La prochaine Commission européenne doit envisager une réorganisation du portefeuille de la politique étrangère et de la défense, actuellement entre les mains du Haut représentant de l’UE, selon un projet de manifeste du Parti populaire européen (PPE), consulté par Euractiv.
Le PPE, le plus grand parti politique du Parlement européen, auquel appartient également Ursula von der Leyen, présidente de l’exécutif, est traditionnellement favorable aux investissements dans les industries de défense et les forces armées européennes et transatlantiques.
Selon le projet de manifeste électoral du groupe pour 2024, la prochaine Commission européenne devrait changer la façon dont les politiques étrangères et de défense du bloc sont gérées, en créant un poste de commissaire à la Défense et en réorganisant le poste de chef de la diplomatie de l’UE.
Le Haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité élabore et mène la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), notamment la politique de sécurité et de défense de l’UE. Il préside le Conseil « Affaires étrangères » et est à la tête de l’Agence européenne de défense (AED). Il est également l’un des vice-présidents de la Commission et est appuyé dans ses missions par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE).
Il dirige également le travail du Comité politique et de sécurité (COPS), un organe composé d’ambassadeurs des 27 États membres qui surveille la situation internationale dans les régions couvertes par la PESC et joue un rôle clé dans la définition et le suivi de la réponse du bloc en cas de crise.
Selon le PPE, ce poste devrait être remplacé par celui de « ministre des Affaires étrangères de l’UE », et un « Conseil de sécurité européen devrait être nommé pour le soutenir afin que l’UE puisse réagir rapidement aux crises internationales et suivre de manière cohérente ses décisions en matière de politique étrangère ».
Le manifeste ne précise pas comment le processus de sélection fonctionnerait dans la pratique.
Actuellement, le Haut représentant est nommé à la majorité qualifiée par le Conseil européen, en accord avec le président de la Commission, pour 5 ans.
Une meilleure coordination
« Les représentants de la politique étrangère nommés jusqu’à présent par les sociaux-démocrates ont souvent échoué à remplir leur rôle », peut-on lire dans le document.
Depuis sa création, le poste de Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité est revenu à chaque fois aux sociaux-démocrates (S&D), tandis que les membres du PPE de centre-droit occupent généralement les postes de président du Conseil européen, du Parlement européen et de la Commission européenne.
Actuellement, le chef de la diplomatie de l’UE est le socialiste espagnol Josep Borrell.
Le PPE souhaite que l’exécutif européen prenne un rôle plus important dans la politique de défense européenne, avec un commissaire dédié à la défense qui reprendrait les portefeuilles de la défense et de la politique de sécurité, actuellement partagés par le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, qui est en charge de l’industrie de la défense de l’Union européenne, et M. Borrell.
« Nous devons créer un [poste de] commissaire à la Défense » afin de « mieux coordonner les questions de défense dans le cadre des compétences de l’UE, de promouvoir la coopération et, en même temps, de garantir un budget de défense de l’UE d’au moins 0,5 % du PIB de l’UE, en plus des budgets nationaux », peut-on lire dans le projet de manifeste.
Investir 0,5 % du PIB de l’Union dans la défense reviendrait à environ 100 milliards d’euros, soit le montant que M. Breton a jugé nécessaire pour l’industrie de la défense.
Le PPE mentionne également la nécessité d’investir davantage dans les industries de défense tout en réduisant la fragmentation des armées, et écrit que le prochain budget septennal de l’UE devrait « fournir les ressources nécessaires pour innover et répondre à nos besoins sur le plan militaire », ajoutant que l’UE doit « renforcer ses capacités de production d’armement » et la mobilité militaire.
Cet appel ne date pas d’hier et n’est pas propre au centre-droit, d’autres décideurs politiques européens, comme la ministre néerlandaise de la Défense Kajsa Ollongren, ont réclamé la création d’un tel poste, tout comme le chef de l’Agence européenne de défense (AED) Jiří Šedivý, qui pourrait même le briguer.
Faire « plus ensemble »
« En fin de compte, nous devrions créer un marché unique de la défense », indique le groupe dans son projet de manifeste. L’idée est similaire à celle avancée par la Commission européenne avant la présentation de sa nouvelle proposition de stratégie de défense de l’Union.
Elle va également plus loin que l’appel lancé par les chefs d’État et de gouvernement de l’UE en faveur d’un « marché de la défense efficace et intégré » lors de leur sommet de décembre dernier.
Cependant, le PPE n’oublie pas la coopération avec les États-Unis, seul partenaire de l’UE mentionné dans l’agenda pour plusieurs initiatives telles qu’une défense antimissile et un bouclier nucléaire européens, une version européenne de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) et l’augmentation des capacités de production.
Ils soutiennent également la discussion en cours sur le remplacement du vote à l’unanimité pour les décisions de politique étrangère et de défense par le vote à la majorité qualifiée.
Un groupe de neuf États membres a déjà fait pression en ce sens, dans le but de faciliter et d’accélérer la prise de décision en contournant les vetos.
Comme en 2019 pour les dernières élections européennes, le PPE appelle à une « Union européenne de la défense avec des forces européennes intégrées sur terre, en mer et dans les airs d’ici 2030 » et à « s’étendre progressivement vers un “Corps européen” ».
Il appelle à la création d’un groupe similaire à la capacité de déploiement rapide de l’UE, mais pas d’une armée de l’UE.
Max Griera a participé à la rédaction de cet article.



