Le JEDI veut révolutionner l’innovation en Europe

Didier Schmitt (gauche) André Loesekrug-Pietri (milieu), Jean-Paul Palomeros (droite), architectes de la JEDI. [Daniela Vincenti]

La création d’une agence européenne dédiée à l’innovation, comme le DARPA américain, est sur les rails. La Joint European Disruptive Initiative, ou Jedi, veut rapprocher recherche et entreprenariat.

En septembre dernier, le président français plaidait pour l’instauration d’une initiative européenne pour l’innovation de rupture (ou Joint European Disruptive Initiative, JEDI). Contre toute attente, celle-ci est en train de se concrétiser.

« Nous sommes à un stade avancé », assure André Loesekrug-Pietri, architecte du projet. Il admet que l’écosystème tech européen actuel ne permet pas de retenir ses propres talents, qui préfèrent souvent tenter leur chance aux États-Unis, où la culture du risque maximum a permis des avancées inédites.

La nouvelle agence aura comme rôle de résoudre des problèmes de développements en général, et non d’atteindre des objectifs précis et restreints. Elle s’inspire en cela de la DARPA, l’Agence des États-Unis pour les projets de recherche avancée en matière de défense, créée il y a 60 ans.

Depuis sa création en 1958, la mission de la DARPA est d’harmoniser les travaux académiques et les avancées pratiques de l’armée américaine. Sans la DARPA, des projets comme Internet, le GPS, les voitures sans conducteurs, la technologie de la furtivité, SpaceX et Siri, n’auraient pas vu le jour.

L’idée serait aussi que JEDI accélère les choses en permettant le développement plus rapide de dizaines de prototypes opérationnels, et ce chaque année.

« Prenez le glyphosate. Aujourd’hui, personne ne vous dirait qu’il sera possible de trouver un remplacement dans les trois ans, en tous cas pas en France », explique André Loesekrug-Pietri. « Mais si vous lanciez une initiative, en y consacrant 10 millions d’euros, pour trouver une alternative au glyphosate dans les 24 mois, je peux vous assurer qu’un très grand nombre d’équipes de chercheurs s’y mettraient. »

Les projets ne dureront pas plus de deux ans. En facilitant l’obtention d’un prototype, ce système incitera investisseurs et industriels à produire et à vendre les innovations disponibles.

« La JEDI est créée pour encourager une mentalité gagnante en modifiant radicalement le financement des projets à risque et leur temps d’exécution. Le but est de retrouver notre place de meneur technologique et donc de restaurer notre indépendance stratégique et économique », ajoute-t-il.

À ce jour, la France et l’Allemagne soutiennent l’initiative, mais les autres États membres pourraient se laisser convaincre. Contrairement à la DARPA, la JEDI ne fonctionnera pas comme une véritable agence, mais comme une structure agile et responsable.

La structure permanente sera limitée au minimum, assurent les architectes du projet. Dix gestionnaires de projets à plein temps s’occuperont des projets en cours, secondé pour deux ans (renouvelables une fois) de centres de recherche.

Le facteur du capital humain est crucial, précise Jean-Paul Palomeros, défenseur du projet et ancien Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN. Si l’initiative réussit, la JEDI sera considérée, comme la DARPA, comme un tremplin professionnel, attirant ainsi les individus les plus talentueux.

« Nous sommes prêts. Les dix gestionnaires ont été choisis, tout comme les priorités en termes de technologies : l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la capacité informatique, les biotechnologies, le stockage de l’énergie et les nanotechnologies », ajoute-t-il.

L’initiative cherchera à favoriser  la collaboration entre différents secteurs.

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Le budget initial est estimé à 235 millions d’euros pour 2018. Dès 2019, année du lancement de l’initiative, 228 millions devraient être dédiés au financement des projets et 7 millions aux frais de fonctionnement. Une fois la vitesse de croisière atteinte, la JEDI pourrait ensuite brasser jusqu’à 1 milliard par an.

En comparaison, la DARPA compte environ 220 employés pour un budget annuel de 3 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros). Ses 100 gestionnaires de projets supervisent 250 dossiers dans six domaines, dont la biotechnologie, l’informatique et la technologie des microsystèmes.

Initiative européenne ou franco-allemande ?

Convaincre d’autres États membres de se joindre au projet ne sera pas facile. Quand Emmanuel Macron a abordé l’initiative sur l’innovation de rupture pour la première fois, Carlos Moedas, le commissaire à la recherche, a estimé que l’idée était identique au pilote du Conseil européen de l’innovation, qui dispose d’un budget de 2,7 milliards pour trois ans. La plupart des outils de ce pilote se concentrent toutefois sur l’innovation de marché.

« Nous ne voulons pas changer la manière dont l’innovation est financée, mais créer un instrument de financement de l’innovation de rupture, ce qui n’existe actuellement pas », assure Jean-Paul Palomeros.

Il s’agit avant tout d’être à la hauteur de la concurrence, la Chine et les États-Unis. Et le temps est compté, insiste-t-il, soulignant que les cycles de développement des technologies sont de plus en plus courts.

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