La protection de l’Europe contre les guerres et la pauvreté était au cœur du discours des socialistes européens lors du congrès du Parti socialiste européen (PSE) qui s’est tenu à Rome samedi (2 mars), en amont des élections européennes de juin.
Alors que la guerre en Ukraine dure depuis plus de trois ans déjà, et que le conflit au Moyen-Orient ne faiblit pas, l’augmentation des investissements dans la sécurité et la défense en Europe a poussé la famille socialiste à insister sur l’importance de la sécurité extérieure et intérieure.
« Nous devons nous assurer que les Européens se sentent en sécurité », a affirmé Nicolas Schmit, élu tête de liste du PSE lors du congrès, à Euractiv lors d’un entretien exclusif, faisant écho à son allocution samedi à Rome.
« Quand je dis sécurité, j’entends à la fois la sécurité extérieure — nous vivons une époque dangereuse — mais aussi la sécurité intérieure, ce qui signifie également la sécurité économique et sociale », a expliqué M. Schmit, commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux.
M. Schmit s’est calqué sur le discours des Premiers ministres socialistes qui ont participé au congrès, comme le chancelier allemand Olaf Scholz (SPD), dont le discours s’est fortement concentré sur l’Ukraine et la défense.
« Nous revenons à l’impérialisme en Europe », a déclaré M. Scholz lors du congrès, en faisant référence à l’invasion russe de l’Ukraine. « Nous avons convenu pendant de nombreuses décennies que modifier les frontières par la force ne devrait plus être une réalité en Europe », a-t-il ajouté.
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen (parti Social-démocratie), a averti que la guerre avait « fondamentalement changé la réalité en Europe et pour l’Europe. Une fois de plus, la guerre est attendue sur notre sol ». Elle a souligné que le président russe Vladimir Poutine menaçait non seulement l’Ukraine, mais aussi l’ensemble de l’ordre international.
Similitudes avec le centre droit…
Le point de vue des socialistes ressemble fortement à celui de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, tête de liste du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui a mis l’accent sur la sécurité de l’Europe après l’annonce de sa candidature à sa propre succession à la tête de l’exécutif de l’UE en février.
« Les citoyens veulent davantage de défense en Europe. Ils veulent que nous investissions et que nous restions transatlantiques, mais en devenant plus européens. Je veux également que nous traitions les questions de sécurité dans un sens plus large : les citoyens veulent se sentir en sécurité dans les rues européennes », a récemment déclaré Mme von der Leyen face à des journalistes.
« Ils veulent être protégés de la pauvreté et de la maladie, et ils veulent savoir qui s’occupera d’eux lorsqu’ils seront vieux », a-t-elle ajouté, soulignant la nécessité de lutter contre la corruption et de défendre l’État de droit.
Sur ce dernier point, les socialistes ont tenu un discours similaire, soulignant la nécessité de protéger les valeurs fondamentales de l’Union avant les élections européennes, au terme desquelles l’on s’attend à ce que l’extrême droite gagne du terrain au Parlement européen.
… mais aussi des différences
Bien que les deux familles politiques restent vagues sur les acteurs qu’elles identifient comme « d’extrême droite », il y a quelques différences dans la manière dont elles ont dépeint l’extrémisme dans leurs derniers discours.
Faisant référence aux Conservateurs et Réformistes européens (CRE), qui pourraient être le quatrième groupe le plus puissant du nouveau Parlement européen, Ursula von der Leyen a par exemple déclaré le 22 février que nous « ne savons pas quels partis composeront [le groupe CRE] après les élections, quels partis le quitteront et, par exemple, rejoindront le PPE, ce qui est également possible ».
L’Allemande a ainsi ouvert la voie à l’adhésion de partis conservateurs au Parti populaire européen.
Les socialistes, pour leur part, se sont montrés extrêmement fermes en soulignant qu’ils ne gouverneraient jamais avec l’extrême droite, contrairement à ce que le centre droit a commencé à faire ces dernières années.
« Il n’est pas acceptable de collaborer avec l’extrême droite », a affirmé M. Schmit lors du congrès de Rome, critiquant les récentes mesures en matière de droits civils adoptées par le gouvernement italien d’extrême droite de Giorgia Meloni (Frères d’Italie).
« Je condamne la loi italienne qui interdit l’enregistrement des enfants de couples de même sexe. Les enfants ne doivent jamais payer pour les décisions politiques », a déploré M. Schmit à la fin du congrès.
En termes de politiques européennes, M. Schmit a expliqué à Euractiv que son parti chercherait à prendre en charge les portefeuilles liés à la transition sociale et économique et à la transition écologique, qui sont « profondément liés ».
Le PPE, qui devrait à nouveau être le plus grand groupe au Parlement européen, voudra obtenir la direction de la Commission mais aussi des portefeuilles clés tels que celui du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), selon le secrétaire général parti, Thanasis Bakolas, ce qui laisse présager des discussions difficiles pour la répartition des postes après le scrutin de juin.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




