Bruxelles devrait surveiller les renflouements malgré la crise [FR]

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Après un week-end noir qui a vu trois opérations nationales de renflouement pour sauver le groupe bancaire et d’assurance Fortis, le prêteur hypothécaire Bradford & Bingley (B&B) ainsi que l’allemand Hypo Real Estate, l’UE a averti qu’elle ne montrerait aucune indulgence face à l’intervention de l’Etat malgré la propagation de la crise.

Comme l’a souligné le porte-parole de la Commission pour la Concurrence, l’exécutif européen agira rapidement si des mesures s’avèrent être des aides d’Etat.

La Commission attend toujours la notification des aides allemande et britannique. Le renflouement de Hypo devrait coûter 35 milliards d’euros, dont au moins 5 milliards seraient à la charge du contribuable. Pour sa part, le gouvernement britannique a accepté de racheter près de 35 milliards d’euros (50 milliards de livres) d’hypothèque et de prêts détenus par B&B.

Par rapport à la Fortis, la Commission s’est elle-même engagée à un stade plus avancé de plan de sauvetage étant donné la taille de l’opération (qui devrait coûter 4,7 milliards à la Belgique, 4 milliards aux Pays-Bas et 2,5 milliards au Luxembourg). La Commissaire à la Concurrence Neelie Kroes a travaillé étroitement avec les autorités nationales durant le week-end quand l’accord a été conclu, comme l’affirme son porte-parole

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a également participé à la réunion, qui était une exception en matière de sauvetage commercial d’une banque et un signe de la gravité de la situation actuelle. La BCE a donc décidé d’injecter 120 milliards d’euros supplémentaires dans les banques européennes pour éviter une crise de liquidités.

Mais malgré les interventions, les actions de la Fortis ont continué de chuter hier (29 septembre), perdant près de 19 % de leur valeur.

En outre, les bourses mondiales continuent de plonger, en particulier suite à la nouvelle annonçant que la Chambre américaine des représentants avait voté contre un plan de sauvetage massif de 700 milliards de dollars pour sauver le système financier américain (EURACTIV 23/09/08). 

D’autres banques devraient suivre le même destin que la Fortis. Les actions de la banque franco-belge Dexia ont chuté de 30 % hier. Le gouvernement belge a annoncé qu’il était prêt à soutenir le groupe comme il l’avait fait pour la Fortis si nécessaire.

Le président français Nicolas Sarkozy a en outre promis de garantir la sécurité des banques françaises tout en convoquant une réunion des directeurs de banques et d’assurances pour discuter de la situation. Il accueillera également avant la fin de la semaine une réunion avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, Jean-Claude Trichet de la BCE ainsi que Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois, afin de discuter de la crise. « Nous ne devons pas céder devant la déstabilisation, il faut soutenir nos banques », a-t-il indiqué. 

Jonathan Todd, porte-parole de l’UE pour la concurrence, a affirmé qu’il n’y a pas lieu de penser que la concurrence et les règles en matière d’aide d’Etat ne seront pas respectées dans le cadre de ces sauvetages. Selon lui, le fait qu’un gouvernement national détienne une participation dans une entreprise n’implique pas automatiquement des aides d’Etat si les actions sont achetées au prix du marché. Mais il a averti que certaines « mesures d’accompagnement », notamment dans le cas du renflouement de la Fortis, pourraient poser problème et qu’elles sont dès lors examinées attentivement. 

Utiliser des aides d’Etat pour sauver une entreprise n’est pas illégal en soi, mais selon les règles de l’UE, ces aides ne peuvent durer que six mois et doivent être limitées au minimum requis pour garantir la survie de l’entreprise. 

Par rapport au plan de sauvetage de la Fortis, le porte-parole de la Commission européenne Johannes Laitenberger a affirmé que les règles européennes sur les aides d’Etat « seront appliquées rapidement, avec flexibilité et de manière responsable », comme la situation l’exige. Selon lui, les règles continueront à faire partie de la solution.

Au sujet du renflouement de Fortis, Jonathan Todd, porte-parole de l’UE pour la Concurrence, a dit avoir « confiance dans le fait que les mesures d’accompagnement vont être compatibles avec les règles ». Il a déclaré que l’UE était en contact avec les autorités et que celles-ci semblaient l’écouter. A son avis, il n’y a pas lieu de penser que la concurrence et les règles en matière d’aide d’Etat ne seront pas respectées. 

Après avoir conclu l’accord de sauvetage de la Fortis, le Premier ministre belge Yves Leterme a indiqué que son gouvernement avait pris ses responsabilités et qu’il n’abandonnerait pas les épargnants.

Le président français Nicolas Sarkozy a promis qu’il ne consentirait pas à ce qu’un seul client ne perde le moindre euro en raison des faillites bancaires.

La Confédération européenne des syndicats s’en est pris aux « excès » du monde financier, estimant que la crise actuelle provient de « l’avidité et l’imprudence de Wall Street, de Londres et des autres principales places financières ». L’organisation a signalé qu’il y a « beaucoup de perdants, et parmi eux des travailleurs du secteur financier, mais pas seulement, il y a également des retraités, des familles, des fournisseurs, des entreprises cherchant du capital d’investissement, et chacun de nous, en tant que contribuable doit payer les pots cassés ».

Il s’agit donc de prendre un tournant : « L’irresponsabilité des banques, des hedge funds et du reste, ne doit plus jamais amener les nations au bord de la faillite. Plus jamais non plus, l’argent du contribuable ne devra servir à soutenir des institutions qui continuent à payer grassement les grands patrons, au moyen de salaires et de bonus énormes. Plus jamais la valeur de l’action, et les bonus des managers, qui sont liés à ces actions, ne devront être le seul objectif des sociétés. Nous ne pouvons pas nous permettre de voir se répéter cette grave irresponsabilité, cette avidité et cette négligence ».

Face à l’effondrement du groupe bancaire et d’assurance belgo-néerlandais Fortis, un des plus grands d’Europe, l’UE s’est retrouvée directement confrontée avec la même question qui a troublé les décideurs américains pendant des semaines : une telle entreprise peut-elle s’effondrer ? 

La réponse est « oui ». Suite à un accord conclu ce week-end, les gouvernements belge, néerlandais et luxembourgeois ont d’ailleurs renfloué la Fortis avec de l’argent public pour empêcher sa chute (EURACTIV 29/09/08). 

La Fortis est la première institution financière continentale à grande échelle à être touchée par la crise, qui avait déjà affecté en février un certain nombre de groupes britanniques, notamment Northern Rock et le prêteur HBOS.

Les problèmes touchent également l’économie réelle de l’UE, qui a subi un ralentissement plus fort qu’attendu, selon les prévisions économiques pour 2008 publiées par la Commission européenne le 10 septembre.

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