Ursula von der Leyen maintient son choix controversé d’émissaire chargé des PME

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Markus Pieper, eurodéputé membre de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU). [Parlement européen]

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est déterminée à nommer un membre de son propre parti à un poste de conseiller hors classe hautement rémunéré au sein de l’exécutif, et ce en dépit des critiques et des appels de plusieurs eurodéputés et commissaires à reconsidérer cette décision.

Malgré les inquiétudes, « la présidente [Ursula von der Leyen] a pleinement confiance dans le fait que le processus [de nomination] a été mené conformément à toutes les procédures pertinentes », a déclaré à la presse le porte-parole en chef de la Commission, Eric Mamer, jeudi (4 avril) lors d’un point de presse.

Le 31 janvier, la nomination controversée de l’Allemand Markus Pieper, eurodéputé membre de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), en tant que nouvel émissaire de l’UE pour les petites et moyennes entreprises (PME), a suscité des inquiétudes quant à d’éventuels conflits d’intérêts dans le processus de nomination, Mme von der Leyen étant issue du même parti national et européen (Parti populaire européen, PPE) que lui.

Une poignée de députés européens représentant quatre groupes politiques — les socialistes, les libéraux, les verts et la gauche — ont envoyé fin février une question parlementaire à la Commission pour lui demander des explications sur la nomination de M. Pieper et lui faire part de leurs inquiétudes quant à l’influence possible de Mme von der Leyen dans le processus.

Les eurodéputés se demandaient notamment si « l’affiliation politique du candidat retenu aurait joué un rôle décisif dans sa nomination » et souhaitaient que davantage d’informations soient données concernant les résultats des évaluations de recrutement de M. Pieper et des deux autres co-finalistes afin de certifier que la nomination était équitable.

Ils ont également déposé un amendement au rapport annuel sur le budget de la Commission dans lequel ils demandent à Mme von der Leyen d’annuler la nomination de M. Pieper.

Élections européennes : les libéraux se préparent à faire campagne contre Usrula von der Leyen

Lorsqu’ils se réuniront mercredi (20 mars) pour lancer leur plateforme de campagne « Renew Europe Now », les libéraux européens prépareront la bataille électorale contre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Du côté de la Commission, quatre commissaires ont envoyé une lettre officielle à Mme von der Leyen le 27 mars dans laquelle ils demandent que le Collège des commissaires, composé de 27 membres, discute du sujet.

« Nous considérons qu’il est approprié que le collège discute collectivement de la réponse à ces allégations ainsi que de l’impact possible sur les prochaines étapes du processus de recrutement de Markus Pieper en tant qu’émissaire pour les PME », peut-on lire dans la lettre, consultée par Euractiv.

Cette lettre a été signée par trois responsables politiques socialistes — le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell, le commissaire à l’Économie italien Paolo Gentiloni, et le commissaire à l’Emploi luxembourgeois Nicolas Schmit — ainsi que par le commissaire centriste au Marché intérieur, le Français Thierry Breton.

« Cette nomination a suscité des questions sur la transparence et l’impartialité du processus de sélection », soulignent-ils.

Thierry Breton était lui-même censé participer au processus de nomination, car le poste d’émissaire pour les PME relève de son portefeuille actuel, mais la décision a été prise alors même qu’il n’était pas dans la salle.

À notre connaissance, les commissaires n’ont pas reçu de réponse au moment de la publication de cet article.

« Voilà cinq semaines » que les questions adressées par les eurodéputés à la Commission ont été posées « et je n’ai toujours pas reçu de réponse », a regretté jeudi (4 avril) matin l’eurodéputé écologiste allemand Daniel Freund, dans un message sur X.

Avec d’autres élus, il a rédigé un amendement qui appelle Mme von der Leyen à « annuler » la nomination et à lancer une nouvelle procédure. Ce texte sera soumis au vote lors d’un débat au Parlement européen à Bruxelles la semaine prochaine.

La présidente de la Commission « participera bien sûr à ce débat », a souligné Eric Mamer.

Manœuvre électorale ?

À deux mois des élections européennes, une telle lettre pourrait être considérée comme une manœuvre électorale. Les attaques contre Mme von der Leyen se sont multipliées de tous les côtés de l’hémicycle ces dernières semaines.

Récemment, M. Breton s’en est pris à Mme von der Leyen et au parti dont elle est issue, le PPE, sur X, lorsqu’elle a été confirmée comme tête de liste du parti et donc comme candidate à un second mandat à la tête de l’exécutif de l’UE.

« Malgré ses qualités, Ursula von der Leyen [a été] mise en minorité par son propre parti. La vraie question [est] désormais: “Est-il possible de (re)confier la gestion de l’Europe au PPE pour 5 ans de plus, soit 25 ans d’affilée ?” Le PPE lui-même ne semble pas croire en sa candidate », avait-il écrit.

Le PPE envisage une coalition pro-UE avec les socialistes et les libéraux

Le Parti populaire européen envisage une coalition pro-UE avec les socialistes et les libéraux après les élections européennes, a confié une source du parti à Euractiv, ajoutant qu’une coopération avec les Verts n’est pas envisagée, alors qu’un rapprochement avec certains partis de droite n’est pas exclu.

Il est également à noter que le commissaire Schmit, signataire de la lettre envoyée à Mme von der Leyen le 27 mars, est le concurrent direct de cette dernière pour la présidence de la Commission, puisqu’il est le Spitzenkandidat du Parti socialiste européen (PSE).

La Commission a créé le poste d’émissaire pour les PME pour suppléer Thierry Breton. Il s’agit d’un poste de conseiller rattaché au commissaire au Marché intérieur qui doit apporter « l’expérience et les contacts des secteurs concernés afin d’enrichir notre processus d’élaboration des politiques », a déclaré un porte-parole de la Commission.

Le 23 février, l’ONG Transparency International avait également tiré la sonnette d’alarme, déclarant dans un communiqué que la nomination de l’Allemand « au poste nouvellement créé de représentant de l’UE pour les PME, alors que d’autres candidats ont obtenu de meilleures notes dans les évaluations de la Commission européenne, soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’intégrité de ses processus de recrutement et au rôle que le président de la Commission a pu jouer dans cette décision ».

La date d’entrée en fonction de Markus Pieper n’a pas encore été fixée, aucun contrat n’ayant encore été signé.

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