Les viticulteurs français dénoncent la concurrence déloyale des vins espagnols

Des producteurs français se sont réunis à Narbonne le 25 mars pour protester. [Guillaume Horcajuelo/EPA]

Les viticulteurs de Montpellier ont lancé une campagne médiatique pour alerter les consommateurs de la « concurrence déloyale » des vins espagnols qui se font passer pour des vins français. Un article de notre partenaire Euroefe.

Le syndicat des producteurs des vins de Pays d’Oc affirme dans sa campagne publicitaire que les acheteurs sont « trompés par une présentation et des étiquettes qui peuvent être confuses. »

Concrètement, le syndicat se plaint que les groupes de distribution commercialisent des vins « d’origine européenne et plus particulièrement d’Espagne » qu’ils achètent à bas prix et qu’ils mettent en vente avec des noms de marque qui semblent à première vue français, avec des prix équivalents aux vins français, mais « sans présenter les mêmes garanties ».

Selon un porte-parole du syndicat, les services antifraude français sont en train d’enquêter sur la vente de vins espagnols présentés comme s’ils venaient du Pays d’Oc, dans le sud de la France.

Il souligne que cette campagne dans la presse écrite et à la radio « n’est pas dirigée contre les vins espagnols, mais contre la fraude qui permet de faire croire aux consommateurs qu’ils boivent du vin provenant du Pays d’Oc alors qu’en réalité il s’agit de vin espagnol. »

L’organisme, qui dit représenter 20 000 viticulteurs dans la région d’Occitanie, appelle les consommateurs à la « vigilance » et à la « solidarité » pour mettre fin à ces pratiques déloyales. Par ailleurs, il demande aux consommateurs de leur communiquer toute anomalie qu’ils pourraient constater dans les boutiques.

Le syndicat reproche à l’État français son immobilisme, malgré les fraudes constatées depuis des mois.

Le contenu de cette campagne a été rendu public au moment où le ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, rencontrait à Paris les représentants du secteur vinicole.

Résultat de manifestations violentes

La rencontre a été convoquée dans le contexte ces derniers mois de manifestations des producteurs du sud du pays contre les importations de vin espagnol.

La semaine dernière, plusieurs supermarchés de Nîmes et de Narbonne ont fait l’objet de pillages dans leur rayon des vins, qui se sont terminés en destruction des bouteilles de vin espagnol.

Quelques jours plus tôt, les installations de Vergnes et Passerieux, un des plus grands négociants en vin (et importateur), avaient été incendiées à Béziers.

Par ailleurs, l’entreprise de négoce Jeanjean à Saint Félix de Lodez, près de Montpellier, a été victime de deux explosions.

En janvier, des manifestants ont arrêté deux camions remplis de vins originaires d’Espagne, dans les départements du Gard et de l’Aude, et ont renversé le contenu sur la route. Ces actions ont été revendiquées par le Comité régional d’action viticole (CRAV), qui avait déjà mené des actions violentes par le passé.

Le syndicat a toutefois clarifié qu’il ne soutenait pas ces actions violentes.

La semaine dernière, le gouvernement espagnol s’est montré inquiet face à ces incidents, qui représentent « non seulement une rupture avec l’État de droit, mais aussi une violation flagrante du marché unique, pilier fondamental de l’Union européenne ».

Le ministère des Affaires étrangères a indiqué que l’Espagne avait « fait part de ses préoccupations aux autorités françaises et à la Commission européenne pour ces faits qui représentent des attaques à la liberté de commerce. »

Le 25 mars dernier, plusieurs milliers de viticulteurs se sont réunis à Narbonne, dans le sud de la France.