Pour rivaliser avec les États-Unis et la Chine, l’UE doit opérer un « changement radical », selon Mario Draghi

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Certains acteurs « ne respectent plus les règles et poursuivent activement des politiques visant à renforcer leur position concurrentielle », a averti Mario Draghi lors d’une conférence sur les droits sociaux européens à La Hulpe, en Belgique.

L’Europe doit opérer un « changement radical » pour rester compétitive face à la Chine et aux États-Unis, deux acteurs qui refusent de « respecter les règles » du commerce international, a déclaré Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), mardi (16 avril).

Certains acteurs « ne respectent plus les règles et poursuivent activement des politiques visant à renforcer leur position concurrentielle », a averti M. Draghi lors d’une conférence sur les droits sociaux européens à La Hulpe, en Belgique.

« Notre capacité de réponse a été limitée, car notre organisation, notre prise de décision et notre financement ont été conçus pour le monde d’avant, avant le Covid, la guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient et le retour des rivalités entre les grandes puissances », a ajouté l’Italien.

« Mais nous avons besoin d’une Union européenne adaptée au monde d’aujourd’hui et de demain. Ce que je propose […] c’est un changement radical. »

Actuellement attelé à la rédaction d’un rapport très attendu sur la compétitivité de l’Union européenne pour la Commission européenne dont la publication est prévue fin juin, Mario Draghi a spécifiquement critiqué Pékin pour avoir « menacé d’affaiblir » la base industrielle européenne.

Selon lui, la Chine cherche à « capturer et internaliser toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement dans les technologies vertes et avancées », entraînant une « surcapacité significative dans de nombreux secteurs ».

Il a également critiqué les États-Unis qui tentent « d’attirer […] des produits manufacturés de grande valeur, y compris ceux des entreprises européennes, tout en recourant au des mesures protectionnistes pour exclure leurs concurrents ».

Le programme américain de subventions à l’industrie verte, l’Inflation Reduction Act (IRA), a suscité des craintes de désindustrialisation de l’Europe parmi les hauts fonctionnaires de l’UE.

Trois axes politiques pour renforcer l’économie européenne

Le discours prononcé par M. Draghi en amont d’un sommet de deux jours des dirigeants européens à Bruxelles consacré à la compétitivité de l’Union a également mis en avant trois « axes principaux pour les interventions politiques » visant à garantir la résilience à long terme de l’économie européenne.

Il s’agit notamment de « favoriser les économies d’échelle », en particulier dans les secteurs des télécommunications et des soins de santé, afin d’aider les entreprises européennes à « accroître leurs investissements et à conquérir des parts de marché ».

M. Draghi a également encouragé les décideurs politiques à « renforcer la sécurité de l’approvisionnement en ressources et intrants essentiels » et a recommandé l’introduction de « mesures complémentaires » pour appuyer la législation européenne sur les matières premières critiques. Cette législation vise à diversifier les sources d’approvisionnement de l’Union européenne en terres rares et autres éléments stratégiquement importants, en réduisant la dépendance vis-à-vis de la Chine.

Enfin, il a appelé l’UE à garantir la fourniture de « biens publics », en particulier les dépenses liées au changement climatique, à la défense et à l’intégration du réseau énergétique « fragmenté » de l’Europe.

Dans l’ensemble, tout en reconnaissant le « rôle important » du secteur public dans le renforcement de la compétitivité de l’Union, l’ancien président de la BCE a souligné que « la majorité des lacunes en matière d’investissement devraient être comblées par le secteur privé ».

Pour y parvenir, M. Draghi a rappelé l’importance de l’approfondissement de l’Union des marchés de capitaux (UMC) — un objectif prioritaire pour les responsables de l’UE ces derniers mois — comme étant « indispensable » pour mobiliser les capitaux privés nécessaires.

L’importance que Mario Draghi accorde à l’investissement privé résonne avec ses déclarations faites en février, lorsqu’il a informé les fonctionnaires de l’UE que l’Union devrait augmenter ses dépenses de 500 milliards d’euros par an pour combler le « déficit d’investissement » dans les transitions numérique et écologique. Deux tiers de cette somme devraient provenir du secteur privé, selon M. Draghi.

L’Europe va devoir investir « massivement », prévient Mario Draghi

L’Europe va devoir investir « massivement » en peu de temps et mobiliser de nouveaux financements publics et privés, a déclaré samedi l’ancien chef du gouvernement italien Mario Draghi, qui prépare un rapport sur la compétitivité de l’Union européenne.

Des solutions différentes pour renforcer la compétitivité de l’UE

Le discours de M. Draghi intervient alors que la compétitivité de l’Europe suscite de plus en plus d’inquiétudes ces derniers mois, poussant les législateurs européens à lui confier, ainsi qu’à Enrico Letta, ancien Premier ministre italien, la rédaction de deux rapports sur la situation économique de l’Union.

Cette année, la croissance du PIB en Europe devrait être nettement inférieure à celle des États-Unis, de la Russie et de la Chine, car les taux d’intérêt élevés, le ralentissement de la demande chinoise et les politiques industrielles américaines et chinoises constituent une menace croissante pour l’économie de l’Union.

Les faibles performances économiques de l’Europe se sont particulièrement manifestées dans les secteurs de l’industrie manufacturière et des industries à forte consommation d’énergie. Le mois dernier, la Confédération européenne des syndicats a rapporté qu’environ un million d’emplois manufacturiers ont été perdus sur le continent au cours des quatre dernières années.

Les craintes concernant le déclin industriel de l’Europe se sont intensifiées lundi (15 avril), lorsqu’Eurostat, l’office statistique officiel de l’UE, a indiqué que la production industrielle dans l’ensemble de l’Union en février était inférieure de 5,4 % à celle du même mois de l’année précédente.

En revanche, le Bureau national des statistiques de Chine a annoncé mardi que la production industrielle du premier trimestre avait augmenté de 6,1 % par rapport à la même période en 2023.

M. Letta, qui présentera son rapport sur le marché unique aux dirigeants de l’UE jeudi (18 avril), est prêt à attribuer un rôle beaucoup plus important aux investissements publics dans la résolution des problèmes qui affectent l’économie de l’Union.

Dans une version de son rapport ayant fait l’objet d’une fuite, M. Letta plaide pour la mobilisation de fonds au niveau de l’UE et de l’introduction d’un système de contribution paneuropéen « d’aides d’État/d’aide publique » comparable à l’IRA américain, afin de garantir un soutien adéquat à l’économie et aux industries européennes.

Enrico Letta appellera l’UE à adopter une stratégie industrielle rivalisant avec l’IRA américain

L’Europe doit adopter d’urgence des mesures pour promouvoir une « stratégie industrielle compétitive » rivalisant avec la loi américaine sur la réduction de l’inflation (IRA), devrait déclarer Enrico Letta jeudi (17 avril).

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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