Le débat sur le harcèlement sexuel peine à mobiliser au Parlement européen

L'équilibre au Parlement européen pourrait être modifié par l'arrivée d'En Marche en 2019. Photo EA

Après l’affaire Weinstein et le mouvement mondial de dénonciation du harcèlement sexuel, le Parlement européen a débattu du sujet avant le vote d’une résolution appelant l’exécutif à réagir.

C’est un Parlement clairsemé qui a accueilli, mercredi 25 octobre, la commissaire Cecilia Malmström, commissaire au commerce, pour un débat sur le harcèlement sexuel.

Un sujet qui n’entre pas dans le périmètre de l’élue suédoise, et pour cause : il n’y a pas de commissaire en charge des droits des femmes dans la Commission Juncker. Le président du Parlement, Antonio Tajani, a aussi choisi d’être représenté par sa vice-présidente, Sylvie Guillaume, pour animer le débat.

Si l’institution a eu le mérite d’organiser le « premier débat dans un Parlement en Europe », depuis l’affaire Weinstein, comme l’a souligné l’élue centriste Sophie in ‘t Veld, le sujet n’a pas attiré les eurodéputés pourtant présents, puisque près de 700 d’entre eux se sont présentés à la fin du débat, pour la séance de vote.

Peu de prise de parole masculine

Seules une trentaine de femmes et une vingtaine d’hommes ont pris part au débat, et très peu d’hommes ont pris la parole alors qu’ils représentent les deux tiers de l’hémicycle.

Dans une résolution qui sera soumise au vote le 26 octobre, une cinquantaine de députés européens appellent la Commission et les États membres à renforcer la lutte contre le harcèlement. Certains d’entre eux souhaitent que l’exécutif propose une nouvelle directive.

« Partout dans le monde les femmes se réveillent, il y a un véritable mouvement mondial dans lequel les femmes dénoncent l’inacceptable », a évoqué la commissaire Cecilia Malmström, tout en rappelant que de nombreuses initiatives luttent déjà contre les violences faites aux femmes.

L’exécutif a en revanche d’ores et déjà refusé de se lancer dans un nouveau texte de loi sous forme de directives, assurant que le corpus juridique actuel est suffisant. « Il faut se concentrer sur l’application des nombreux textes disponibles », avance la commissaire.

La Commission s’abrite derrière la Convention d’Istanbul

La Commission a préféré renvoyer les États membres à leur responsabilité en leur demandant de ratifier la convention d’Istanbul, un texte qui prévoit des actions contre la violence faite aux femmes et les violences domestiques. Une vingtaine de pays européen a signé ladite convention, et le même nombre l’a aussi ratifié, mais beaucoup d’États membres manquent à l’appel.

Certains eurodéputés ont toutefois souligné que les textes ne suffisaient pas, puisque les victimes n’osent pas porter plainte. « Les victimes ne saisissent pas les tribunaux, et nous devons aujourd’hui tenter de trouver une solution à ce problème », a reconnu la commissaire qui a promis une évaluation de la situation et un sondage sur la violence liée au sexe au niveau européen qui sera fait par Eurostat.

De nombreuses élues ont par ailleurs évoqué des comportements et des paroles inadéquates d’hommes politiques, de façon toutefois peu précise. L’eurodéputé Agnieszka Kozzlowska-Rajewicz a toutefois évoqué Bruno Le Maire, déplorant que le ministre des Finances français ait expliqué qu’il ne dénoncerait pas de cas de harcèlement, s’il en était témoin. Bruno Le Maire s’est toutefois dédit par la suite, en s’excusant pour cette phrase.

Chez les socialistes, Iratxe Garcia Perez a assuré que le « Parlement dispose d’instruments, qui ne fonctionnent pas » et demandé à renforcer le dispositif.

Un projet auquel Élisabeth Morin-Chartier, présidente du comité de lutte contre le harcèlement au Parlement européen, n’adhère que partiellement. Elle propose de nommer des relais qui puissent accueillir les témoignages, et aussi un médiateur entre l’institution et les victimes, mais s’oppose à la création d’une nouvelle structure parce que « le harcèlement moral et sexuel sont souvent intimement liés » assure-t-elle.

La Britannique Julie Girling, membre d’ECR, propose de son côté d’accueillir les victimes elle-même, dans son propre bureau.

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Opposition forte entre gauche et droite radicales

Les extrêmes du Parlement s’opposent en revanche totalement contre l’attitude à avoir sur le sujet. Pour la gauche radicale, il est crucial de « briser le silence dans ce Parlement » assure Malin Bjork, « c’est un problème structurel en Europe, pas culturel : les hommes doivent assumer leur responsabilité » tempête-t-elle. Une position partagée par Karima Delli, qui rappelle avoir deux hommes parmi ses collaborateurs. « Est-ce qu’il m’est arrivé de les coincer dans un bureau ou de leur pincer les fesses dans l’ascenseur ? Non ! », s’énerve l’eurodéputée verte, qui a été victime de sexisme depuis son arrivée au Parlement européen en 2009.

À l’inverse, l’extrême droit minimise le sujet, assurant que le hastag #balancetonporc est la porte ouverte à la délation publique, et préfère mettre l’accent sur la pornographie, suggérant l’idée que l’industrie pornographique serait autant responsable que les hommes dans le harcèlement, selon l’eurodéputée Front national Mylène Troszczynski.

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