L’UE pourrait s’opposer à l’Italie sur le sauvetage d’Alitalia [FR]

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Hier 24 avril, la Commission européenne a déclaré qu’elle examinerait un prêt du gouvernement italien accordé à sa compagnie aérienne en déroute, provoquant des tensions anticipées avec le prochain gouvernement de Berlusconi.

D’après le porte-parole aux Transports de la Commission, Michele Cercone, il existe un certain nombre de doutes quant à savoir si le prêt de 300 millions d’euros accordé par les autorités italiennes à Alitalia cette semaine constitue une aide d’Etat légale ou non. Il a ajouté que la Commission leur a adressé une lettre demandant « davantage de clarifications ».

L’annonce a immédiatement été condamnée par le prochain Premier ministre Silvio Berlusconi, qui a insisté : « l’Union européenne doit aider les causes justes et non pas faire des difficultés ».

Cette question constitue le premier point potentiel de frictions entre l’exécutif européen et M. Berlusconi, qui prendra ses fonctions le mois prochain et qui a déjà eu des tensions avec ses collègues européens durant son dernier mandat à la tête du pays.

L’Italie a insisté sur le fait que le prêt est une opération purement commerciale destinée à aider l’entreprise jusqu’à l’arrivée d’un nouvel acheteur. Mais M. Cercone a fait remarquer que même si le prêt était accordé à des taux pratiqués sur le marché, il pourrait encore constituer une aide illégale, s’il s’avère qu’il a été octroyé dans des conditions que des banques « normales auraient refusées, étant donné le risque encouru. 

Les compagnies aériennes concurrentes, notamment British Airways, ont déclaré qu’elles suivraient de près l’issue de l’affaire. La compagnie aérienne irlandaise à bas-coûts Ryanair a, pour sa part, fait savoir qu’elle déposerait plainte auprès de la Commission. D’après Jim Callaghan, responsable des affaires juridiques chez Ryanair, cette dernière tentative de sauvetage tourne en dérision les règles européennes en matière d’aide d’Etat. Soutenir une compagnie aérienne inefficace, qui aurait fait faillite il y a longtemps, est tout simplement illégal, a-t-il affirmé.

Entre 1997 et 2001, la Commission a approuvé 1,4 milliard d’euros d’aide à la restructuration accordée à Alitalia par le gouvernement. Dans le cadre des règles européennes, l’avionneur devrait être exclu de tout autre type d’aide d’Etat supplémentaire jusqu’en 2011.

Mais selon M. Berlusconi, le prêt est « l’unique chose » à faire. « Alitalia ne pouvait pas se faire absorber par les français », a-t-il déclaré, se référant à une offre de Air France/KLM de racheter l’entreprise endettée. Cette offre a finalement été retirée la semaine dernière après des mois de négociations difficiles.

Alors que M. Berlusconi souligne qu’il y a quantité d’entrepreneurs, de banquiers et de compagnies aériennes italiens prêt à sauver Alitalia, personne ne peut affirmer si ils seraient en mesure de faire une meilleure offre que la proposition française.
Pourtant, assurer l’avenir d’Alitalia était l’une des principales promesses électorales de M. Berlusconi.

Rien ne permet encore d’affirmer si la décision du président de la Commission José Manuel Barroso, présentée plus tôt cette semaine et visant à transférer potentiellement le portefeuille européen des transports aux Italiens, leur permettant ainsi de superviser les initiatives de l’UE à l’égard d’Alitalia, pourrait l’aider à réussir son exploit. Comme l’a souligné un porte-parole du président Barroso, Johannes Laitenberger, cela n’enlève rien au fait que la Commission prend des décisions collégiales.

Le remaniement, annoncé le 22 avril, est perçu comme un signe d’impatience de la part de M. Barroso face aux échecs de M. Berlusconi et du Premier ministre italien sortant Romano Prodi de présenter un successeur au commissaire italien actuel Franco Frattini, s’il se désiste pour devenir le nouveau ministre italien des Affaires étrangères.

Le commissaire français Jacques Barrot, actuellement en charge des Transports, reprendrait le portefeuille de la Justice, de la liberté et de la sécurité – considéré comme le plus prestigieux. Cela apaiserait également les états d’âme du Parlement européen qui craint que les candidats présentés par le gouvernement italien, avec son approche radicale sur des sujets hautement sensibles comme l’immigration, les contrôles frontaliers et la criminalité, ne conviendraient pas à une telle fonction.

Le dernier candidat nommé par M. Berlusconi pour ce poste, Rocco Buttiglione, avait été forcé de se retirer en 2004 suite aux attaques des eurodéputés contre ses opinions vis-à-vis de l’homosexualité, de la place des femmes dans la société et des réfugiés.

La question reste tout de même de savoir si laisser l’Italie gérer les domaines liés aux transports sera moins problématique.

Après la chute prématurée de la coalition de centre-droit menée par Romano Prodi (EURACTIV 25/01/08), les Italiens ont été appelés aux urnes pour élire un nouveau gouvernement les 12 et 13 avril.

La victoire de Silvio Berlusconi lors de ces élections a donné lieu à son quatrième mandat en tant que Premier ministre italien depuis 1994.

Conformément à ses promesses préélectorales, M. Berlusconi a annoncé que les principales priorités pour le nouveau gouvernement quand il arriverait au pouvoir le mois prochain seraient la vente de la compagnie aérienne nationale en déroute et la crise des déchets en Campanie.

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