Secteur automobile : l’UE éprouve des difficultés avec les plans de sauvetage nationaux [FR]

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Alors que les eurodéputés, le Conseil et la Commission européenne se préparent à un débat sur les répercussions de la crise économique sur l’industrie automobile, événement qui aura lieu cet après-midi à Strasbourg, le ton des accusations relatives à l’aide d’Etat monte. Le réseau EURACTIV d’Europe centrale et occidentale s’est penché sur la situation dans un certain nombre de pays clés.

Dans un contexte de crise financière, des milliers de travailleurs en Europe ont été licenciés, les ventes de voitures ont chuté et des craintes protectionnistes se propagent.

L’Allemagne a déjà critiqué les mesures françaises visant à soutenir son industrie nationale. La Belgique, quant à elle, souhaite obtenir des garanties de la part de la chancelière allemande Angela Merkel car elle craint que les efforts allemands visant à soutenir son secteur automobile menacent les chaînes de montage en Belgique.

Quant à la Commission, elle critique ouvertement le soutien des Etats-Unis à leur industrie automobile en difficulté, et l’imposition par la Russie de droits d’importation additionnels sur les voitures étrangères plus tôt ce mois-ci. 

En parallèle, il est apparu hier (3 février) que la France pourrait insister pour que, les constructeurs automobiles achètent des volumes spécifiques de pièces à des fournisseurs locaux, et ce dans le cadre d’un programme d’aide gouvernemental.

Selon le Financial Times, le président français, Nicolas Sarkozy, souhaite que Peugeot et Renault soutiennent les sous-traitants et les fournisseurs français en échange de prêts gouvernementaux. 

L’éventualité d’incitations fiscales et de subventions destinées aux industries automobiles nationales était au centre d’une réunion des ministres européens de l’Industrie tenue à Bruxelles le 19 janvier (EURACTIV 19/01/09). 

Le commissaire à l’Industrie, Günter Verheugen, a enjoint les Etats membres de ne pas avoir recours à des mesures protectionnistes pour venir en aide à leurs secteurs automobiles. Il a incité au contraire l’industrie d’affronter ses problèmes structurels, tels que la surcapacité et le besoin d’investir dans des technologies innovantes. 

Tout soutien au secteur public offert par les Etats membres devrait être transparent et respecter les règles européennes de concurrence et d’aides d’Etat, a indiqué la Commission,  soulignant que toute course aux subventions doit être évitée.

Cette semaine (2 février), le gouvernement belge a tenu une réunion de crise pour évaluer les difficultés auxquelles sont confrontées ses chaînes de montage automobile.

Des craintes persistent quant à l’avenir de l’usine General Motors d’Anvers, où est assemblée l’Opel Astra. Selon les observateurs, l’usine serait sérieusement menacée, pas seulement en raison de la crise économique, mais aussi à cause des stratégies nationales utilisées pour soutenir les industries automobiles nationales. 

La Belgique est principalement préoccupée par les politiques protectionnistes des Etats membres voisins. Le ministre fédéral de l’Entreprise, Vincent Van Quickenborne, a exprimé ses inquiétudes sur la situation, déclarant que le gouvernement chercherait des éclaircissements sur la question auprès d’Angela Merkel.

La Belgique est un pays important au niveau du secteur du montage automobile, mais elle n’a pas de marque nationale, a relevé le ministre. Si les Etats membres prennent des mesures dans le seul intérêt des entreprises nationales, la Belgique risque d’être ignorée, a-t-il ajouté.

La Roumanie  

Les retombées du ralentissement économique ont conduit à des manifestations de syndicalistes en Roumanie faisant pression pour une plus grande sécurité de l’emploi et la conservation d’une taxe environnementale introduite par le précédent gouvernement. 

La taxe encourageait les consommateurs à acheter des voitures neuves plutôt que des modèles d’occasion, mais la Commission européenne a considéré que cette présumée taxe environnementale enfreignait la législation européenne. François Fourmont, de Dacia, soutient également la pérennisation de la taxe. 

Dans l’entreprise automobile Dacia, filiale détenue par Renault, la production a été interrompue la semaine dernière (26 janvier) en Roumanie. Ce n’est que récemment que l’usine utilise de nouveau toutes ses capacités, sa production ayant été interrompue durant un mois, jusqu’au 12 janvier. 

