Washington met son veto à un accord commercial sans agriculture

Robert Lighthizer et Cecilia Malmström. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Les  États-Unis ne signeront pas d’accord commercial avec l’UE si celui-ci n’inclut pas les produits agricoles, a prévenu l’ambassadeur Gordon Sondland.

Les États de l’UE ont approuvé un mandat de négociation pour ouvrir les pourparlers en vue de la suppression des droits de douane entre l’UE et les États-Unis en avril, malgré l’opposition de la France.

Ce mandat ne permet pas aux représentants européens de discuter d’agriculture, uniquement de biens industriels. Au grand dam du gouvernement américain, qui ne cesse de pousser pour que l’accord comprenne les produits agricoles.

« Pour qu’un accord final soit ratifié par le Congrès, il devra inclure une partie sur l’agriculture. Je ne sais pas quelle ampleur l’accord doit avoir, il peut être symbolique ou substantiel, ou entre les deux, mais l’agriculture doit, d’une manière ou d’une autre, y figurer », a confirmé l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Gordon Sondland, lors du sommet d’affaires de Bruxelles.

La déclaration commune du président américain, Donald Trump, et du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, signée en juillet 2018, forme la base des négociations transatlantiques. Elle ne fait aucune mention de l’agriculture.

L’ambassadeur américain n’en démord cependant pas : il faudra parler agriculture, « même si on peut idéaliser le petit paysan français, on ne manque pas de petits paysans idéaux dans l’Iowa », a-t-il insisté. « Je ne pense pas que l’agriculture suffirait à combler le déficit commercial, mais elle doit en toute bonne foi figurer dans l’accord. »

La France s’est opposée à l’ouverture des négociations commerciales avec les États-Unis de peur de répéter le scénario du partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP). L’agriculture, et notamment les indications d’origine, était un point important de cet accord. Autre argument pour le gouvernement français : la décision de Washington de se désolidariser de l’action climatique et de l’accord de Paris.

Feu vert aux négociations commerciales entre l'Europe et les Etats-Unis, malgré l’opposition française

L’Europe devrait reprendre les négociations commerciales avec les États-Unis après l’accord des ambassadeurs à un mandat de la Commission européenne pour mener les pourparlers au nom des 28 États membres.

Réticences européennes

La visite de Jean-Claude Juncker à Washington en juillet dernier avait pour but d’apaiser les tensions entre les deux camps, après la décision américaine d’imposer des mesures restrictives sur les importations d’acier et d’aluminium et les menaces de droits de douane sur les voitures européennes.

À présent que le Conseil a validé le mandat, les vraies discussions peuvent commencer. À la fin du mois, le représentant au Commerce américain, Robert Lighthizer, et la commissaire européenne au commerce, Cecilia Mälmstrom, ont rendez-vous pour faire le bilan des progrès réalisés d’ici là.

Interrogé sur de possibles réticences européennes, Gordon Sondland n’a pas hésité : oui, il y en a ! « Dans son intérêt égoïste, l’UE n’a aucun intérêt à négocier cet accord », a-t-il déclaré, dénonçant les barrières non tarifaires et l’excédent commercial européen vis-à-vis des États-Unis, dont se plaignent les Américains depuis un an.

« Chaque jour qui passe sans que l’UE ne négocie un accord commercial avec les États-Unis est un bon jour pour l’UE » et un mauvais jour pour les États-Unis, parce que ce type de déséquilibre n’est pas tenable à long terme », assure-t-il. « Le président n’a pas le choix, il doit se pencher sur cette question. »

L’ambassadeur s’est pourtant montré confiant, estimant qu’il y aurait un accord et que « l’UE reconnaîtra bientôt » qu’à long terme « ces déséquilibres ne sont pas bénéfiques pour elle non plus ».

Reprise des négociations de libre-échange avec les Etats-Unis

La Commission européenne veut éliminer les droits de douane des biens industriels entre l’UE et les États-Unis. Mais l’hypothèse de nouveaux droits de douanes américains sur les voitures entraintera une riposte immédiate.

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