Michel Barnier veut que les Européens produisent leurs propres drones

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Le commissaire en charge du marché intérieur doit dévoiler des propositions pour relancer la coopération dans le domaine de la défense. Il demande aux Européens de s'affranchir de leur dépendance des fabricants israéliens et américains en produisant eux-mêmes des drones.

La leçon que l’Europe peut tirer de l’affaire d’espionnage américain, c’est d’être « souveraine et indépendante en matière stratégique », selon Michel Barnier.

« Dans cette communication, nous faisons une proposition originale qui concerne les capacités européennes de défense », a indiqué le commissaire français.

« Pourquoi l'Europe ne pourrait-elle pas avoir un programme sur les drones ? », a-t-il demandé à quelques journalistes français basés à Bruxelles.

Ce système permettrait à l'Europe de « gagner sa souveraineté et [de] ne pas être obligée d’aller acheter des matériels à l’extérieur de l'Europe ». Les Européens ne peuvent acheter des drones qu'à deux pays au monde : les États-Unis et Israël.

Les réductions du budget de la défense ont encouragé les industriels européens à soutenir ce programme sur les drones. Dassault Aviation (France), EADS (Pays-Bas) et Finmeccanica (Italie) ont indiqué en juin qu'un programme commun « soutiendrait les besoins en capacité des forces armées européennes tout en optimisant la situation budgétaire difficile grâce à la mise en commun de financements dans la recherche et le développement ».

Les trois entreprises sont disposées à collaborer à la création d'un drone MALE (moyenne altitude longue endurance) qui permettrait de surveiller de vastes étendues pendant 24 heures.

Même si les questions de défense restent principalement du ressort des États membres, la Commission pourrait coordonner le programme sur les drones en faisant la promotion de la recherche et en harmonisant la législation sur l'espace aérien, différentes dans chaque pays.

Le commissaire Barnier a mentionné des navires-hôpitaux, des avions gros porteurs, des outils de surveillance maritime pour les drones, des équipements de cybersécurité et des laboratoires liés à la défense radiologique, nucléaire, biologique et chimique (DRNBC). Ces équipements « pourraient être acquis en commun et utilisés en cas de nécessité », a-t-il expliqué.

Le premier essai en vol du prototype nEUROn de Dassault en décembre 2012 a été un succès. Dassault et BAE Systems ont signé un accord avec les gouvernements britannique et français à la mi-2012. Ils proposent dans un projet commun de démontrer les aspects techniques et opérationnels d’un futur véhicule aérien sans pilote (UCAV).

Normes

Des coupes budgétaires ont frappé l'industrie européenne de la défense. Michel Barnier estime qu'un nouvel élan politique pourrait relancer la coopération dans ce domaine en mettant des ressources en commun.

L'ancien ministre français de la défense Hervé Morin avait prévenu en 2010 qu'avec le déclin des investissements dans la défense, l'Europe risquait d’être placée sous « un protectorat de fait » des États-Unis d'ici 50 ans.

Même si l'Europe n'est pas réellement compétente dans les questions militaires, des réglementations européennes dans certains domaines pourraient favoriser la coopération.  L'objectif de la communication est de promouvoir l'innovation et la croissance en soutenant les petites entreprises de défense et en encourageant les synergies entre la recherche militaire et civile.

Le commissaire français a cité « sept domaines » dans lesquels la Commission européenne pourrait proposer son aide et son expertise « dans les limites des traités » : les certifications, la normalisation, les marchés publics, l'espace, la recherche, le commerce et l'énergie.

De manière plus générale, la Commission souhaite faciliter les exportations pour les entreprises du secteur de la défense. Elle créerait des procédures normalisées en Europe pour certifier que les produits respectent les exigences au lieu d'organiser des essais coûteux dans chaque pays, selon une source de l'UE.

Les 28 chefs d'État et de gouvernements de l'UE discuteront de cette communication et l'approuveront probablement lors d'un sommet européen en décembre.

Contexte

La France et le Royaume-Uni ont lancé la politique européenne de sécurité et de défense en signant la Déclaration de Saint-Malo il y a plus de dix ans.

La Commission européenne a tenté de relancer la coopération en 2007 avec une communication sur la promotion d'une industrie européenne de la défense plus concurrentielle.

L'exécutif européen a créé une Task Force sur les industries de la défense et des marchés. Il a souligné que plus de 1 350 petites et moyennes entreprises (PME) sont présentes dans ce secteur.

En 2010, la France a demandé à ses partenaires européens de lutter contre l'austérité en renforçant la coopération dans le domaine de la défense. Paris a prévenu que l'Europe risquait de devenir un pion des États-Unis et de la Chine le cas échéant.

Prochaines étapes

  • 24 juillet : la Commission européenne présente une communication sur une stratégie globale pour renforcer le secteur européen de la défense
  • 26 sept. : les ministres européens de la défense débattent de la communication de la Commission
  • 19 nov. : réunion du G20 des ministres de la défense
  • 19-20 déc. : la communication pourrait être approuvée lors du sommet de l'UE

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Commission européenne

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