Avant son départ pour Dubaï, le chef de la délégation du Parlement européen à la Conférence sur les changements climatiques (COP28) a déclaré que la Chine devait cesser de se présenter comme un pays en développement et contribuer au financement de la lutte contre le changement climatique comme une « superpuissance », sans quoi les négociations pourraient ne pas aboutir.
Peter Liese, chrétien-démocrate allemand (Parti populaire européen), est à la tête d’une délégation des 15 législateurs du Parlement européen qui s’envolera pour Dubaï du 8 au 12 décembre afin d’assister au sommet de la COP28.
Et il se rendra sur place avec un objectif clair : faire connaître la vérité sur la contribution de la Chine au réchauffement climatique.
La plupart des Européens savent aujourd’hui que la Chine est le premier émetteur de gaz à effet de serre, représentant près de 30 % des émissions mondiales selon les données de l’UE. Elle se trouve loin devant les Vingt-Sept, qui se situent juste au-dessus de 6 %.
Mais selon l’eurodéputé, la plus grande méprise sur la Chine concerne ses émissions de CO2 par habitant, dont beaucoup pensent qu’elles sont inférieures à celles de l’Allemagne — un argument qui, selon lui, est souvent avancé par les écologistes allemands pour faire pression en faveur d’une plus grande ambition en matière de politique climatique.
Il s’avère que les émissions par habitant de la Chine sont les deuxièmes plus élevées au monde, avec près de 9 tonnes de CO2 par habitant en 2021. Le pays se place donc juste derrière les États-Unis, qui représentent un peu plus de 14 tonnes la même année.
« Et ce n’est pas seulement plus que [la moyenne de] l’Union européenne, c’est même plus que la Pologne et l’Allemagne », a déclaré M. Liese aux journalistes lors d’une conférence de presse en ligne avant la COP28. Ces deux États membres se situent au-dessus de la moyenne de l’UE.
La Chine, un pays en développement ?
Pour M. Liese, ces statistiques sont des preuves irréfutables et constituent un appel à l’action.
Lorsque la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été conclue en 1992, la Chine figurait sur la liste des « Parties non-membres de l’Annexe I », aux côtés des pays pauvres et en développement d’Asie et d’Afrique.
Cette classification est importante pour Pékin, car elle permet en théorie à la Chine de bénéficier de ressources financières et de transferts de technologie de la part des pays industrialisés afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
Toutefois, selon M. Liese, les traités des Nations unies doivent refléter le nouveau statut de « superpuissance » de la Chine, qui doit à présent passer du côté des contributeurs.
« La Chine se comporte comme une superpuissance et c’est d’ailleurs ce qu’elle est. Comment est-ce que cela concorde avec le fait qu’elle soit traitée comme le Burkina Faso ou la Tanzanie ? »
« Si cela ne s’arrête pas, il n’y aura pas de solution [à la COP28] », a-t-il averti. « C’est pourquoi l’un des points importants de cette COP est de mettre un terme à cette vieille histoire entre les pays de l’annexe I et les pays hors annexe I. »
Wopke Hoekstra, le nouveau commissaire européen au Climat, est du même avis, bien qu’il se soit exprimé en des termes plus diplomatiques.
S’adressant au Parlement fin novembre, M. Hoekstra a déclaré que la Chine devait apporter une contribution substantielle au financement international de la lutte contre le changement climatique, y compris au fonds pour les pertes et dommages subis par les pays pauvres qui a été officiellement lancé jeudi dernier (30 novembre).
« Nous ne pouvons pas baser ce type de financement sur une simple division économique entre les pays développés et les pays en développement qui aurait pu avoir un sens en 1992 », a affirmé M. Hoekstra le 20 novembre.
« Je crois fermement que tous ceux qui ont la capacité de payer devraient le faire », a-t-il insisté, ajoutant que l’UE continuerait à faire pression en ce sens à Dubaï.
La Chine « n’est pas comme la Tanzanie »
La Chine, pour sa part, affirme qu’elle est encore un pays en développement et refuse d’être responsable des émissions historiques qui ont causé le réchauffement de la planète — une position soulignée par l’ambassadeur de Chine auprès de l’UE, Fu Cong, dans un discours prononcé lors du Bilan climatique européen (European Climate Stocktake) organisé par la Commission européenne à Bruxelles fin du mois dernier.
« Les pays développés ont plus de moyens et devraient assumer leurs responsabilités historiques », a insisté l’ambassadeur, faisant référence au principe des responsabilités communes mais différenciées inscrit dans les traités des Nations unies.
Cependant, M. Liese estime que la Chine ne peut plus s’en tenir à cette position.
« Le premier objectif est de communiquer clairement pour que tout le monde sache que nous ne voulons pas traiter la Chine comme la Tanzanie. C’est la première étape. »
La deuxième étape consiste à trouver des alliés. Et là, M. Liese pense que les pays du G77 peuvent aider.
Selon le législateur allemand, la Chine n’a plus sa place au sein du G77, qui rassemble 135 pays en développement, dont des nations pauvres comme le Congo et des économies émergentes comme l’Inde.
M. Liese a ouvertement contesté la place de Pékin dans ce groupe, suggérant que la Chine n’appartenait plus au groupe en raison de la taille de son économie.
« Même le Brésil et l’Inde ont des émissions bien inférieures à celles de la Chine », a fait remarquer le législateur allemand. « Ils doivent comprendre que la Chine est un acteur différent de ce qu’elle était il y a 30 ans. »
Les pays les moins développés comme alliés
Pour M. Liese, le plus important est l’alliance de l’Europe avec les petits États insulaires et les pays les moins avancés, qui, selon lui, peut être un levier efficace pour faire bouger les lignes.
« Ils devraient être nos alliés et croire que l’Europe sera de leur côté lorsqu’il s’agira de questions telles que la réduction des risques, l’adaptation ou les pertes et dommages », a-t-il soutenu.
En retour, l’Europe attend d’eux qu’ils « remettent en question la position de la Chine en tant que pays en développement » et qu’ils « la rendent responsable » de tout échec lors des négociations de la COP28, a déclaré M. Liese. « Et je suis sûr que cela va marcher. »
Selon M. Liese, le premier test pour Pékin sera de savoir s’il contribue au nouveau fonds pour les pertes et dommages mis en place jeudi pour dédommager les pays pauvres des catastrophes naturelles causées par le changement climatique.
« Il n’est pas possible que la Chine reçoive de l’argent de ce fonds », souligne le législateur allemand, qui estime que le projet d’accord sur le fonds indique clairement que les pays les moins avancés et les petits États insulaires devraient être les seuls bénéficiaires.
« En ce qui concerne la contribution, le texte prévoit clairement que la Chine y contribuera. Ce ne sera peut-être pas le premier pays [à contribuer], mais il doit le faire », a-t-il conclu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




