Les travailleurs détachés roumains et bulgares contre le «protectionnisme» français

Les routiers bulgares et roumains s'opposent à Emmanuel Macron. [Roman Babakin/Shutterstock]

Les routiers roumains et bulgares, dont les pays accueillent jeudi et vendredi Emmanuel Macron, sont vent debout contre les efforts du président français pour réviser la directive européenne sur le travail détaché, qui selon eux menacerait leur activité.

« C’est du néoprotectionnisme », s’insurge Radu Dinescu, responsable de l’Union des transporteurs roumains (UNTRR).

Le chef d’État français entame mercredi en Autriche une mini-tournée en Europe centrale et orientale au cours de laquelle il plaidera notamment pour un durcissement de la réglementation contenue dans la directive. Paris, Berlin et Vienne accusent celle-ci de favoriser un contournement de leurs droits du travail.

Pour les quelque 200 000 routiers roumains et bulgares sillonnant les routes d’Europe, l’initiative fait peser un danger mortel sur leurs entreprises.

Macron en tournée européenne sur les travailleurs détachés

Le président français se rendra en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie entre le 23 et le 25 août pour parler notamment de la révision de la directive européenne sur le travail détaché, un sujet brûlant au niveau européen.

Alors que Bruxelles envisage de considérer les chauffeurs comme des travailleurs détachés, bénéficiant d’un salaire local, à partir de trois jours de travail par mois dans un pays, la France souhaite que le tarif s’applique dès le premier jour sur place.

« Considérer les chauffeurs internationaux bulgares comme des travailleurs détachés porte un grave coup aux entreprises de transport. Une telle mesure retire l’avantage concurrentiel que les transporteurs d’Europe centrale et orientale ont grâce à leur structure de dépenses différente », s’insurge Madleine Kavrakova, avocate de l’Union bulgare des transporteurs internationaux.

« Nous payons un chauffeur 50 euros par jour. Si nous devons le payer 80 euros comme en France, nous ferons faillite et nos camionneurs iront travailler ailleurs », renchérit Gueorgui Tsanov, directeur d’une entreprise bulgare de transport routier.

Malgré des progrès, la Roumanie et la Bulgarie demeurent les pays les plus pauvres du bloc européen, qu’elles ont rejoint en 2007.

Pour Radu Dinescu, « le salaire minimum roumain est proportionnel au niveau de développement du pays. Nous aimerions tous qu’il soit quatre fois plus élevé mais nous avons encore beaucoup de travail à faire pour combler cet écart ».

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« Deux poids, deux mesures »

Datant de 1996, la directive sur le détachement permet à une entreprise de l’UE d’envoyer temporairement dans d’autres pays de l’union ses salariés en payant les cotisations sociales dans le pays d’origine.

Destiné à faciliter les échanges entre États au niveau de vie comparable, le système s’est cependant transformé en outil de dumping social depuis que l’UE s’est étendue, à partir de 2004, à des pays d’Europe centrale et orientale aux charges salariales beaucoup plus basses, selon les partisans d’une réforme.

Les opposants à celle-ci soulignent toutefois que les compagnies occidentales profitent pleinement du bas coût du travail payé à leurs partenaires bulgares et roumains, qui leur permet de maximiser leurs bénéfices.

Et ce, pas uniquement dans le domaine des transports: avec plusieurs dizaines de milliers de travailleurs détachés dans l’ouest de l’Europe, le secteur roumain du bâtiment s’estime lui aussi directement visé.

« Quand la Belgique, l’Allemagne ou la France ont eu besoin de main d’œuvre, leurs entrepreneurs sont venus recruter directement en Europe de l’Est », rappelle Laurentiu Plosceanu, président de l’Association des constructeurs roumains, accusant ces pays d’utiliser « deux poids, deux mesures » en fonction de leurs intérêts.

Dans le même temps, « nombre d’employeurs roumains ont pu traverser le désert » lors de la crise de 2008-2009 en détachant des ouvriers en Europe de l’Ouest, reconnaît-il.

« Qui souhaite cette réforme? », s’interroge le dirigeant. « Certainement pas les entrepreneurs français qui ont dégagé des bénéfices importants en faisant sous-traiter » des travaux par des compagnies est-européennes.

Radu Dinescu partage cet avis. « Rien n’empêche les sociétés françaises d’utiliser uniquement des camions français. Si elles font appel à des Roumains, c’est que ces derniers travaillent tout aussi bien que les Français », souligne-t-il.

Pro-européen convaincu, il ne cache pas son amertume: « L’UE devrait au moins avoir le courage de dire : l’Europe, le marché libre, c’est fini. Car nous nous dirigeons vers une approche nationaliste (…) qui mettra fin à notre rêve de libre de circulation ».

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