Un nouveau poste de commissaire européen à la Défense devrait être créé au sein de la prochaine Commission européenne, a déclaré la présidente de l’exécutif, Ursula von der Leyen, samedi (17 février) — et cette idée semble gagner du terrain parmi les acteurs européens.
S’exprimant lors de la Conférence de Munich sur la sécurité samedi, Ursula von der Leyen a déclaré qu’il serait « raisonnable » de créer ce poste, sous réserve qu’elle parvienne à obtenir un second mandat à la tête de l’institution après les élections européennes de juin. Mme von der Leyen devrait par ailleurs annoncer sa candidature ce lundi (19 février).
« Si j’étais présidente de la prochaine Commission européenne, j’aurais un commissaire à la Défense », a-t-elle déclaré dans la capitale bavaroise.
Ses commentaires interviennent alors que l’Union européenne cherche à renforcer ses capacités industrielles et de défense après que la guerre de la Russie contre l’Ukraine a accru les risques pour la sécurité et les besoins de Kiev en matière d’équipements de défense.
La Commission européenne a créé en 2019 une direction générale dédiée à la défense et à l’espace, la DG DEFIS, placée sous la responsabilité du commissaire européen au Marché intérieur, également chargé de la défense, un poste actuellement occupé par Thierry Breton.
M. Breton, un proche allié du président français Emmanuel Macron, a supervisé les questions de plus en plus pressantes liées à la production de munitions et à la volonté de l’Europe de disposer de ses propres ressources spatiales.
Champ d’application flou
Toutefois, la portée d’un tel poste reste floue, notamment en ce qui concerne la mesure dans laquelle, au-delà de l’industrie, les responsabilités empiéteraient sur les compétences des États membres de l’UE.
En vertu des traités de l’Union, les portefeuilles de la défense et de la politique de sécurité sont actuellement partagés par le commissaire au Marché intérieur et le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, qui élabore et mène la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), notamment la politique de sécurité et de défense de l’UE.
Le Haut représentant, actuellement Josep Borrell, préside le Conseil « Affaires étrangères » et est à la tête de l’Agence européenne de défense (AED). Il est également l’un des vice-présidents de la Commission et est appuyé dans ses missions par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE).
Le Parti populaire européen (PPE) de Mme Von der Leyen s’est récemment prononcé en faveur de la création d’un poste dédié à la défense au sein du prochain exécutif, dans le cadre d’un remaniement plus large du portefeuille de la politique étrangère et de la défense.
Le chef de la diplomatie de l’UE, M. Borrell, a pris part au débat dimanche (18 février) lorsqu’il a été interrogé sur ces projets.
« L’industrie de la défense est une chose, la défense en est une autre », a déclaré M. Borrell. « La défense est une compétence de niche des États membres de l’UE […], mais il est bon d’avoir plus d’action du côté de l’industrie de la défense et de savoir que c’est la compétence de la Commission européenne. »
Si le poste comprenait la question de « la défense uniquement, [cela] irait à l’encontre des traités », a-t-il ajouté.
Les États membres suivront-ils ?
L’appel n’est pas nouveau et n’est pas propre au PPE de centre droit. D’autres responsables politiques européens, comme ceux des Pays-Bas, ont réclamé ce nouveau poste, tout comme le directeur de l’AED, Jiří Šedivý, qui serait intéressé par la fonction.
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani (Forza Italia, PPE), est le dernier haut représentant européen en date à s’être prononcé en faveur de cette proposition, en déclarant samedi que Rome soutiendrait l’idée.
« C’est une proposition que je soutiens absolument », a déclaré M. Tajani à la presse à Munich. « Nous devons être de véritables acteurs de la politique étrangère. »
Les diplomates européens affirment qu’au-delà de la faisabilité d’une plus grande répartition des portefeuilles, un autre facteur décisif pour le succès de l’idée est de savoir qui serait le premier à occuper le poste nouvellement créé.
À Munich, Ursula von der Leyen a déclaré qu’il était important qu’un candidat d’Europe centrale et orientale reçoive un bon portefeuille, mais a souligné que la question de la nationalité de la personne qui occupera le poste de commissaire à la Défense — un « bon portefeuille » selon elle — était « ouverte ».
La Première ministre estonienne Kaja Kallas (Parti de la réforme d’Estonie, Renew Europe) est une candidate de poids pour devenir la prochaine haute diplomate de l’UE. Elle s’est exprimée clairement sur la nécessité pour l’UE de mettre en commun ses ressources afin d’accélérer la production et la livraison de munitions à l’Ukraine.
Ne pas oublier l’OTAN
Au sujet de la proposition de Mme von der Leyen, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré que la coopération entre l’UE et l’OTAN avait atteint des « niveaux sans précédent » sous la législature actuelle.
« Je salue les efforts de l’UE en matière de défense, en particulier lorsqu’il s’agit de renforcer la base industrielle de défense ou de défragmenter l’industrie de défense [européenne] et les investissements en matière de défense », a déclaré M. Stoltenberg.
« Ce qui n’est pas bon, c’est bien sûr la duplication […] L’OTAN doit rester la clé de voûte de la sécurité européenne », a-t-il tout de même ajouté.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