Au total, 14 000 employés ont été renvoyés chez eux pour deux semaines avec 85% de leur salaire, mais le directeur général de Dacia, François Fourmont, a averti que 4000 employés pourraient être licenciés avant mars si le climat économique ne s’est pas amélioré.

Suppression de 15 000 emplois dans la région, des fournisseurs de pièces détachées dévastés par la perte de leur plus gros client : telles seraient les implications de ces licenciements sur l’usine, qui a déjà diminué le rythme de production de 1360 à 1085 unités par jour. 

La Hongrie

Des scènes similaires se déroulent en Bulgarie, où la baisse des ventes de voitures menace de décimer une industrie autrefois prospère. Le ralentissement de l’économie a été aggravé par des arrêts forcés, résultant d’une pénurie nationale de gaz du début d’année. 

1500 personnes ont été concernées par les licenciements de l’usine Suzuki, qui ont fait la une des journaux. Mais ces chiffres ont été éclipsés par les pertes d’emplois enregistrées dans les petites et moyennes entreprises fabricant des pneus, des composants électroniques ou des pièces détachées. 

L’insécurité relative aux unités de production a sapé la confiance de la force de travail dans des régions fortement dépendantes de l’industrie automobile. Un employé de Suzuki a déclaré au portail Új Szó que les travailleurs sont préoccupés par l’imminence de la perte de leur emploi. 

L’employé a ensuite indiqué qu’il ne peut simplement plus supporter cette insécurité, se sentant prêt à devenir fou chaque fois qu’il ouvre un journal ou qu’il allume la télévision. Partout où le regard se pose, les gens parlent des licenciements chez Suzuki, et l’atmosphère au travail n’était pas meilleure, a-t-il poursuivi.

Cet employé a pensé qu’il vaudrait mieux pour lui de remettre sa démission, car il avait entendu qu’en cas de licenciement, les indemnités ne sont versées qu’à ceux qui ont travaillé dans l’entreprise au moins trois ans ; or lui n’y a travaillé qu’un an. 

La République tchèque

Même si les ventes de voiture sont toujours importantes en République tchèque, les pronostics moroses pour les ventes en Europe pour 2009 ont eu un impact sur les usines du pays. L’industrie automobile représente un cinquième de la production industrielle nationale.

Les employés de Skoda ont interrompu la production en de multiples occasions depuis septembre dernier, passant à une semaine de 4 jours jusqu’à janvier. La société a diminué le nombre d’intérimaires qu’elle emploie, mais les employés à temps plein n’ont jusqu’à présent pas été touchés. 

La chaîne de production de Hyundai en République tchèque a dû également interrompre sa production en raison d’un gel des recrutements. L’usine a mis en place une semaine de quatre jours et a décidé depuis de passer à deux ou trois jours d’activité par semaine en réponse au déclin escompté de la demande. 

A l’usine TPCA qui produit des voitures Toyota, Peugeot et Citroën, la situation est quelque peu meilleure. L’entreprise n’embauche plus mais elle espère être protégée contre les pires conséquence de la récession dans la mesure où elle produit des voitures plus petites, moins consommatrices de carburant, ce qui, selon les experts, lui confère un avantage compétitif. 

Quant au gouvernement tchèque, il s’inspire du système introduit par le gouvernement allemand, qui offre des incitations fiscales aux consommateurs qui achètent des voitures neuves, et pour ce faire se sert d’un système de réforme respectueux de l’environnement.

L’industrie a apporté son soutien à la proposition. Le ministre tchèque des Finances, Miroslav Kalousek, est toutefois peu disposé à l’instauration de ce plan, craignant qu’il ne fausse l’économie. 

La Slovaquie

Lorsque la Slovaquie a été pour la première fois surnommée « le nouveau Détroit », il y a quelques années, il s’agissait d’un compliment. La Slovaquie a en effet attiré des emplois aux coûts plus élevés des pays d’Europe de l’Ouest et même d’aussi loin que la Corée. 

