Trump déclare la guerre commerciale à l’Europe

Donald Trump a confirmé l’application des droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens. La guerre commerciale est déclarée.

Les Etats-Unis ont bel et bien activé les taxes sur les exportations européennes d’acier et d’aluminium le 1er juin 2018, déclenchant une véritable guerre commerciale  avec les Européens.

Le secrétaire américain au commerce, Wilbur Ross, a annoncé que l’administration avait décidé de ne pas accorder d’exemption permanente à l’Union européenne, au Canada et au Mexique. Par conséquent, les exportations d’acier et d’aluminium en provenance de ces pays seront soumises à des taxes de 25 % et 10 % respectivement.

D’autres pays, comme l’Argentine et le Brésil ont accepté de limiter leurs exportations. Un quota d’exportations a été discuté entre la Commission et l’équipe de négociation américaine ces dernières semaines mais a finalement été écarté par les dirigeants européens.

Les responsables de l’UE ont insisté sur le fait que les relations avec les États-Unis et leur président protectionniste et anticonformiste représentaient un défi de taille.

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Pour les dirigeants de l’UE, une exemption « permanente » et « illimité » aux droits de douane imposés par Trump est une condition sine qua non à toute négociation commerciale.

Contre-mesures

Juste après l’annonce, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré que l’UE annoncerait « dans les prochaines heures des contre-mesures » et procédera à un règlement des différends devant l’OMC.

Pour lui, ces droits de douane sont totalement injustifiés. « Il s’agit de protectionnisme pur et simple. »

La Commission activera des contre-mesures qui affecteront les exportations américaines à hauteur de 6 milliards d’euros. La liste des produits concernés, approuvée lorsque Donald Trump a annoncé la mise en place de droits de douane en avril, inclut des produits phares américains comme les jeans Levi’s, les motos Harley Davidson ou les exportations provenant des régions les plus républicaines, comme le bourbon.

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Bruxelles menace de s’en prendre au beurre de cacahuète, au jus d’orange ou au bourbon, le whiskey américain, si Donald Trump persiste à s’engager dans une guerre commerciale.

 

Pour Donald Trump, ces droits de douane serviront à protéger la sécurité nationale puisque le dumping de l’acier a entraîné la fermeture d’usines et la perte de nombreux emplois. Ce à quoi l’Europe rétorque qu’imposer des taxes à ces alliés n’est pas la solution à la surcapacité de l’acier.

Le 31 mai, Wilbur Ross a souligné que « l’objectif principal du président est de réduire notre déficit commercial », qui s’élève à 120 milliards d’euros avec l’Europe.

Les dirigeants européens ont proposé d’entamer des négociations commerciales avec l’administration américaine à la seule condition que Donald Trump leur accorde une exemption permanente aux droits de douane. Les Européens étaient prêts à discuter de l’accès au marché des produits industriels, comme les voitures.

Jean-Claude Juncker a toutefois insisté sur le fait que « l’UE ne négocierait pas sous la menace ».

« Tout au long de ces pourparlers, les États-Unis ont cherché à user de la menace de restrictions commerciales comme levier pour obtenir des concessions de la part de l’UE », a déclaré la commissaire européenne en charge du commerce, Cecilia Malmström. « Ce n’est pas notre façon de faire des affaires, encore moins entre partenaires, amis et alliés de longue date. » 

La guerre commerciale entre l’UE et les États-Unis, les deux plus grands blocs économiques au monde, a commencé alors que les marchés de la zone euro entrent à nouveau dans une zone de turbulence avec la crise politique en Italie, où l’accord de coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue met le pays en porte-à-faux par rapport à l’UE.

Dans un communiqué commun, La France et l’Allemagne ont déclaré partager la réaction de la Commission européenne. Elles regrettent les décisions prises de manière unilatérale par les États-Unis et continueront de travailler de façon étroite et coordonnée sur le sujet.

La décision de Donald Trump d’imposer des taxes à ses alliés a été critiquée par les entreprises des deux côtés de l’Atlantique.

Eurofer, l’association européenne de l’acier, a qualifié les mesures de Donald Trump de « protectionnisme décomplexé ».

« Aujourd’hui est une triste journée pour le système commercial mondial », regrette Axel Eggert, directeur général d’Eurofer. « Mais ce qui est fait est fait. L’UE doit maintenant agir rapidement dans ton propre intérêt pour défendre son marché interne des conséquences de l’acier détourné de la frontière américaine vers le marché sidérurgique le plus ouvert du monde : l’Europe. »

La Chambre de commerce américaine auprès de l’UE s’est dite « très inquiète par les dégâts qu’une escalade pourrait avoir que l’économie transatlantique ».

L’organisation représentant les entreprises américaines en Europe fait valoir que l’UE respectait tous les critères pour obtenir une exemption permanente et craint que la décision ne mette « le système commercial mondial en danger ».

Pour BusinessEurope, une organisation du secteur privé, l’UE « devrait réagir de manière proportionnée pour réellement défendre ses droits conformément aux règles de l’OMC », a soutenu son directeur général, Markus J. Beyrer. « Le commerce international est actuellement sous pression et ce sont les entreprises qui souffrent le plus de l’incertitude et la volatilité du marché. »

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