Pétrole : le prix du baril négatif en raison du mécanisme du marché à terme

L’expiration du contrat pour livraison en mai sur le marché à terme de New York a fait chuter le baril de pétrole à -37,63 dollars, une configuration inédite sur les marchés pétroliers. Un article de notre partenaire La Tribune.

Le prix du baril américain de pétrole brut coté à New York pour livraison en mai s’est effondré lundi, terminant à -37,63 dollars, une chute amplifiée par l’expiration imminente d’un contrat à terme qui a poussé les investisseurs à s’en délester à tout prix.

S’il a également baissé, le même baril pour livraison en juin s’est établi à 20,43 dollars. Une différence aussi monumentale entre ces deux contrats à terme s’explique par les paris des acteurs du marché et des spéculateurs. Quand ils achètent un de ces contrats, ils s’engagent à le livrer physiquement à un prix et à une date déterminés à l’avance.

Le contrat de mai du West Texas Intermediate (WTI) expirant ce mardi 21 avril à la clôture, les investisseurs possédant des barils sont confrontés à un dilemme : les vendre physiquement ou les stocker afin de les livrer plus tard.

Or les réserves américaines de pétrole ont énormément augmenté au cours des dernières semaines, rendant le stockage plus difficile et plus onéreux.

La plus forte hausse hebdomadaire des stocks

Dans son dernier rapport hebdomadaire, l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) a fait état d’une hausse de 19,2 millions de barils de brut sur une seule semaine, la plus forte hausse hebdomadaire depuis que ces statistiques sont publiées.

Le cabinet Rystad Energy a estimé lundi 20 avril que la capacité de stockage restante était de 21 millions de barils à Cushing, la ville de l’Oklahoma où sont stockés les barils servant de référence au WTI.

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Face à cette situation inédite, causée par un effondrement de la demande résultant de l’arrêt des transports et de l’activité économique, du fait de la pandémie de coronavirus, les barils pour livraison le mois prochain ont perdu toute leur valeur et les investisseurs souhaitant s’en délester n’ont d’autre choix que de mettre la main à la poche pour trouver preneur.

« Des acteurs de taille moyenne payent les « acheteurs » pour écouler leurs volumes de pétrole, la limite physique de stockage étant sur le point d’être atteinte. Et ils payent cher ! », explique Louis Dickson de Rystad Energy.

Pour la spécialiste, cela signifie que « des fermetures » de puits, « voire des faillites, pourraient désormais revenir moins cher à certains producteurs que de payer des dizaines de millions de dollars pour se débarrasser de ce qu’ils produisent. »

En revanche, ceux qui préfèrent ou qui ont les moyens de vendre plus tard en stockant leur or noir misent sur le fait que les cours auront remonté d’ici là. Ils estiment notamment que la consommation mondiale de brut et de produits raffinés redémarrera en même temps que l’activité économique.

Marché en contango

Cette situation se traduit par un phénomène de « contango », ou report, où le prix d’un contrat à terme augmente à mesure que l’échéance est éloignée dans le temps.

Ainsi, le contrat de WTI pour livraison en juillet a fini à 26,28 dollars et celui pour livraison en août à 28,51 dollars.

Autre indicateur qui a conduit certains analystes à ne pas surestimer l’effondrement du WTI mardi : le baril de Brent de la mer du Nord, dont le contrat le plus actif expire en juin, a fini à 25,57 dollars.

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