé la proposition visant à filtrer les investissements étrangers pour mieux surveiller les entreprises des pays tiers souhaitant investir dans les secteurs importants de l’UE.

Domaines de coopération

Le ministre chinois a reconnu que les deux partenaires avaient des « points de vue divergents » sur l’économie et le commerce. Même si la concurrence est inévitable selon lui, les deux parties ont plus à gagner d’une coopération équitable, neutre et non discriminatoire.

La Chine et l’UE ont mis l’accent sur leur coopération dans le maintien de l’accord iranien sur le nucléaire, dans la lutte contre le changement climatique, dans la mise en place des Objectifs de développement durable et dans le soutien à un ordre multilatéral basé sur des règles.

Federica  Mogherini a également ajouté qu’ils travaillaient à la réforme de l’Organisation mondiale du commerce  ainsi que sur des dossiers d’affaires étrangères tels que la Corée, l’Afghanistan et le Venezuela.

Elle a toutefois ajouté qu’il serait « naïf, voire même ridicule, de cacher nos divergences dans la manière dont nous concevons nos gouvernances et nos systèmes politiques. »

La participation de Wang Yi à la réunion de l’UE survient quelques jours avant la tournée européenne du président chinois Xi Jinping pour « souligner l’importance de l’Europe pour Pékin », a déclaré le diplomate chinois. En effet, Xi Jinping se rendra en Italie, en France et à Monaco en cette fin de semaine.

La Chine négocie en sous-main avec l'Italie

Selon un memo secret, la Chine prévoit de coopérer avec l’Italie dans le développement de nouvelles infrastructures, dans le cadre de la nouvelle route de la soie.

Le projet d’inclure l’Italie dans la nouvelle « Route de la soie » et le format 16+1 entre des pays européens et la Chine sont considérés par certains comme une stratégie pour diviser les Européens.

Federica Mogherini a réagi en soulignant que « si l’unité européenne est toujours un plus, face à la Chine elle est évidente, dans l’intérêt de tous les États membres ; parce qu’aucun d’eux n’a la taille, le poids ou le pouvoir de négocier d’égal à égal avec Pékin » en termes de commerce, d’investissement ou de questions de sécurité.

Le ministre chinois aux Affaires étrangères a aussitôt assuré que la Chine « soutient fermement l’intégration de l’UE ». Il souligne aussi la complémentarité entre l’énorme programme d’infrastructure « One belt, one road » et l’initiative européenne de financement d’infrastructure « Connecting Europe ».

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