Paris et Berlin réclament une refonte des règles de concurrence après le camouflet Alstom-Siemens

Bruno Le Maire et Peter Altmaier.

Moins de deux semaines après le rejet par la Commission de la fusion Alstom-Siemens, Paris et Berlin ont publié un manifeste industriel commun appelant à une modification des règles européennes de la concurrence.

« Aujourd’hui, seules cinq des 40 plus grosses entreprises dans le monde sont européennes », rappelle le manifeste franco-allemand pour une politique industrielle européenne adaptée au 21e siècle, publié le 19 février par Paris et Berlin.

Lors d’une conférence de presse commune, Bruno Le Maire, ministre français des Finances, et Peter Altmaier, ministre allemand à l’Économie, ont tous deux souligné ce qu’ils considèrent comme le « lourd désavantage » des entreprises européennes vis-à-vis de leurs concurrentes chinoises et américaines.

« Pour être capable de créer un champion européen, il est nécessaire de changer le cadre réglementaire européen », a insisté Bruno Le Maire, soulignant que les pays comme la Chine n’hésitent pas à subventionner généreusement leurs entreprises.

Les deux pays souhaitent une mise à jour des orientations sur les fusions, afin de les adapter à l’état de la concurrence sur le marché mondial, et non au niveau européen. Dans leur manifeste stratégique, Paris et Berlin proposent aussi de donner au Conseil européen le droit d’abroger certaines décisions de la Commission sur les questions de concurrence, dans « des cas bien définis ».

« C’est la première fois que la France et l’Allemagne présentent des propositions pour transformer les règles européennes de concurrence », a poursuivi le ministre français. « Nous avons de puissantes technologies modernes et nous ne voulons pas servir d’autres continents que le nôtre. »

Lors d’un événement plus tard dans la journée, il a répété son opinion selon laquelle le rejet par la Commission de la fusion Alstom-Siemens était une erreur économique et politique. « Parfois plus stupides que les règles européennes, il n’y a pas. »

Les six arguments pour le rejet de la fusion Alstom-Siemens

La Commission européenne a décidé de bloquer la fusion entre Siemens et Alstom, qui aurait créé un champion européen dans le secteur ferroviaire. L’UE craint l’impact négatif sur le marché européen et les consommateurs.

Outre une modification des règles, le manifeste franco-allemand appelle aussi à « investir massivement dans l’innovation » et à prendre des mesures de protection des technologies, entreprises et marchés européens.

Les deux ministres ont insisté sur la finalisation de l’Union des marchés de capitaux, qui permettra aux marchés financiers européens de mieux soutenir l’innovation industrielle. « Il s’agit avant tout de garder la valeur créée en Europe », explique Bruno Le Maire, faisant aussi référence à l’achat en 2016 de l’entreprise de robotique allemande Kuka par le chinois Midea, qui avait  entrainé une vive polémique.

La décision de Peter Altmaier de prendre une part active à la transformation de la politique industrielle européenne avec la France a aussi pour but de protéger le « Mittelstand » allemand, le moteur de son économie. C’est un parti pris nouveau, qui contraste avec l’approche traditionnelle allemande qui ne s’immisce pas dans les décisions liées aux affaires et aux marchés.

Le Maire dénonce le rejet de la fusion Alstom-Siemens par Bruxelles

Le ministre des Finances Bruno Le Maire a confirmé mercredi le rejet attendu de la fusion entre Siemens et Alstom par l’exécutif européen. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Initiative commune sur les batteries

Les deux ministres ont aussi parlé d’une autre initiative commune : l’Allemagne et la France ont prévu un budget de 1,7 milliard d’euros pour soutenir la production de batteries électriques pour les véhicules électriques. Le ministre allemand espère que la Commission européenne autorisera les aides d’État avant le 1e avril.

Les deux représentants n’ont cependant pas souhaité s’exprimer quant au calendrier de l’ouverture de la première usine. Ils ont souligné que le projet était ouvert à tous les États membres. « À ce jour, la Pologne, l’Espagne et l’Italie ont exprimé leur intérêt », a précisé Bruno Le Maire.

L’initiative a pour but de limiter la dépendance des constructeurs automobiles européens vis-à-vis des fournisseurs de batteries électriques asiatiques et de protéger l’emploi local, menacé par la fin annoncée des moteurs à combustion.

« Il est dangereux de dépendre de fournisseurs étrangers, particulièrement asiatiques », a fait remarquer le ministre français. « Ce que nous voulons, c’est garder toute la chaine de valeur en Europe. »

Dans son discours, le Français a qualifié la nouvelle route de la soie lancée par la Chine de plus important projet stratégique au monde. « Avec sa route de la soie, la Chine est à deux doigts de rafler toute la mise » sur la scène économique mondiale.

Nouvelle route de la soie: le commerce au détriment de l’environnement

La nouvelle route de la soie inquiète: visant à améliorer les liaisons routières, ferroviaires et maritimes en Eurasie, ce mégaprojet chinois pourrait occasionner des dommages importants à l’environnement. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

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