La Hongrie a donné son feu vert lundi (26 février) à l’adhésion de la Suède à l’OTAN, éliminant ainsi le dernier obstacle pour que la Suède devienne le 32e membre de l’alliance militaire.
20 mois après que la Suède a déposé sa demande d’adhésion, le parlement hongrois, dirigé par la majorité Fidesz-KDNP, a finalement donné son feu vert avec une large majorité de 188 voix pour et seulement six voix contre.
Peu après le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, la Suède a demandé à rejoindre l’alliance militaire occidentale. Cette démarche a marqué la fin de 200 ans de non-alignement militaire du pays.
Le président par intérim de la Hongrie, Lásló Kövér, dispose à présent de cinq jours pour signer le document, après quoi il sera envoyé par avion aux États-Unis et remis au département d’État, dépositaire officiel des protocoles d’adhésion de tous les membres de l’OTAN.
Une fois cette étape franchie, les étapes suivantes seront essentiellement administratives : l’adhésion de la Suède sera annoncée par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et une cérémonie de lever du drapeau aura lieu au siège de l’OTAN, au nord de Bruxelles, aux côtés des 31 autres alliés.
La Suède devra alors revoir sa stratégie militaire et l’OTAN ses plans de défense et de dissuasion pour y inclure la mer Baltique et le pays nordique.
« L’adhésion de la Suède nous rendra tous plus forts et plus sûrs », a déclaré M. Stoltenberg sur X.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán lui a fait écho en déclarant que « l’adhésion des Suédois à l’OTAN renforce la sécurité de la Hongrie ».
Son homologue suédois, Ulf Kristersson, s’est lui aussi réjoui de la nouvelle. « Un jour historique. Tous les parlements des membres de l’OTAN ont voté en faveur de l’adhésion de la Suède à l’OTAN. La Suède est prête à assumer ses responsabilités en matière de sécurité euroatlantique », a écrit le Premier ministre suédois sur X.
Une véritable saga
Mais le feu vert de la Hongrie s’est fait attendre.
Suite à l’invasion russe de l’Ukraine, la Suède et la Finlande ont déposé une candidature commune pour adhérer à l’OTAN en mai 2022. Mais alors que Helsinki est devenue le 31e membre de l’alliance militaire en avril 2023, Stockholm a dû batailler pendant de nombreux mois pour obtenir les ratifications des parlements turc et hongrois.
Après que la Turquie a ratifié la candidature de la Suède en janvier, la Hongrie est restée le seul rempart à son adhésion, le parti au pouvoir, le Fidesz, ayant reporté à plusieurs reprises le vote en raison des critiques du pays concernant le bilan de Budapest en matière d’État de droit.
La ratification tardive du parlement hongrois intervient après la signature, vendredi dernier (23 février), d’un accord militaire majeur entre la Hongrie et la Suède. Cet accord prévoit l’achat par la Hongrie de quatre avions JAS 39 Gripen supplémentaires construits par la Suède et la prolongation du contrat actuel de soutien et de logistique de dix ans, de 2026 à 2036.
Étant donné que, selon le contrat, les négociations pour ces avions étaient en cours depuis 2021 et qu’aucun obstacle spécifique n’a été signalé, on ne peut dire avec certitude que l’accord a un lien avec la candidature de la Suède à l’OTAN.
Une adhésion coûteuse
Alors que la Suède intègre l’alliance militaire, le coût financier de cette adhésion reste une préoccupation majeure à Stockholm.
« La contribution directe de la Suède, qui sert notamment à financer le siège de l’OTAN, s’élèverait à 600 millions de couronnes suédoises, ce qui correspond à environ 54 millions d’euros », a expliqué à Euractiv Per Olsson, économiste de la défense à l’Agence suédoise de recherche sur la défense (FOI).
Cependant, selon l’expert, les coûts indirects sont plus difficiles à estimer, notamment les coûts de réorganisation de certains secteurs des forces de défense suédoises ou le remplacement du personnel que le pays devra envoyer au siège de l’alliance militaire à Bruxelles.
La Suède part néanmoins sur de bonnes bases, puisqu’elle consacre déjà 2 % de son PIB à ses dépenses de défense, un investissement attendu de tous les membres de l’OTAN.
« L’année dernière, la Suède a dépensé environ 10 milliards d’euros pour la défense, ce qui correspond aux objectifs de l’OTAN », a déclaré M. Olsson, ajoutant toutefois que le pays avait décidé d’augmenter ses investissements dans la défense avant même de poser sa candidature à l’OTAN, en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
À l’époque, la Première ministre social-démocrate Magdalena Andersson (SAP) et son ministre de la Défense Peter Hulqvist préconisaient d’atteindre la barre des 2 % du PIB, même si l’opinion publique n’était pas encore majoritairement favorable à l’adhésion à l’OTAN.
L’entrée de la Suède dans l’OTAN est également facilitée par le haut niveau de compatibilité militaire et technologique entre les membres de l’alliance transatlantique et la Suède.
« L’industrie suédoise de la défense souhaitant vendre des armes à d’autres membres de l’OTAN, la Suède a utilisé un grand nombre de normes de l’OTAN et présente un degré élevé d’interopérabilité avec les technologies des pays de l’OTAN », a déclaré M. Olsson, citant en exemple les missiles européens Meteor qui équipent les avions de chasse suédois Gripen et la compatibilité des calibres d’obus d’artillerie.
« Le changement ne devrait pas être trop radical pour l’économie suédoise », a conclu M. Olsson.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]


