La Commission explique ses plans de réorganisation radicale des télécoms [FR]

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La Commission européenne présente sa proposition tant attendue sur une révision des règles en matière de télécommunication. Même si elle satisfait les nouveaux entrants sur le marché, cette révision devrait être confrontée à la résistance des Etats membres, des régulateurs et des opérateurs de télécommunication historiques.

  • Régulateur européen

Les plans de la Commission visant à établir un régulateur européen, basé à Bruxelles, afin de lui servir d’organe consultatif principal dans l’ensemble des affaires réglementaires européennes. Le plan destiné à donner à cette autorité un droit de veto sur les décisions prises par les autorités nationales de régulation a provoqué la colère du groupe des régulateurs européens (GRE), dont les membres ne souhaitent pas abandonner leur droit de se prononcer en dernier recours sur les décisions relatives aux télécommunications.

Dans une lettre envoyée par la Deutsche Presse-Agentur, le GRE déclare que les régulateurs ne voient pas non plus la nécessité d’un nouveau régulateur ni d’un droit de veto européen sur les décisions de régulation. L’agence Reuters cite une source proche du GRE déclarant que le groupe a une fois encore fermement rejeté la solution du veto, qu’il considère inutile, et également la proposition d’établir une autorité européenne qui serait trop éloignée des entreprises nationales. Cette source a précisé que le groupe rejette toute sorte d’entité bureaucratique. 

  • Séparation fonctionnelle 

La Commission propose d’accorder aux autorités de régulation le pouvoir de séparer les opérateurs de télécommunication qui possèdent d’importantes parts de l’infrastructure du réseau en deux entreprises, chargées respectivement des activités opérationnelles et de la gestion du réseau.

La proposition est conçue sur le modèle britannique de séparation de British Telecom en BT et Open Reach. Elle ne va si loin dans le concept de la séparation de la propriété que dans le secteur de l’énergie.

Néanmoins, elle est confrontée à une résistance ferme de la part de nombreux opérateurs de télécommunication historiques (EURACTIV 7/11/0725/10/0717/10/07). De plus, Viviane Reding devrait également surmonter une importante résistance interne de la part d’autres commissaires pour pouvoir faire passer la proposition (EURACTIV 26/09/07).

  • Gestion du spectre

Au moment où la radiodiffusion numérique est capable de gérer le spectre des bandes de fréquence de façon plus économique que la radiodiffusion traditionnelle similaire, de grandes proportions du spectre jusqu’ici utilisées pour la télévision et la radio peuvent être ré-attribuées. 

Les opérateurs de télévision et de radio dénoncent les problèmes d’interférence qui pourraient se produire si les services qu’ils fournissent doivent opérer sur des fréquences avoisinant les émetteurs publics, mais Mme Reding souhaite attribuer de grandes portions de la bande UHF à de nouveaux services, comme l’Internet mobile.

La Commission propose également d’introduire un système pour commercialiser le spectre radioélectrique. Les critiques affirment que cela pourrait aller à l’encontre des règles européennes concernant l’obligation de service universel.

  • Les marchés soumis à la réglementation 

La Commission a révisé sa recommandation sur les marchés pertinents. 11 des 18 anciens marchés réglementés ne sont plus soumis à la réglementation ex ante et sont donc sujets à la réglementation ex post. En pratique, cela signifie que le droit général de la concurrence s’appliquera à ces marchés.

La liste révisée est une décision de la Commission qui entre en vigueur immédiatement.

Marchés de détail

accès au réseau téléphonique fixe pour la clientèle résidentielle  Fusionnés
accès au réseau téléphonique fixe pour la clientèle non résidentielle
services téléphoniques locaux et/ou nationaux à partir d’un téléphone fixe pour la clientèle résidentielle Supprimé
services téléphoniques internationaux à partir d’un téléphone fixe pour la clientèle résidentielle Supprimé
services téléphoniques locaux et/ou nationaux à partir d’un téléphone fixe pour la clientèle non résidentielle Supprimé
services téléphoniques internationaux à partir d’un téléphone fixe pour la clientèle non résidentielle Supprimé
ensemble minimal de lignes louées Supprimé

