Quand l’ESA oublie la préférence européenne avec le lanceur russe Rockot

Alors que la France et ArianeGroup plaident pour une préférence européenne en matière de lancements de satellites institutionnels, l’Agence spatiale européenne utilise encore une fois le lanceur russe Rockot. Un article de notre partenaire La Tribune.

Conçu et construit par Airbus pour surveiller la pollution mondiale, le satellite européen Sentinel-5 Precursor a été lancé vendredi avec succès par un lanceur russe Rockot depuis le cosmodrome de Plesetsk, en Russie. Incroyable au moment où ArianeGroup demande à l’Europe de jouer la préférence européenne et au moment où l’Agence spatiale européenne (ESA) semble prête à y céder. Mais pourquoi donc l’ESA a une nouvelle fois choisi Rockot pour Sentinel-5 Precursor? Car c’est bel et bien l’agence spatiale ESA qui a sélectionné le lanceur russe.

Ce satellite fait pourtant partie intégrante du programme européen de surveillance mondiale Copernicus, un projet commun de la Commission européenne et de… l’ESA. Il vise à acquérir en permanence des données d’observation précises de la Terre et à fournir des services permettant d’améliorer la gestion de l’environnement, comprendre et réduire les effets du changement climatique, et garantir la sécurité civile.

Des liaisons dangereuses?

Un choix incompréhensible? Pas sûr. Car là où l’histoire ne manque pas de sel, c’est que la société Eurockot qui opère le lanceur Rockot, est basée à Brême et appartient au groupe russe Khrunichev Space Center (49%) et… ArianeGroup (51%) dont les dirigeants exigent aujourd’hui sur tous les tons mais à raison la préférence européenne en matière de lancements. Et ce n’est pas fini. Volker Liebig, qui a été directeur des programmes d’observation de la Terre à l’ESA entre octobre 2004 et juin 2016, est aujourd’hui chez… Airbus aux côtés d’Evert Dudok, directeur général de l’activité Services au sein d’Airbus Defence & Space depuis 2012. Et qui a signé les contrats de lancement des satellites d’observation de la Terre? Volker Liebig et le PDG d’Eurockot, Matthias Oehm.

Pourtant, la commission européenne a demandé à plusieurs reprises à l’ESA d’annuler les contrats Rockot pour acheter des lancements avec Vega, le lanceur italien. Mais l’Agence spatiale européenne a toujours refusé. Pourquoi? Pour des raisons de prix? Un lanceur Rockot est acheté par la commission européenne aux alentours de 30 millions d’euros alors qu’Eurockot l’obtient pour deux à trois fois moins. Ce qui constitue une très belle marge pour Eurockot et ses actionnaires…

Un quatrième satellite Sentinel lancé par Rockot?

L’ESA a déjà confié sept satellites en quatre lancements à Eurockot : Cryosat 1 (2005, échec), Goce (2009), Smos et Proba 2 (2009) ainsi que le triplet Swarm (2013). Pour le programme Copernicus, il s’agit du deuxième contrat de lancement ferme (Sentinel-5 Precursor) de l’ESA avec Eurockot. Mais pas le dernier. LEurockot prévoit de lancer au premier trimestre 2018 Sentinel-3B.

Toutefois, selon nos informations, une clause du contrat spécifie que ce satellite doit être lancé avant la fin de cette année par un lanceur Rockot sinon le contrat peut être dénoncé au profit de Vega. Que va faire l’ESA? Un avenant au contrat pour lancer à tout prix avec Rockot ou choisira-t-elle Vega? A suivre…