Débat sur les subventions : la politique agricole de l’UE dans le viseur de l’OMC

Lors d’une visioconférence avec la Commission européenne lundi (26 avril), Ngozi Okonjo-Iweala a déclaré que l’une de ses trois priorités cette année serait d’aborder les subventions agricoles, qui ne sont principalement accordées qu’à des nations développées.

La directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Ngozi Okonjo-Iweala a déclaré qu’elle souhaitait s’entretenir sur les subventions industrielles de la Chine et les aides publiques octroyées aux agriculteurs, comme la PAC, afin de renforcer le système commercial multilatéral.

Lors d’une visioconférence avec la Commission européenne lundi (26 avril), Ngozi Okonjo-Iweala a déclaré que l’une de ses trois priorités cette année serait d’aborder les subventions agricoles, qui ne sont principalement accordées qu’à des nations développées.

Ce sujet est particulièrement important pour de nombreux membres de l’OMC, en particulier les nations en voie de développement. « Nous devrons essayer de l’aborder » lors de la réunion ministérielle de l’organisation prévue à la fin de l’année, a-t-elle ajouté.

Mme Okonjo-Iweala désire obtenir des résultats sur le plan des subventions halieutiques et de l’accès aux vaccins Covid-19 dans les pays pauvres, tout en « protégeant la recherche et le développement ».

Ngozi Okonjo-Iweala, première femme à prendre les rênes de l’OMC

La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala a été nommée directrice de l’OMC lundi 15 février. En tant que première femme africaine à ce poste, elle reprend le flambeau d’une organisation qui nécessite des réformes pour surmonter les défis à l’horizon et les tensions commerciales.

Lors de la conférence virtuelle, l’économiste nigériane, première femme africaine à prendre les rênes de l’OMC, a fait la lumière sur les subventions agricoles et le soutien chinois à l’industrie.

À l’occasion de cet évènement, le vice-président de la Commission européenne chargé du commerce Valdis Dombrovskis a déclaré que les aides publiques octroyées par Pékin aux sociétés chinoises constituaient l’un des points que l’UE, les États-Unis et d’autres pays comme le Japon tentaient d’aborder conjointement à travers l’OMC.

Bruxelles et Washington invitent également Pékin à ouvrir son économie et à bannir le transfert forcé de technologie imposé aux sociétés étrangères sur son territoire.

La directrice nigériane a fait remarquer que la Chine était un acteur particulièrement influent dans l’OMC, rappelant que le pays était à l’origine d’un quart des exportations mondiales.

Pékin veut voir des progrès en matière de subventions agricoles, qui représentent actuellement 1 000 milliards d’euros et pourraient doubler d’ici à 2030, a-t-elle poursuivi.

« Je voudrais examiner l’ensemble des subventions » et analyser comment « créer une situation équitable à tous les points de vue ». À cet égard, l’OMC coopère avec la Banque mondiale et l’OCDE.

D’après Mme Okonjo-Iweala, à la vue des faits, notamment les retombées négatives des subventions industrielles, la Chine sera prête à étudier la situation de plus près.

« Je pense que nous pouvons effectuer quelques progrès », estime-t-elle.

En revanche, il est crucial que la Chine ne se sente pas « ciblée ». Lorsque la Chine se sent visée, il y a beaucoup de résistance, a-t-elle ajouté.

Pour l’heure, l’UE et les États-Unis tentent de mettre à jour le recueil des règles de l’OMC afin de mieux surmonter les nouveaux défis, notamment ceux posés par la montée de la Chine ou l’économie numérique.

Mais, tout changement du système commercial multilatéral nécessite un consensus parmi les 164 membres de l’organisation.

« Il est évident que nous devons nous entretenir avec la Chine » et trouver une façon de gérer nos liens avec ce pays dont le PIB devrait dépasser celui des États-Unis dans les prochaines années.

L’année dernière, Pékin est d’ailleurs devenu le partenaire d’échange principal de l’UE, détrônant Washington.

Aux yeux de M. Dombroskis, « chacun sait que la relation UE-Chine est déséquilibrée », car le marché unique européen est plus ouvert. Un écart que les deux parties ont essayé de résorber avec l’accord UE-Chine sur les investissements noué en décembre 2020.

Toutefois, le processus de ratification de l’accord de principe traverse actuellement quelques turbulences tandis que les tensions s’exacerbent en raison de la répression de la démocratie à Hong Kong par Pékin et la persécution des Ouïghours dans la région du Xinjiang.

Dissensions entre Pékin et Bruxelles sur fond de sanctions en matière de droits de l'homme

La Chine a exprimé ses inquiétudes sur le fait que l’UE pourrait imposer des sanctions en matière de droits humains à certains représentants du pays. Dans ce contexte, l’ambassadeur chinois à Bruxelles a exhorté le bloc à « réfléchir à deux fois » avant d’exécuter ses menaces.

Le commissaire européen a aussi souligné que le statut de la Chine, officiellement pays en développement selon l’OMC, et les avantages afférents devraient être mis à l’ordre du jour.

De plus, il a déclaré que l’Europe continuerait à renforcer sa « boîte à outils » en matière de défense pour traiter les pratiques inéquitables par les pays tiers.

Le 5 mai, la Commission européenne présentera une proposition pour un instrument anti-subventions publiques déloyales que peuvent percevoir certaines entreprises de pays tiers actives dans l’UE.

D’ici à la fin de l’année, l’exécutif présentera également un nouveau mécanisme anti-coercition. Entretemps, les États membres tentent toujours de trouver un accord sur l’instrument relatif aux marchés publics internationaux, un projet d’acte juridique de l’Union européenne, sous la forme d’un règlement, visant à assurer davantage de réciprocité dans l’ouverture des marchés publics à la concurrence internationale.

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