Un projet de loi polonais réécrit l’histoire de la Shoah

"Work sets you free." Auschwitz, 2010. [tsaiproject/flickr]

Le gouvernement polonais veut pénaliser les déclarations attribuant une quelconque  responsabilité à la nation ou l’État polonais dans la Shoah.

Vendredi 26 janvier, la chambre basse du Parlement polonais a approuvé une réforme de l’Institut national de la mémoire dont plusieurs propositions relatives à la Shoah, l’extermination des juifs durant la Seconde Guerre mondiale, font polémique au niveau international.

Le projet, qui nécessite encore un vote au Sénat et une promulgation du président, prévoit jusqu’à trois ans de prison pour toute personne qui « attribue à la nation ou à l’État polonais la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes commis par le 3e Reich allemand — ou tout autre crime contre l’humanité (…) ou crime de guerre ». Le texte bannit également l’emploi de l’expression « camps de la mort polonais », qui sous-entend une participation des Polonais à l’édification des camps d’extermination.

Dès samedi, l’Ukraine et Israël ont manifesté leur opposition à ce texte. L’Ukraine a dénoncé dans un communiqué « une nouvelle tentative d’imposer un traitement unilatéral d’événements historiques ».

Le pays voisin de la Pologne est visé par une disposition particulière du texte, prévoyant des peines de prison pour toute personne qui nierait la mort d’environ 100 000 Polonais tués par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne pendant le conflit.

De son côté, Israël a manifesté sa « ferme opposition » à ce qu’il considère une tentative de « changer l’histoire ». Dans la soirée de dimanche, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est entretenu avec son homologue polonais Mateusz Morawiecki. « Nous sommes ouverts au dialogue, nous voulons discuter et enquêter sur la vérité historique », a confié le Premier ministre polonais à l’Agence de presse polonaise.

Le gouvernement semble vouloir calmer les esprits tout en maintenant le cap de sa réforme. « J’ai souligné que le dialogue entre nos États ne pouvait concerner les décisions souveraines du Parlement polonais », a poursuivi le Premier ministre polonais.

Baptême du feu pour le nouveau Premier ministre polonais

Le nouveau Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, est à Bruxelles pour son premier sommet européen. Ses homologues espèrent qu’il se montrera plus coopératif que sa prédécesseuse, Beata Szydło, qui vient de démissionner.

 

Une politique mémorielle marquée

La loi sur la Shoah n’est qu’un exemple d’une politique mémorielle de plus en plus marquée du gouvernement polonais. Issu du parti conservateur Droit et justice, ce dernier multiplie les initiatives relatives à l’histoire du pays, avec une attention particulière portée sur la Seconde Guerre mondiale et la période communiste.

En 2016, le gouvernement avait ainsi fait voter une loi supprimant de l’espace public les signes « célébrant des personnes, des organisations, des événements ou des dates en lien avec la période communiste ». L’année dernière, la réforme du système scolaire a été l’occasion d’une refonte des programmes. En histoire, les nouveaux manuels passent sous silence le rôle de Lech Walesa, ancien leader du syndicat d’opposition au communisme Solidarnosc et très critique du gouvernement actuel.

Cette volonté de « décommunisation » pourrait bien toucher le domaine judiciaire. En décembre, le ministre de la Justice Zbigniew Ziobro a proposé d’abroger la loi sur la prescription des crimes commis sous le régime communiste pour des crimes passibles de cinq ans de prison.

Szydło poursuit sa rhétorique anti-migrants jusqu’à Auschwitz

La Première ministre polonaise assistait à un mémorial au camp de l’Auschwitz-Birkenau le 14 juin. Un moment particulièrement mal choisi pour défendre la politique anti-migrant de son gouvernement.

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