Rachat de Yahoo par Microsoft : un nouveau défi pour l’UE [FR]

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Même si l’offre de rachat de Yahoo par Microsoft se conclut par un accord entre les conseils d’administration des deux géants informatiques, les autorités mondiales en matière de concurrence devront faire face à une nouvelle affaire complexe concernant Internet. Cette offre survient en effet après la proposition de fusion entre Google et DoubleClick.

Vendredi 1er février, Microsoft a offert   44,6 milliards de dollars (30,1 milliards d’euros) pour l’achat de Yahoo, le deuxième moteur de recherche. Si l’opération aboutit, il s’agira de l’un des plus importants accords jamais conclus concernant la technologie et entraînera la fusion de deux des trois moteurs de recherche d’envergure mondiale.  

Google restera le premier fournisseur mondial et conservera la principale part des revenus pour les publicités en ligne. Cependant, la fusion potentielle pourrait créer un concurrent capable de freiner sa domination croissante. 

Si l’accord est signé, la Commission européenne devra examiner la création d’un duopole sur le marché déjà très restreint des moteurs de recherche. 

Dans ce contexte, deux scénarios pourraient émerger, d’après Hans Friederiszick, ancien membre du Bureau de l’économiste en chef à la DG Concurrence et actuellement directeur général de la section Analyse de la concurrence à l’ESMT  (European School of Management and Technology) à Berlin.

D’après M. Friederiszick, Bruxelles pourrait interdire cet accord qui réduirait la concurrence ou, à l’inverse, l’autoriser pour permettre une réelle concurrence sur un marché de plus en plus dominé par un seul acteur. 

M. Friederiszick affirme  que les autorités pourraient considérer que la fusion proposée est favorable à la concurrence, dans la mesure où cela créerait une entreprise suffisamment forte pour rivaliser plus efficacement avec Google sur le marché. 

Google ne s’y opposerait pas nécessairement, car cela pourrait en fait lui permettre d’affirmer que sa position dominante est remise en question par un acteur aussi fort que lui, a commenté M. Friederiszick. Sa tentative de rachat de DoubleClick pourrait également être reconsidérée, dans cet environnement complètement différent (EURACTIV 14/01/2008  et 22/01/2008).  

D’après les hypothèses d’Hans Friederiszick, dans tous les cas, la relation entre la Commission et Microsoft, suite à son usage stratégique et son abus de l’interopérabilité, pourrait être un obstacle à l’approbation de la fusion proposée. Après avoir déjà lourdement sanctionné l’entreprise de Seattle, la Commission européenne a ouvert une nouvelle enquête en janvier sur la conformité d’une série de produits Microsoft avec les règles européennes en matière de concurrence, allant du navigateur Internet Explorer à ses services email (EURACTIV 15/01/2008).  

L’importance de la coopération entre les deux principales autorités de concurrence, la Commission européenne et la Commission fédérale du commerce aux Etats-Unis (FTC), est une autre question significative soulevée par cette nouvelle fusion éventuelle. Pour M. Friederiszick, il serait souhaitable de voir les autorités européennes et américaines s’accorder sur cette proposition, même si cela représente un défi majeur.  

Alors que l’accord Google-DoubleClick a déjà été approuvé par la FTC, Bruxelles n’a pas encore donné son feu vert. De même, la fusion potentielle entre Microsoft et Yahoo est une affaire internationale, dont les questions de concurrence doivent être examinées par différentes juridictions, même si ces juridictions prennent en compte des éléments très différents du marché. M. Friederiszick conclut que, malgré ces différences, d’importants progrès sur la voie du dialogue ont été réalisés ces dernières années.

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