Désormais, Bratislava se démène pour faire en sorte que son immense secteur automobile ne suive pas la même voie que les trois grandes entreprises de Détroit (General Motors, DaimlerChrysler et Ford). Maria Novakova, secrétaire générale de l’association slovaque de l’industrie automobile, apprécie peu la comparaison. Nous sommes en bonne position pour continuer notre expansion, a-t-elle indiqué à l’Associated Press, révélant que la Slovaquie ne souhaite pas être comparée à Détroit parce qu’elle ne veut pas finir comme Détroit. 

Les éléments qui ont fait de la Slovaquie un pôle d’attraction pour les constructeurs automobiles sont toujours en place : la Slovaquie est un pays membre de l’UE et se développe rapidement, mais reste une place compétitive où l’on peut faire des affaires. Les travailleurs du secteur automobile gagnent 800 euros par mois, soit au minimum quatre fois moins que leurs homologues allemands, et les entreprises économisent également sur les retraites et les services de santé. 

Aucun pays dépendant du secteur automobile ne peut toutefois éviter la crise de confiance qui se propage parmi l’industrie, comme l’a montré la décision de Kia Motors Slovaquie de réduire le temps de travail des équipes de huit à six heures dans son usine de Teplicka nad Vahom. L’activité de cette usine a également été sévèrement touchée par les interruptions de l’approvisionnement en gaz dans la région.

Néanmoins, compte tenu de la situation générale de l’industrie, la Slovaquie a plus de raison que les autres pays de rester positive. 

La France

Un pays s’est fait dépasser par la Slovaquie dans la production automobile à bas coût : la France. En 2006, bien avant que le terme de « crise du crédit » n’entre dans le lexique de la presse, Peugeot a supprimé 2 300 emplois dans son usine de Ryton et a délocalisé sa production à Trnava. 

La situation s’est aggravée considérablement depuis la crise mondiale. Le gouvernement français pense injecter de 5 à 6 milliards d’euros dans l’industrie automobile. Cette mesure ferait partie du paquet d’aide coordonnée selon lequel les principaux producteurs automobiles devront également acheter un certain quota de produits à leurs fournisseurs locaux. 

Le Premier ministre François Fillon a souligné le besoin d’agir rapidement, ajoutant que le gouvernement n’a pas l’intention d’aider les entreprises qui ferment simplement des usines en France pour délocaliser leurs activité dans des pays à moindres coûts. 

Des critiques ont été émises sur ce plan, notamment par Guillaume Bachelay, secrétaire national du Parti socialiste à l’Industrie, lequel a indiqué que le plan du gouvernement aide les grandes entreprises sans tenir compte des sous-traitants et des consommateurs. 

Au niveau européen, la France court le risque d’enfreindre les règles relatives aux aides d’Etat si le projet affecte les entreprises étrangères. Le ministre de l’Industrie allemand, Jochen Homann, secrétaire d'Etat à l'Industrie, aurait déclaré que les règles du jeu doivent être respectées et que des mesures discriminatoires ne doivent pas être prises. 

Pour l’instant, Bruxelles est satisfaite des propositions émises par Paris. Günter Verheugen, vice-président de la Commission européenne, responsable de l’Entreprise et de l’industrie, a qualifié le paquet d’aides de justifié et d’essentiel, tout en mettant toutefois en garde contre toute mesure qui conférerait un avantage compétitif à des entreprises du pays au détriment des concurrents. 

L’Allemagne

Les différents paquets de relance mis en œuvre en Europe font pression sur les Etats membres pour que ces derniers soutiennent les entreprises de leur pays, de crainte qu’ils ne prennent du retard par rapport aux pays voisins et aux concurrents internationaux. 

Peer Steinbrueck, ministre allemand des Finances, a déclaré la semaine dernière (30 janvier) qu’il serait fatal de ne pas soutenir l’industrie automobile allemande, étant donnés les subventions de plusieurs milliards de dollars octroyées aux principaux constructeurs automobiles américains.  

Il a indiqué qu’en Allemagne, un emploi sur sept ou sur huit dépend de l’industrie automobile, un grand nombre de ces emplois ayant déjà été sévèrement touchés par la crise actuelle. Aujourd’hui déjà, plus de 170 000 travailleurs sont titulaires de contrats à court terme, et ces chiffres pourraient encore augmenter. 

