Pourquoi l’économie britannique résiste bien au Brexit

Fabriqués en France, usinés au Royaume-Uni et intégrés au moteur en Allemagne, les vilebrequins illustrent la forte intégration de l'économie britannique au reste du continent

Une consommation intérieure forte et le recul de la livre alimentent la croissance britannique. Mais le recul des investissements qui s’amorce tend à dessiner une résilience en trompe-l’œil.

« En tant qu’économistes, on s’est un peu tous trompés, il faut le reconnaitre ». Pour Marie Albert, responsable du risque pays à la Coface, la croissance persistante de l’économie britannique depuis l’annonce du Brexit est une surprise.

Mais le diagnostic reste posé pour la suite. Car près d’un an après le référendum qui a décidé de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le Brexit n’a pas encore commencé. Sur un an glissant, la livre sterling affiche un recul moyen de 10 %. « C’est le signe le plus visible du Brexit » assure la spécialiste, en constatant que le recul de la livre a permis aux entreprises britanniques d’exporter plus facilement, mais modérément : la Coface estime à +1,6 % l’impact de ce choc sur les exportations.

Consommation dynamique 

En revanche, le comportement des ménages a été inattendu : la consommation a été très dynamique, avec une hausse de 2,8 % en 2016, contribuant fortement à la croissance. Dans le même temps, l’endettement a progressé de 10 %, ce qui semble montrer la confiance des Britanniques dans l’avenir – ou une anticipation d’inflation, qui de fait est en train de se concrétiser.

Et c’est cette demande intérieure qui a tiré la croissance. Mais cette situation est de court terme : l’inflation progresse rapidement, les investissements commencent à reculer : en 2016, les investissements ont reculé de 1,5 %, et les entreprises voient leurs coûts augmenter du fait d’intrants plus chers en livre sterling .

« On voit une résilience des entreprises, qui est en trompe-l’œil : la situation est paradoxale, les entreprises font des profits records, le taux de chômage est faible, mais les intentions d’investissements reculent » constate Marie Albert, qui craint que les vraies conséquences du Brexit ne démarrent qu’après 2018.

Les trois risques du Brexit

Les trois canaux principaux de transmission de chocs potentiels restent les mêmes. Du point de vue commercial, le Royaume-Uni s’approvisionne pour 38 % de ses importations en UE et vend 46 % de ses exportations à l’UE. Or, dans tous les cas de figure, les entreprises britanniques verront leurs coûts augmenter. Si un accord commercial est trouvé d’ici 2019, qui placerait le Royaume-Uni dans une situation de type Norvège, les exportations seront tout de même affectées, de -6 %. Dans un scénario plus sombre, le recul atteindrait presque 8 % d’ici 2030.

Les investissements directs étrangers, qui ont déjà commencé à reculer, pourraient sombrer de 22 %, et peser sur les points forts du Royaume-Uni : la recherche, la finance, la pharmacie, l’automobile seraient notamment affectées.

Mais le choc le plus problématique pour le Royaume-Uni risque d’être lié à l’immigration

« La réduction des flux d’entrants européens est un vrai problème, on aura une probable pénurie de l’immigration européenne qualifiée » prévient Marie Albert. La part des Européens sur le total des migrants est de 45 %, et l’immigration européenne correspond à des vrais besoins qui ne sont pas nécessairement substituables par des Britanniques.  « Avec le recul de l’immigration, on risque de perdre des qualités managériales, notamment des hauts talents » prévient l’économiste, qui identifie des secteurs plus exposés que d’autres : l’agroalimentaire, la construction, la distribution, la métallurgie, le textile et surtout l’automobile.

« Le secteur automobile britannique a en effet beaucoup profité de l’intégration européenne. « La supply chain illustre bien ce qu’est l’Europe , le vilebrequin fondu en France part au Royaume-Uni pour prendre sa forme finale avant d’aller en Allemagne pour être intégré dans un moteur, et revient au Royaume-Uni pour être intégré dans la Mini Austin » explique Khalit Ait-Yahia, spécialiste du secteur pour la Coface.

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