Le gaz coule à flot entre la Russie et l’Ukraine après un accord in extremis

Andriy Kobolyev, le PDG de Naftogaz. [Stephanie Lecocq/EPA/EFE]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’Ukraine au coeur de l’imbroglio gazier entre l’UE et la Russie.

Le 30 décembre, Moscou et Kiev ont signé un accord de cinq ans sur le transit du gaz russe vers l’Europe via l’Ukraine, après des mois de discussions difficiles et juste avant l’expiration du précédent contrat, au 31 décembre 2019.

Les liens entre les deux anciennes républiques soviétiques avaient été mis à mal depuis l’annexion de la Crimée en 2014.

Étant donné qu’environ 18% du gaz naturel consommé au sein de l’Union européenne provient de Russie et transite par l’Ukraine, les fonctionnaires de l’UE n’ont pas ménagé leur peine pour favoriser la négociation du nouvel accord entre les deux pays.

Les tensions avec la Russie forcent l'Ukraine à réformer son activité gazière

Pendant des décennies, l’Ukraine a exclusivement compté sur les pipelines russes. Pour son propre approvisionnement et parce qu’ils lui rapportent de lucratives taxes de transit. Mais les tensions politiques depuis 2014 et les bas prix du GNL ont changé la donne.

« L’Ukraine a signé un contrat de transit de cinq ans », a annoncé le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur sa page Facebook, près de deux semaines après la conclusion d’un accord provisoire.

« De nombreux documents ont été signés, ce qui permettra [de maintenir] le transit du gaz après le 31 décembre », a indiqué à la presse Alexei Miller, le patron du géant gazier russe Gazprom.

L’entreprise devrait faire transiter au moins 65 milliards de mètres cubes de gaz naturel via l’Ukraine en 2020, puis au moins 40 milliards de mètres cubes par an de 2021 à 2024, a déclaré Volodymyr Zelensky, avec, à la clé, une manne de « plus de sept milliards de dollars » pour Kiev.

La société ukrainienne Naftogaz a dévoilé d’autres détails liés à la transaction. Notamment le versement, par Gazprom, de 2,918 milliards de dollars pour solder des dettes sur lesquelles l’Institut d’arbitrage de la Chambre de commerce de Stockholm avait statué en décembre 2017 et février 2018. Naftogaz a reçu la somme le 27 décembre 2019. En contrepartie, toutes les procédures d’arbitrage où les décisions finales n’ont pas encore été rendues, ont été retirées.

L’UE a fait office de médiateur dans ces difficiles pourparlers entre l’Ukraine et la Russie.

De l'eau dans le gaz entre Kiev et Moscou

Les négociations sur le transit de gaz de la Russie et de l’Ukraine vers l’UE se sont soldées par un échec. Maros Sefcovic, chef de l’Union énergétique, appelle à trouver un accord rapidement .

« Nous avons démontré que l’Ukraine était un partenaire fiable pour l’UE concernant le transit du gaz. Notre équipe est reconnaissante à la Commission européenne pour sa position cohérente et pour avoir certifié que le système de transmission du gaz ukrainien était fiable et géré efficacement. Nous sommes également reconnaissants aux États-Unis pour leur ferme soutien à la sécurité énergétique de l’Europe », a déclaré Andriy Kobolyev, lePDG de Naftogaz.

L’an dernier, Gazprom a fourni à l’Europe 200,8 milliards de mètres cubes de gaz naturel, dont 40 % environ ont transité par l’Ukraine. Kiev a ainsi empoché quelque 3 milliards de dollars de frais de transit.

Le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré en décembre dernier que Moscou entendait maintenir le transit d’une certaine quantité de gaz à travers l’Ukraine, bien que plusieurs gazoducs desservant l’Europe aient été construits depuis l’entrée en vigueur du précédent accord, il y a dix ans.

L’annonce a eu lieu quelques jours après le versement de 2,9 milliards de dollars par Gazprom à Naftogaz pour régler leur différend de longue date sur les droits de transit. Ce contentieux a constitué une pierre d’achoppement majeure dans l’élaboration du nouvel accord.

Le projet Nord Stream 2 est l’un des nouveaux gazoducs russes qui permettront d’approvisionner l’Europe. Sa construction devrait être achevée d’ici à la fin de l’année prochaine et il devrait permettre de doubler les volumes de gaz livrés à l’Allemagne.

Les États-Unis s’opposent depuis longtemps à ce projet de 9,5 milliards d’euros et le Sénat américain a voté en décembre dernier la mise en place de sanctions à l’encontre des entreprises qui travaillent à son élaboration.

Washington clame que le pipeline permettra à la Russie d’acquérir une trop grande influence sur les sujets ayant trait à l’économie et à la sécurité en Europe occidentale.

Comme l’a révélé Euractiv, les États-Unis sont également prêts à imposer des sanctions à tous les tronçons qui seraient ajoutées au gazoduc Turkish Stream.

Cet article fait partie de notre édition spéciale : L’Ukraine au cœur de l’imbroglio gazier entre l’UE et la Russie

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