En marge de la COP28 à Dubaï, la France et une vingtaine de pays se sont engagés samedi (2 décembre) à « tripler la capacité de production d’énergie nucléaire entre 2020 et 2050 ». « Nuclear energy is back », s’est réjoui le président de la République, Emmanuel Macron.
Samedi à Dubaï, pour la première fois une COP réunissait des personnalités de premier rang spécifiquement au sujet du nucléaire. L’évènement fut l’occasion d’une déclaration reconnaissant « le rôle essentiel joué par l’énergie nucléaire dans les efforts pour parvenir, au niveau mondial, à zéro émission nette de gaz à effet de serre et à la neutralité carbone d’ici au milieu du siècle environ ». Ainsi, de répondre aux engagements de l’accord de Paris.
Adopté en 2015, l’accord de Paris engage les 196 pays signataires à contenir la hausse des températures en dessous des 2 degrés Celsius d’ici 2100, et tout mettre en œuvre pour la maintenir en dessous des 1,5 degrés.
« Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat [GIEC], la capacité installée de production d’énergie nucléaire devrait approximativement tripler au niveau mondial entre 2020 et 2050 dans le cas du scénario prévoyant un réchauffement moyen de 1,5 °C », précise la déclaration, adoptée samedi.
22 pays ont signé l’appel, dont la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Corée du Sud, la Hongrie, ou encore les Pays-Bas.
Nucléaire civil, une seconde jeunesse
« Nuclear energy is back [l’énergie nucléaire est de retour] » sur la scène internationale, a célébré le président Emmanuel Macron face à un parterre de responsables politiques et chefs d’entreprises à Dubaï. Le triplement des capacités de production « envoie un message puissant au monde », a-t-il affirmé.
Selon le président à la tête d’un pays où le nucléaire représente 60 à 70 % de l’électricité consommée, « il est nécessaire que la Banque mondiale, les institutions financières internationales [et] les banques de développement multilatérales incluent l’énergie nucléaire dans leurs politiques de prêt en matière d’énergie [energy-lending policies] ».
C’est la seule manière de soutenir l’engouement des pays émergents pour le nucléaire civil, « et notamment pour les mini-réacteurs nucléaires [Small Modular Reactors, SMR], qui sont une alternative sûre et fiable aux énergies fossiles, et un investissement en faveur de l’autonomie stratégique », a abondé le président.
Une nouvelle alliance européenne sur les petits réacteurs nucléaires est d’ailleurs en voie d’être créée d’ici début 2024, annonçait la semaine dernière le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton.
La déclaration de la COP28 précise en outre vouloir travailler de pair avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour assurer « le respect des normes les plus strictes en matière de sûreté, de durabilité, de sécurité et de non-prolifération ».
« Fausse solution »
Déjà les critiques fusent contre cette déclaration.
« Outre les dangers spécifiques du nucléaire, l’idée [d’une déclaration internationale] est ridicule […] et bien digne de quelqu’un qui se préoccupe surtout de l’avenir de l’industrie de nucléaire davantage que de la sauvegarde de l’humanité », martelait samedi matin le fondateur de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, sur France inter.
Faire le pari du nucléaire « est une fausse solution », ajoutait la députée européenne écologiste et présidente de la commission Transports au Parlement européen Karima Delli sur Europe 1 : cela irait « à l’encontre de notre Histoire, parce que même l’Agence internationale de l’énergie le dit bien : il faut miser sur […] les énergies renouvelables ».
« À l’image de la scène nationale sur laquelle la France brille par sa médiocrité en termes de développement des énergies renouvelables, l’obsession pronucléaire d’Emmanuel Macron masque en réalité son manque de sérieux dans l’action climatique », fustigeait en outre l’association Greenpeace dans un communiqué de presse.
En outre, cette déclaration a été signée en parallèle d’un autre appel pour le triplement des capacités d’énergies renouvelables d’ici à 2030, soutenu par 120 pays. Les membres de la COP28 ont aussi « réaffirmé la nécessité d’accélérer les efforts en vue de l’élimination progressive du charbon sans abattement dans le mix énergétique mondial ».
La COP28 doit se clore le 12 décembre.
[Édité par Paul Messad]