Marchés de gros

départ d’appel sur le réseau téléphonique fixe Inchangé
terminaison d’appel sur divers réseaux téléphoniques individuels fixes Inchangé
10  services de transit sur le réseau téléphonique fixe Supprimé
11  fourniture d’accès de gros à la boucle locale (y compris l’accès partagé) pour fournir des services de bande large et d’émission Annulation de la limitation aux boucles locales pour inclure la boucle locale fibre 
12  fourniture en gros d’accès à large bande  Inchangé
13  fourniture en gros de segments de lignes louées Inchangé
14  fourniture en gros de segments de lignes louées sur le circuit interurbain Supprimé
15  accès et départ d’appel sur les réseaux téléphoniques mobiles Supprimé
16  terminaison d’appel vocal sur les réseaux mobiles individuels Inchangé
17  itinérance internationale sur les réseaux téléphoniques mobiles Supprimé
18  services de transmission de radiodiffusion aux utilisateurs finaux  Supprimé

L'ECTA (European Competitive Telecommunications Association), qui rassemble les nouveaux opérateurs entrants sur le marché, s’est montrée positive concernant cette révision. Innocenzo Genna, président de l’ECTA, pense qu’il s’agit d’un paquet solide et qu’il entraînera une augmentation tangible des investissements et de la concurrence dans la large bande à haut débit en Europe. Le cadre proposé fournit des outils, notamment la séparation fonctionnelle et l’élargissement des marchés de l’accès pour inclure les fibres et pour assurer l’introduction en douceur des réseaux de prochaine génération et le partage des coûts substantiels pour les mettre à disposition. 

M. Genna ajoute que la décision de la Commission sur la séparation fonctionnelle est particulièrement cruciale. Dix-sept pays en Europe sont en retard dans les services à large bande car ils ont peu ou aucune séparation du réseau historique. L’Europe pourrait être actuellement le leader mondial dans le domaine de la large bande si les régulateurs avaient eu la possibilité d’utiliser la séparation fonctionnelle pour soutenir l’ouverture des marchés. De même, l’Europe peut se laisser dépasser par ses concurrents mondiaux les plus compétitifs si elle ne parvient pas à dissiper l’encombrement empêchant la concurrence dans les services de bande à haut débit. L’avenir du secteur européen des télécommunications est désormais entre les mains du Conseil et du Parlement et M. Genna espère qu’ils en tiendront compte. 

L’ETNO, la fédération des opérateurs de télécoms historiques, est favorable à la réduction significative du nombre de marchés soumis à une réglementation ex-ante. La suppression de la plupart des marchés de détail (sauf les marchés de l’accès de détail) et de quelques marchés de gros déjà très concurrentiels, est une étape positive. En revanche, l’ETNO regrette vivement que la recommandation de la Commission propose parallèlement l’extension de la réglementation de gros à chaque nouveau réseau, y compris les nouveaux réseaux d’accès haut débit. De plus, la régulation continue du marché de l’accès de détail, qui n’a pas été enlevé de la liste des marchés, est une opportunité manquée pour renforcer l’innovation sur les marchés de consommateurs. 

L’ETNO salue également l’initiative de Mme Reding de mettre à la disposition de nouveaux services le spectre radioélectrique. D’après Michael Bartholomew, directeur de l’ETNO, les propositions d’ouvrir le spectre peuvent stimuler le déploiement de services novateurs et de technologies d’accès à large bande sans fil, introduisant davantage de concurrence basée sur les infrastructures. 

Il ajoute cependant que la séparation fonctionnelle obligatoire risque au contraire d’entraîner une augmentation des coûts de l’accès et une diminution des investissements dans les réseaux nouveaux et alternatifs, réduisant ainsi la concurrence à long terme des réseaux et limitant le choix des consommateurs. 

Le BEUC, l’association des consommateurs européens, voit des avantages et des inconvénients dans la proposition de la Commission. Le BEUC regrette la réduction du nombre de marchés significatifs, craignant que « les consommateurs ne bénéficient plus d’une protection adéquate dans les pays où les autorités de régulation ne sont pas puissantes ».

