Eliana Garces Tolon, membre du cabinet de Meglena Kuneva, la commissaire européenne chargée de la Protection des consommateurs, s’est exprimée à la table ronde. Elle a demandé, dans le cadre de l’affaire Google, dans quelle mesure les données privées pouvaient être utilisées à des fins commerciales sans pour autant fausser le choix des utilisateurs. D’après elle, la DG Concurrence n’est pas en mesure de répondre à cette question.
Un fonctionnaire de la DG Concurrence de la Commission présent à la réunion a répondu que, concernant les questions liées à la vie privées, les Etats membres sont compétents pour prendre des décisions. Au sujet de la concurrence, il rappelle que c’est la DG Concurrence qui est compétente. Selon lui, il y a peu de chance pour que la Commission mette fin à l’opération uniquement en évoquant la protection de la vie privée.
Denise Kingsmill, membre de la Chambre des Lords du Royaume-Uni et ancienne présidente adjointe de la Commission britannique de la concurrence, a souligné que la fusion était plus qu’une affaire de concurrence et que, dans tous les cas, la valeur matérielle des données personnelles devait être prise en considération pour évaluer la fusion. Selon elle, il semble que ce n’est ce que fait la DG Concurrence. Elle suggère d’introduire l’accès universel aux données. Elle affirme que Google et DoubleClick peuvent fusionner mais uniquement s’ils évitent de mettre leurs bases de données en commun ou s’ils les rendent accessibles à l’ensemble des concurrents.
Les annonceurs ont tendance à souligner l’importance des campagnes en ligne ciblées afin de mieux atteindre le consommateur. Malte Lohan, du groupe d’action européen de la Fédération mondiale des annonceurs a déclaré qu’à l’heure actuelle, augmenter les campagnes publicitaires ne fait pas vendre plus. Mettre l’accent sur les annonces publicitaires ciblées privilégie clairement la collecte de données personnelles au bénéfice des annonceurs.
Néanmoins, pour les groupes de consommateurs, la fusion représente une véritable menace à la protection de la vie privée et aux intérêts du consommateur. Comme le stipule une lettre adressée à la Commission par le BEUC, l’organisation des consommateurs européens, le marché de la publicité en ligne sera menacé si la fusion Google/DoubleClick est autorisée, dans la mesure où l’entreprise fusionnée dominera les deux grands instruments pour la publicité en ligne – à la fois la publicité intégrée et non intégrée dans les moteurs de recherche.
Tous les grands concurrents du marché de la publicité en ligne, comme Microsoft et Yahoo!, sont clairement opposés à la fusion, tout comme les fournisseurs de contenu Internet comme les journaux, qui craignent que la fusion ne rendent leur espace moins attirant pour les annonceurs. Comme l’a écrit Microsoft dans un document, en combinant le réseau dominant pour les ventes d’annonces publicitaires en ligne au fournisseur dominant d’outils publicitaire, Google détiendra le contrôle absolu en matière de campagne publicitaire en ligne.
Margaret Boribon, secrétaire générale de Copiepresse, a déclaré que si l’opération de fusion progresse, elle affectera l’ensemble du secteur des producteurs de contenu. Il n’y a que pour les concurrents directs comme Yahoo! ou MSN que cette question ne représente pas un problème. L’organisation, qui représente les journaux belges francophones et germanophones a déjà remporté une victoire contre Google concernant son nouveau service Google News (EURACTIV 27/03/2007).