26 000 employés des usines BMW en Bavière et à Berlin ont subi une réduction de leur temps de travail pour les mois de février et mars, de même que 39 000 employés de Daimler et 10 000 employés de Bosch, fournisseur du secteur de l’automobile.

Des entreprises fournissant les constructeurs automobiles, notamment Grammer, Schaeffler et le fabricant de pneus Continental, verront également leur temps de travail réduit. 

Les entreprises automobiles en difficulté peuvent réduire le temps de travail de l’ensemble de leur main d’œuvre pour une période allant jusqu’à dix huit mois. Au cas où des usines ou des départements renvoient des employés à la maison pour des semaines ou des mois, les employés peuvent recevoir 60 % de leur salaire (67 % pour ceux qui ont des enfants) de l’Agence fédéral du travail. Toutefois, si le carnet de commandes de leur entreprise ne se rempli pas au cours des dix huit mois, les travailleurs seront confrontés au licenciement.  

La Belgique

Cette semaine (3 mars), le gouvernement belge a organisé une table ronde de crise pour évaluer les difficultés auxquelles font face les usines d’assemblage. 

Des craintes persistent quant à l’avenir d’une usine General Motors à Anvers, où est assemblée l’Opel Astra. L’usine serait sérieusement menacée pas seulement par la crise économique, mais également par les stratégies utilisées pour soutenir les entreprises automobiles nationales. 

La Belgique est principalement préoccupée par les politiques protectionnistes des Etats membres voisins. Le ministre fédéral à l’Entreprise, Vincent Van Quickenborne, a fait part de ses préoccupations vis-à-vis de la situation, indiquant que le gouvernement demanderait des clarifications sur la question à Angela Merkel. 

La Belgique est un pays important pour l’assemblage automobile mais il n’a pas de marque nationale, a-t-il souligné. Selon le ministre, si les Etats membres adoptent des mesures qui ne prennent en compte que les l’intérêts des entreprises nationales, la Belgique risque d’être mise de côté. »

Le Royaume-Uni

L’ancien commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, a dévoilé un paquet de mesures visant à revitaliser les constructions automobiles britanniques. Ce plan inclut un système de garanties de prêts de 2,3 milliard de livres (2,53 milliard d’euros). 1,3 milliard proviendra de la Banque européenne d’investissement. Quant au gouvernement britannique, il a promis jusqu’à 1 milliard de garanties de prêts. 

Le Premier ministre Gordon Brown a demandé l’année dernière à M. Mandelson de réintégrer son cabinet afin d’aider le gouvernement à faire face à la crise financière. Il aurait également envisagé des propositions de subventions salariales visant à décourager les licenciements en soutenant effectivement les entreprises en difficulté. 

Des représentants de l’industrie au Royaume-Uni font pression en faveur de mesures spécifiques visant à faciliter le crédit des consommateurs, signalant que des milliers d’emplois sont en difficulté en raison de la chute des ventes de voitures. 

GKN, une entreprise d’ingénierie qui fournit des pièces à Ford et Land Rover, a supprimé 242 emplois depuis le mois d’octobre et pourrait annoncer d’autres suppressions. Parallèlement, Aston Martin a réduit sa production, mettant ses employés à la semaine de trois jours.  

La demande de voitures a chuté les derniers mois en Europe : au cours du dernier trimestre 2008, on a enregistré 19,3 % de variation annuelle pour les ventes de voitures neuves. Des réductions à deux chiffres ont été relevées en Islande, Irlande, Italie et au Royaume-Uni.

Les chiffres des ventes pour les nouveaux Etats membres offrent une image contrastée, la Pologne bénéficiant d’une augmentation des ventes annuelles de 9,4 % et la République tchèque une augmentation de 8,4 %.

Cependant, la Roumanie a enregistré une baisse de 8,7 % pour l’année 2008 et la Hongrie de 9,2 %. Les chiffres de l’enregistrement de nouveaux véhicules pour le mois décembre ne sont pas plus réjouissants : 10, 7% de moins au total parmi les nouveaux Etats membres. 

La réponse, dans certains des Etats membres clés, a été de soutenir les industries nationales, soulevant chez la Commission européenne des craintes relatives à un protectionnisme déguisé.

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