De plus, l’association de consommateurs critique le fait que les SMS ne soient pas inclus dans la nouvelle proposition et que la Commission n’ait pas proposé un système plus strict « d’opt-in » pour lutter contre les spams. 

Jim Murray, directeur du BEUC, a déclaré : « Le BEUC se félicite de la volonté de promouvoir les droits des consommateurs dans le secteur des télécommunications. L’objectif ultime de cette proposition devrait être de garantir un accès sûr, abordable et juste pour les consommateurs à tous les services de télécommunications. Nous appelons les Etats membres et le Parlement européen à mettre en place des mesures complémentaires afin de combattre les spams et de garantir un champs d’application plus étendu au service universel ».

L’eurodéputée allemande du groupe PPE-DE, Angelika Niebler, présidente de la commission de l’Industrie du Parlement, a averti la Commission de rester proportionnée dans l’extension de ses pouvoirs. Pour elle, la Commission veut clairement exercer plus d’influence sur l’interaction avec les Etats membres et les régulateurs nationaux. Afin d’institutionnaliser plus fortement la coopération des régulateurs, la Commission souhaite créer une régulateur européen pour les télécommunications. Cependant, de nombreux détails restent à clarifier, notamment concernant les plans de la Commission d’étendre progressivement ses propres compétences. 

Mme Niebler ajoute que les compagnies de télécommunication et les consommateurs ont une bonne expérience du cadre juridique actuel. L’ancien paquet législatif de 2002 répond totalement aux attentes. Seules quelques adaptations sont donc nécessaires.

Pour Malcolm Harbour, eurodéputé britannique conservateur, les règles européennes en matière de communications ont été un grand succès pour le marché intérieur et ont encouragé de hauts niveaux d’investissement et une vaste gamme de nouveaux services pour les consommateurs et les entreprises. Ce paquet s’ajoute à ce succès et aborde un certain nombre de domaines où une action avait été demandée. Mais la Commission s’est laissée emporter par de grandes idées d’établir une nouvelle autorité, au lieu de laisser les régulateurs locaux s’en charger. Selon lui, il faut exiger des réponses sur les coûts et les avantages de cette nouvelle autorité. Mais ces changements doivent être poursuivis au bénéfice des consommateurs et de la concurrence. 

Selon Helga Trüpel, eurodéputée Verte allemande, vice-présidente de la commission parlementaire de la Culture, les propositions de la Commission sont trop orientées sur le marché et risquent de détruire l’équilibre actuel entre les radiodiffuseurs publics et privés. Elle estime que nous traversons une transformation fondamentale de la manière dont nous communiquons et dans les médias que nous utilisons. Dans l’adaptation des règles européennes de télécommunications, il faut nous assurer que l’actuelle diversité culturelle et médiatique n’est pas réduite. Dans cette perspective, il est crucial de s’assurer que tous les citoyens aient accès à la bande large à des prix abordables. De plus, il est important de garantir que les radiodiffuseurs publics prospèrent dans ce nouvel environnement. 

Roberto Viola, président du Groupe des régulateurs européens (GRE), a déclaré que le GRE allait continuer à donner des conseils sur la réforme du cadre européen à la Commission et aux autres institutions européennes. A court terme, le GRE presse la Commission à amender la décision qui a créé le GRE afin de refléter formellement le rôle actuel et potentiel du GRE dans la promotion du marché unique. M. Viola estime que le GRE est prêt à se conformer à l’ordre du jour proposé aujourd’hui par la Commission et qu’il n’y a pas besoin d’attendre jusqu’en 2010. Selon lui, le GRE doit se mettre à ce travail essentiel immédiatement.  

En conséquence des évolutions technologiques et d’une convergence accrue des possibilités d’accès et de communication, un nouveau cadre concernant les télécommunications a été introduit en 2002 et 2003. La base du cadre réglementaire comprend cinq directives principales, ainsi qu’un certain nombre d’autres directives et une recommandation portant sur les marchés pertinents qui est parfois également considérée comme faisant partie du paquet réglementaire (voir le LinksDossier d’EURACTIV sur le cadre réglementaire des télécommunications).

Le 13 novembre 2007, la Commission a présenté sa proposition tant attendue pour une révision législative du paquet.

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