Cybersécurité dans l’UE : la ministre belge de la Défense veut plus d’interopérabilité

« L’interopérabilité des armées européennes est aujourd’hui plus que jamais conditionnée par leur interopérabilité dans le cyberspace », a déclaré Mme Dedonder lors d’un évènement réunissant les ambassadeurs et les commandants cyber de l’Union européenne à Bruxelles. [Défense belge]

Les forces armées européennes qui souhaitent coopérer doivent s’assurer que leurs technologies et méthodes de cyberdéfense sont compatibles, a averti la ministre belge de la Défense, Ludivine Dedonder, ce mercredi (17 janvier).

« L’interopérabilité des armées européennes est aujourd’hui plus que jamais conditionnée par leur interopérabilité dans le cyberspace », a déclaré Mme Dedonder lors d’un évènement réunissant les cyber ambassadeurs et les cyber commanders de l’UE à Bruxelles.

Interrogée par les journalistes sur la situation géopolitique actuelle et les capacités de la Belgique par rapport aux États-Unis, à la Chine et à la Russie, elle a affirmé que « la menace cyber est préoccupante ».

Le principe d’interopérabilité s’applique aux équipements de défense (munitions, chars, radios, etc.) et est l’aptitude des forces armées nationales à opérer aisément ensemble, afin d’être plus efficaces.

L’introduction constante de nouvelles technologies, de nouveaux logiciels et de nouvelles méthodes dans le paysage cybernétique rend de plus en plus difficile cette interopérabilité, comme le souligne le groupe de réflexion Center for Strategic and International Studies (CSIS) dans une étude.

« Il est aujourd’hui indispensable de transposer le principe de l’interopérabilité du matériel de nos armées dans la dimension cyber », a affirmé Mme Dedonder mercredi, tout en soulignant que les hautes technologies équipent « aujourd’hui l’ensemble de nos systèmes d’armes et de communication ».

« Nous devons agir », a insisté Mme Dedonder.

En outre, « les technologies peuvent aussi être un moyen pour des adversaires potentiels de nous affaiblir, de nous attaquer », a déclaré Mme Dedonder à Euractiv, ajoutant qu’il faut également prendre en compte « tout ce qui est désinformation, manipulation de l’opinion publique ».

Faisant référence aux élections européennes de juin et aux différents scrutins nationaux qui auront lieu cette année, elle a déclaré que des « attentions particulières » étaient portées à ce sujet.

Selon elle, la cyberdéfense « n’est plus [seulement] un enjeu militaire, c’est devenu un enjeu de société », a-t-elle également déclaré devant le panel d’officiers militaires. Elle a ensuite déclaré compter sur eux pour « construire la forteresse de la résilience européenne qui protégera nos démocraties contre les tentatives de désinformation et les cyberattaques ».

Un représentant de l’UE au fait des discussions à ce sujet a déclaré que la nécessité d’une meilleure cyberdéfense avait également été mise en évidence par la guerre en Ukraine, qui a montré que les deux parties utilisaient à la fois des armes traditionnelles et des armes technologiques.

Manque d’action de l’UE

Les travaux de l’UE sur la cyberdéfense sont toutefois restés marginaux jusqu’à présent.

La Commission européenne a proposé une stratégie de cyberdéfense  en automne 2022, accompagnée d’une feuille de route pour les cybertechnologies, appelant à des investissements supplémentaires et à un programme de formation à la cyberdéfense. Cependant, les États membres ont montré peu d’intérêt pour ce dernier.

L’idée d’établir un « Cyberbouclier » remonte à la stratégie de cybersécurité de 2020, et celle d’une cyberarmée a été abandonnée.

La première stratégie militaire de l’UE, la « Boussole stratégique européenne », indique pour sa part un objectif cyber qui est de « développer davantage la cyberdéfense de l’UE », sans pour autant donner d’explications sur la manière d’y parvenir.

Du côté belge, le Cyber Command belge et la future composante cybernétique de l’armée du pays « sont le fer de lance de cette vision pour une coopération civil-militaire renforcée en coopération », qui consiste à unifier « les efforts de défense nationale avec ceux de l’UE pour former un bouclier cyber », a expliqué Mme Dedonder lors de son allocution.

Certains États membres de l’UE ont collaboré dans le cadre de projets militaires conjoints au titre de la Coopération structurée permanente (CSP) afin de développer plusieurs projets cyber en vue d’exercices collectifs et de partages d’informations.

Mme Dedonder a confié à Euractiv que le Cyber Command belge avait « de nombreux échanges » avec d’autres pays, et que le sujet de la cyberdéfense était une « priorité » de la présidence, même s’il était déjà « sans cesse abordé » dans les discussions au niveau de l’UE.

2024, une année décisive pour la défense européenne ?

La politique de défense devra jouer des coudes pour rester au sommet des priorités de l’UE en 2024, alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième année, que le conflit au Moyen-Orient s’aggrave, et que la moitié de la population mondiale en âge de voter est appelée aux urnes.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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