19 États membres partants pour créer des champions européens

Margrethe Vestager [European Commission]

Les gouvernements de 19 États membres proposent de modifier les règles antimonopole de l’UE. Objectif : favoriser l’émergence de géants industriels européens capables de faire face aux mastodontes chinois et américains.

Après une réunion des ministres à Paris le 18 décembre, un groupe de 19 pays a appelé à une « nouvelle impulsion politique » favorisant la compétitivité européenne sur les marchés mondiaux.

Dans le cadre d’une nouvelle stratégie volontariste, les 19 gouvernements ont indiqué vouloir faire des propositions à la prochaine Commission européenne, qui sera nommée après les élections de mai prochain.

L’une de leurs idées principales est « l’identification d’évolutions possibles des règles antitrust, afin de mieux tenir compte de la concurrence et des marchés internationaux dans l’examen des fusions », selon leur déclaration.

Ces derniers mois, la France et l’Allemagne ont défendu des fusions transfrontalières entre de grandes entreprises nationales, afin de faciliter l’émergence de « champions » européens. La Commission européenne est en général réticente face à ces opérations, qui peuvent aussi étouffer la concurrence sur le marché de l’UE.

La commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, vient d’ailleurs d’exprimer ses inquiétudes quant au projet de fusion entre l’allemand Siemens et le français Alstom, qui espère créer un champion du rail européen.

« Nous avons des inquiétudes en ce qui concerne les trains à très grande vitesse, parce qu’il est très important que l’Europe se développe sur ce plan-là », a-t-elle estimé suite à une question d’un journaliste.

Certains gouvernements ne sont cependant pas de cet avis. « Si nous voulons être en mesure de concurrencer les géants chinois, nous devons rassembler les forces européennes », a ainsi déclaré Bruno Le Maire, le ministre français des Finances.

Le ministre français rencontrera Margrethe Vestager à Bruxelles le 19 décembre, ainsi que le vice-président de la Commission chargé de l’euro, Valdis Dombrovskis et le commissaire aux affaires économiques, Pierre Moscovici. Il leur expliquera comment la France compte respecter ses objectifs de déficit budgétaire malgré les mesures annoncées pour apaiser le mouvement des gilets jaunes.

Une opération de vente de légumes à Paris pour dénoncer la concurrence européenne

Des agriculteurs ont vendu fruits et légumes directement auprès des consommateurs à Paris, pour dénoncer les effets de la concurrence européenne et demander l’instauration d’un prix minimum.

« Agir rapidement »

La déclaration établie à Paris est signée par la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Croatie, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie.

Ces pays estiment que l’Europe « doit agir rapidement pour maintenir sa compétitivité » face à la « concurrence féroce » d’autres grandes économies dotées de stratégies industrielles proactives.

Pour ce faire, ils préconisent l’adoption d’une stratégie industrielle « complète » et « déterminée » tenant compte des besoins spécifiques des régions et industries de l’Union.

Selon les États signataires, la Commission devrait proposer cette stratégie ambitieuse « dès le début de son mandat », à l’automne. Le projet devrait aussi inclure des indicateurs permettant d’évaluer les progrès réalisés.

Avant cela, le bloc devra définir les chaines de valeurs européennes et favoriser « en priorité celles qui sont le plus directement liées à l’amélioration de la productivité mondiale, à la lutte contre le changement climatique et au développement technologique ».

Pour chacune de ces chaines de valeurs stratégiques, il y aurait un plan d’action spécifique. Ces plans seraient soutenus par des fonds européens et des angles politiques divers, impliquant la concurrence, l’innovation, le numérique, l’énergie, le commerce ou la fiscalité.

Paris et Berlin ont annoncé vouloir intensifier leur coopération industrielle dans trois secteurs clés : la production de batterie dans l’UE, les technologies de rupture et l’intelligence artificielle. Cette coopération renforcée marque le début du processus.

Le 18 décembre, la Commission a donné son feu vert à une alliance franco-germano-italo-britannique pour financer la recherche et l’innovation dans le secteur de la microélectronique, à hauteur de 1,75 milliard d’euros.

Vestager : « Je voudrais rester commissaire à la concurrence »

Certains la verraient bien Présidente de la Commission. Mais la commissaire à la concurrence européenne Margrethe Vestager souhaite continuer son poste. Et se concentrer notamment sur les GAFA.

 

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