Apple-Shazam, un deal potentiellement néfaste pour l’Europe

Le géant américain Apple aurait déboursé environ 400 millions de dollars (340 millions d'euros) pour mettre la main sur Shazam, l'appli de reconnaissance musicale. [Siarhei Dzmitryienka/Shutterstock]

L’acquisition de Shazam par Apple pourrait nuire à la concurrence. La firme de Cupertino aurait déboursé 400 millions de dollars (340 millions d’euros) pour mettre la main sur l’application de reconnaissance musicale. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Apple est de nouveau dans le viseur de la Commission européenne. L’institution « va examiner » le projet d’acquisition de l’application de reconnaissance musicale Shazam par la firme de Cupertino, d’après un communiqué publié mardi. Ce rachat a été annoncé en décembre dernier. Après cinq mois de négociation, le fabricant d’iPhone aurait déboursé environ 400 millions de dollars (340 millions d’euros), selon plusieurs médias américains.

La Commission considère que l’opération « risque de nuire à la concurrence » au sein de l’Espace économique européen (EEE) – sans apporter plus de précisions. L’exécutif européen a reçu une requête de l’Autriche, suivie ensuite par l’Italie, la France, l’Espagne et la Suède, ainsi que l’Islande et la Norvège – deux pays qui ne sont pas membres de l’UE mais font partie de l’Espace économique européen – « lui demandant d’examiner » l’opération.

« Sur la base des éléments présentés par l’Autriche et les pays qui se sont joints à la demande de renvoi [..], la Commission considère que l’opération pourrait nuire de manière significative à la concurrence », selon le communiqué.

Apple sommé de notifier l’opération à Bruxelles

Gardienne de la concurrence dans l’UE, l’institution peut normalement s’autosaisir de ce genre de dossier dès lors que certains seuils de chiffre d’affaires sont atteints dans le cadre d’acquisition. En effet, d’après le règlement de l’UE sur les concentrations, un projet d’acquisition acquiert une « dimension européenne » si « le chiffre d’affaires total réalisé sur le plan mondial par l’ensemble des entreprises concernées représente un montant supérieur à 5 milliards d’euros »Parmi les différentes conditions énoncées, ce montant total doit être assorti d’un « chiffre d’affaires total réalisé individuellement dans l’UE […] supérieur à 250 millions d’euros ».

Pour le dossier Shazam, l’acquisition « n’atteint pas les seuils de chiffre d’affaires » suffisants pour que l’opération doive être notifiée à la Commission, explique le communiqué. Mais au regard des requêtes des pays membres, l’institution s’estime être « l’autorité la mieux placée pour examiner les effets transfrontières potentiels de l’opération ». Apple va donc devoir notifier l’opération. La Commission a ensuite les pouvoirs d’ouvrir une enquête et, le cas échéant, infliger des amendes.

Shazam, une appli « complémentaire » pour Apple

Le rachat de Shazam par la firme à la pomme confirme ses ambitions concernant son offre musicale. Pionnier sur le téléchargement musical avec iTunes, la firme de Cupertino a, en revanche, raté le virage du streaming. Elle n’a lancé son offre Apple Music qu’en juin 2015 – presque quatre ans après le lancement de Spotify aux États-Unis. Son portefeuille d’abonnés atteignait en juin dernier 27 millions d’internautes… Loin derrière Spotify, leader du marché, qui en revendique 60 millions.

Les deux entreprises ont noué de bonnes relations depuis près de dix ans. Lancée en 1999, l’entreprise londonienne permettait initialement d’obtenir le nom d’une chanson par SMS, avant de devenir une application sur smartphone. Cette dernière utilise le micro du portable pour écouter une chanson et indiquer à l’utilisateur son nom et son interprète. En 2008, Shazam se fait connaître en intégrant l’App Store. Depuis 2014, l’application était intégrée à Siri, assistant virtuel d’Apple.

D’après le fabricant d’iPhone, Apple et l’application de reconnaissance musicale « sont complémentaires ». Lors de l’annonce du rachat, un porte-parole du géant américain déclarait : « nous avons des projets excitants en attente »… À moins que la Commission européenne n’en décide autrement.

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