La Commission bernée par un poisson d’avril belge

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La DG Concurrence de la Commission européenne a demandé des éclaircissements sur de nouveaux investissements à l’aéroport de Charleroi. Elle a fait mention de la construction d'une deuxième piste, un poisson d’avril publié par un site belge. 

Dans le cadre de sa demande aux autorités belges, la Commission a fait référence à un article publié par le site Pagtour, peu connu du grand public. Ce média a indiqué que l'aéroport de Charleroi envisageait de construire une nouvelle piste, un poisson d'avril.

 

Jean-Jacques Clocquet, le PDG de l'aéroport de Charleroi, a exprimé sa consternation vis-à-vis du professionnalisme de l'exécutif européen lors d'enquêtes relatives à des aides publiques.

 

« On peut se poser des questions sur le sérieux avec lequel travaillent certains gestionnaires de dossiers à la Commission européenne », a déclaré M. Clocquet dans des propos cités dans la presse belge.

 

Selon lui, il n’a jamais été question de construire une deuxième piste.

 

« C'est un poisson d'avril de 2013 et la Commission européenne se base sur ce texte pour nous épingler inutilement », a-t-il expliqué en demandant à l'exécutif européen d'arrêter de harceler l'aéroport de Charleroi.

 

Cet aéroport, connu sous le nom de Bruxelles-Sud, a fait l'objet d'une enquête de la DG concurrence de la Commission. L'aéroport de Charleroi est un concurrent pour le premier aéroport de Belgique : Zaventem (situé à proximité de Bruxelles). Il s'est développé à la fin des années 1990 grâce à l'arrivée de la compagnie à bas coût Ryanair. L'exécutif européen a contesté l'aide fournie par le gouvernement régional wallon à l'aéroport. Elle affirme que la Wallonie est propriétaire des infrastructures et que les avantages peuvent donc être qualifiés d'aides publiques.

 

En 2008, le tribunal de l'Union européenne a décidé d’annuler l’enquête de la Commission contre l'aéroport de Charleroi pour des raisons de procédure. La Commission a rouvert le dossier en 2012.

 

Le site Pagtour se réjouit de cette histoire.

 

« Qui a dit que Pagtour n’était pas lu par les plus hautes instances qui nous gouvernent ? Ni que votre site […] n’était pas influent ? Un article de Pierre Proneuve a retenu toute l’attention de la DG Concurrence à un tel point que celle-ci a interpellé l’aéroport de Charleroi. L’ennui pour elle, il s’agissait d’un poisson d’avril ! », peut-on lire sur le site Internet.

 

Pagtour a ajouté que sa rédaction publiait des canulars tous les 1er avril. L'article contenait pourtant des informations farfelues : une commission secrète, dont les membres ne buvaient que de l’eau de Spa, des réunions s’effectuaient toujours dans un resto spécialisé dans les poissons. En dépit de ces indices, la Commission européenne n'avait pas repéré la blague.

 

L'exécutif européen n'était pas le seul être tombé dans le panneau. Selon Pagtour, la lettre de la Commission est d'abord arrivée au gouvernement fédéral belge. Elle a ensuite été transférée au gouvernement wallon puis finalement à l'aéroport de Charleroi. Personne n'a donc apparemment détecté le poisson d'avril.

 

« Ce qui en dit long sur le sens de l’humour des différents fonctionnaires des instances qui nous gouvernent… pour ne pas dire perspicacité », a conclu Pagtour.

EURACTIV a demandé à Chantal Hughes, porte-parole de la Commission, de s'exprimer à ce sujet. Elle a répondu que la Commission européenne s'était fondée sur un communiqué du 11 avril du ministre wallon en charge des aéroports, André Antoine.

 

Or ce document ne faisait pas mention d'une deuxième piste. Interrogée pour savoir si la lettre de la Commission faisait explicitement mention d’une seconde piste pour Charleroi, Mme Hugues n’a pas répondu afin de ne pas livrer « les détails d’une lettre confidentielle ».

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