La production filmographique européenne en danger

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Les auteurs veulent protéger la production européenne. [Liu zishan/Shutterstock]

11% : c’est le pourcentage d’œuvres, de films et de fictions européennes présentes dans les offres de vidéo à la demande d’ITunes en Bulgarie, à Chypre, en Grèce ou encore en Estonie, pays du Vice-président de la Commission européenne en charge du numérique. Que dire aussi des 13% d’œuvres européennes sur le même service en République tchèque ou des 17% affichés en Finlande par Netflix ?

Cette tribune a été rédigée par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques et signée par  Robert Alberdingk Thijm, Julie Bertucceli, Jochen Greve, Michel Hazanavicius, Jan Hřebejk, Daniele Luchetti, Cristian Mungiu, Corneliu Porumboiu, Hugh Stoddart, Danis Tanovic, Bertrand Tavernier, Fernando Trueba et Thomas Vinterberg.

À l’heure où le Parlement européen examine la réforme de la directive sur les services de médias audiovisuels, ces chiffres publiés par l’Observatoire européen de l’audiovisuel nous alarment et nous choquent profondément. Ils devraient interpeller celles et ceux qui écrivent la loi européenne, car ils dressent le tableau d’une Europe qui renonce à ce que sa création, riche, diverse et unique, ait les moyens de s’exprimer et de toucher le public européen. Cette photographie de l’offre de vidéo à la demande en Europe est finalement l’image même d’une ambition qui se rétrécit, se rabougrit et court le risque de s’éteindre.

Il n’est pas trop tard pour changer la donne. Aujourd’hui, le Parlement européen en a le pouvoir. Une fois n’est pas coutume, la Commission européenne a ouvert la voie en proposant 2 mesures essentielles : le respect des réglementations nationales en faveur de la création pour tous les services qui opèrent dans ces pays et l’instauration d’un quota minimal de 20% de films européens sur toutes les plateformes en Europe. Les rapporteures au Parlement, Sabine Verheyen et Petra Kammerevert, ont aussi défendu cette démarche et ont proposé un quota revu à la hausse avec 30% minimum d’œuvres européennes sur les offres de vidéo à la demande.

Ces avancées sont d’autant plus utiles et salutaires que nous mesurons les résistances et même les menaces qui pèsent sur ce minimum culturel européen. Déjà, les grandes plateformes américaines de vidéo à la demande ont mis en place un lobbying agressif pour contrer ces tentatives de promouvoir la création européenne sur les supports numériques. Les mêmes qui se livrent à un dumping autant fiscal que culturel sont aujourd’hui à la manœuvre pour tuer dans l’œuf l’idée d’une régulation.

Nous demandons à ceux qui ont encore le désir de faire vivre le projet européen de ne pas céder, de mettre un terme au contournement des dispositifs nationaux de soutien à la création et d’aller au-delà de ces 30%.

Quand les télévisions doivent consacrer, elles, au moins 50% de leur programmation à des œuvres européennes, quand elles sont parfois astreintes à des obligations de financer les œuvres, quand le foisonnement et la créativité des auteurs européens est au rendez-vous de la diversité, quand l’urgence du vivre-ensemble à 28 et bientôt à 27 ne suscite plus d’adhésion, alors, oui, nous le disons, la création européenne, ce langage commun qui nous unit, mérite plus et mieux.

Le risque est que l’invisibilité de la création européenne d’aujourd’hui nous prépare demain à son uniformité et après-demain à sa ghettoïsation. Ce constat n’est pas le scénario bancal d’un mauvais film, mais la perspective qui nous guette. Dans ce monde connecté, mais dérégulé où les algorithmes font la loi, l’apparence du foisonnement et de la diversité masque l’exclusion massive de certains genres, de certaines œuvres et de certaines cinématographies. Moins visibles, ces films, fictions et documentaires risquent rapidement de n’être plus financés et de ne plus exister.

Dans ce Far West numérique qui se profile, assurer un financement adéquat et une juste présence des œuvres européennes sur les plateformes numériques n’est pas une punition. C’est au contraire un engagement attendu et espéré pour ceux qui veulent résister à ces risques d’exclusion culturelle européenne et qui sont convaincus de la nécessité pour l’Europe de rester une terre de création.

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