COP28 : des engagements mondiaux pour réduire les émissions de méthane

Le pays hôte de la COP, les Émirats arabes unis, a tiré parti de ses liens avec d’autres États pétroliers pour engager 50 grandes compagnies pétrolières et gazières, dont 29 sociétés nationales, à réduire les émissions de méthane à un niveau « proche de zéro » d’ici 2030 et à arrêter le torchage du gaz naturel. [Shutterstock]

La réduction des émissions de méthane provenant du secteur de l’énergie fait partie des mesures clés élaborées lors de la Conférence sur les changements climatiques (COP28) à Dubaï afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Les dirigeants du monde entier cherchent des moyens de maintenir l’objectif d’un réchauffement planétaire inférieur à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

Lors de la 28e conférence mondiale sur le climat à Dubaï, qui se tient du 30 novembre au 12 décembre, ils se concentrent une fois de plus sur le méthane, dont le potentiel de réchauffement est jusqu’à 80 fois plus puissant que celui CO2 sur une période de 20 ans.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré que « la réduction des émissions de méthane de l’industrie de l’énergie peut être réalisée simplement et à moindre coût », tandis que l’envoyé spécial des États-Unis pour le climat, John Kerry, a expliqué que la lutte contre les émissions de méthane était le moyen « le plus facile, le plus rapide, le moins cher et le plus simple » de lutter contre le changement climatique.

La lutte contre le méthane a débuté en 2021 avec l’engagement volontaire de réduire d’ici 2030 de 30 % les émissions du deuxième gaz à effet de serre le plus important, qui contribue pour un tiers au réchauffement de la planète. La réalisation de cet objectif mondial permettrait de refroidir la planète de 0,2 °C pour 2050.

Deux ans après la signature de l’engagement (Global Methane Pledge), le monde commence lentement à s’attaquer aux émissions de méthane les plus faciles à réduire : celles du secteur de l’énergie. Le méthane, qui s’échappe lors de la production de charbon, de pétrole et de gaz fossile représente environ un tiers des émissions de méthane d’origine humaine, le reste provenant entre autres de l’agriculture et des déchets.

À Dubaï, de hauts responsables politiques, des hommes d’affaires et de grandes entreprises du secteur des énergies fossiles ont annoncé une série de mesures pour commencer à colmater ces fuites.

COP28 : lancement officiel du « club climat » d’Olaf Scholz

Le projet de longue date du chancelier allemand de créer un « club climat » — auquel 33 membres devraient initialement adhérer, dont tous les pays du G7, le Chili et le Mozambique — verra enfin le jour lors du sommet de la COP28 à Dubaï.

Réduction du méthane et arrêt du torchage du gaz

Le pays hôte de la COP, les Émirats arabes unis, a tiré parti de ses liens avec d’autres États pétroliers pour engager 50 grandes compagnies pétrolières et gazières, dont 29 sociétés nationales, à réduire les émissions de méthane à un niveau « proche de zéro » d’ici 2030 et à arrêter le torchage du gaz naturel.

Lorsque les puits de gaz sont en surchauffe, cela menace la sécurité des opérations, et les exploitants choisissent souvent de brûler le gaz superflu, rejetant une partie dans l’atmosphère au cours du processus.

L’arrêt du torchage et l’investissement dans des joints d’étanchéité de meilleure qualité sont les principaux leviers pour lutter contre les émissions du secteur.

Le Turkménistan et le Kazakhstan, dont les émissions par habitant sont parmi les plus élevées au monde, avaient adhéré à l’engagement volontaire de 2021. En revanche, la Chine, l’Inde et la Russie ne se sont toujours pas jointes à l’accord.

Le même jour, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a adopté des règles plus strictes pour le secteur de l’énergie, qui devraient permettre de réduire les émissions de 130 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an en 2030. L’EPA souhaite également réduire le torchage du gaz.

Bloomberg Philanthropies, l’Agence internationale de l’énergie (IEA) et d’autres organismes ont lancé un programme de surveillance du méthane pour s’assurer que les pays et les entreprises respectent leurs engagements.

Les promesses de nouveaux fonds pour lutter contre les émissions de méthane s’élèvent à plus d’un milliard d’euros, selon le calcul de l’ONG Clean Air Task Force (CATF). Il y avait un « décalage fondamental entre l’importance de la réduction des émissions de méthane » et le « financement disponible », a déclaré Jonathan Banks, de la CATF, ajoutant que les promesses ont contribué à l’élimination de ce décalage.

L’UE, pour sa part, a contribué à hauteur de 175 millions d’euros dans le cadre d’une initiative appelée « Methane Finance Sprint ». « Le sommet d’aujourd’hui envoie un signal fort. Il y a eu tellement d’actions ces derniers mois », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

Dans la perspective de la COP28, la Chine a adopté des règles pour commencer à surveiller les émissions de méthane, même si elle n’a pas adopté de trajectoire claire de réduction progressive.

L’Europe a également adopté des règles pour lutter contre les fuites de méthane dans le secteur de l’énergie en novembre — avec une dimension mondiale, puisque la règle s’appliquera aux importations à la fin des années 2020.

Le milliard d’euros promis pourrait toutefois ne pas suffire. Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie, il faudrait 75 milliards d’euros pour réduire suffisamment les émissions de méthane dans le secteur de l’énergie d’ici 2030 et rester dans la ligne de mire des 1,5 °C.

L'UE trouve un accord contre les fuites de méthane

L’UE vient de conclure un accord informel sur sa toute première loi visant à lutter contre les émissions de méthane dans le secteur de l’énergie. Le texte obligera les importateurs de combustibles fossiles à des normes minimales à partir de 2030.

Un cache-misère pour les géants de l’énergie fossile  ?

Le manque de rigueur de leurs engagements et l’absence de financement, alors que les géants du pétrole et du gaz affichent des bénéfices records, ont provoqué des réactions de la part des activistes climatiques.

« Nous avons besoin d’accords juridiques, pas d’engagements volontaires », a déclaré l’ONG Oil Change International, qui a mis en garde contre des tentatives de « diversion ».

D’autres ont déclaré que cet engagement ne constituait pas une amélioration par rapport aux accords précédents qui ont échoué. « Cette charte ne va pas au-delà des engagements pris par l’industrie pétrolière dans le cadre de l’organisation internationale Oil and Gas Climate Initiative (OGCI), que l’industrie n’a pas encore respectés », a expliqué Zero Carbon Analytics.

Il y a tout de même du bon dans cette charte, notamment l’inclusion d’entreprises nationales, qui sont souvent cruciales pour les budgets de leurs gouvernements respectifs. « Il est remarquable que les Émirats arabes unis aient obtenu que certaines compagnies pétrolières nationales prennent de nouveaux engagements », a déclaré l’ONG.

COP28 : « Nuclear energy is back », affirme Emmanuel Macron

En marge de la COP28 à Dubaï, la France et une vingtaine de pays se sont engagés samedi (2 décembre) à « tripler la capacité de production d’énergie nucléaire entre 2020 et 2050 ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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