Lors d’un déplacement en Suède, le président Emmanuel Macron a annoncé vouloir renforcer les partenariats militaires franco-suédois, réitérant par ailleurs son appel à une plus grande souveraineté européenne, dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu.
La visite officielle de M. Macron en Suède mardi et mercredi (30-31 janvier) est la première d’un président français depuis l’année 2000.
Mardi, M. Macron, aux côtés de son homologue, le Premier ministre Ulf Kristersson, ont signé de nouveaux accords visant à approfondir leur partenariat bilatéral dans les domaines de l’énergie nucléaire, de la sylviculture et de la sécurité.
Les deux pays ont l’intention de « mettre en œuvre des chaînes d’approvisionnement essentielles pour leurs industries de défense et de sécurité, y compris les munitions, les propulseurs et les explosifs », de continuer à « accroître leur coopération en matière de missiles antichars » et de « développer leur coopération en matière de surveillance aérienne et de défense aérienne », selon un communiqué de presse de l’Élysée.
M. Kristersson a fait l’éloge des industries de défense suédoise et française.
« Nos entreprises du secteur de la défense sauvent littéralement des vies », a déclaré M. Kristersson, en faisant référence aux systèmes d’artillerie suédois Archer et français Caesar utilisés sur les champs de bataille ukrainiens.
Vers une Europe plus souveraine
Au-delà du développement des relations bilatérales entre la France et la Suède, le président français a tenu à inscrire l’approfondissement de la coopération militaire avec Stockholm dans un cadre européen plus large.
« Nous voulons déterminer un certain nombre de projets que nous voulons produire ensemble, notamment dans le cadre de la base industrielle et technologique de défense européenne », a déclaré M. Macron.
Selon le président français, cette démarche s’inscrit dans l’esprit du renforcement de la coopération bilatérale et sert l’agenda de la déclaration de Versailles auquel les dirigeants de l’UE ont souscrit en mars 2022, dans le but de réduire les dépendances stratégiques du bloc et de définir un modèle de croissance et d’investissement à l’échelle européenne.
« Par cet accord, mais aussi par notre coopération, nous servons notre engagement en faveur de la souveraineté européenne », a ajouté M. Macron.
Retour de Donald Trump
Le président a également évoqué la perspective d’un éventuel retour au pouvoir de l’ancien président américain Donald Trump, affirmant que l’Europe doit se préparer à une aide à l’Ukraine réduite de la part des Etats-Unis.
« Nous devons nous organiser de telle manière que, si les États-Unis venaient à faire le choix souverain d’arrêter cette aide ou de la réduire, ça ne devrait pas avoir d’impact sur le terrain », a déclaré M. Macron.
« L’Ukraine est sur le sol européen. C’est un pays européen. Et si nous voulons une Europe pacifique et stable, nous devons être crédibles en termes de sécurité et de défense vis-à-vis de tous nos voisins », a-t-il déclaré.
Il a toutefois précisé qu’il ne voyait pas de contradiction entre la construction d’une Europe de la défense et l’OTAN et que, au contraire, une Europe prête à assumer des responsabilités militaires était essentielle à l’OTAN.
Soutien à la candidature de la Suède à l’OTAN
Commentant la demande d’adhésion de la Suède à l’OTAN, qui doit encore être ratifiée par le parlement hongrois, M. Macron a déclaré que cette demande était logique, mais qu’elle était dictée par la situation actuelle en matière de sécurité.
« J’espère que nos derniers partenaires européens vont maintenant respecter les engagements qu’ils ont pris. Je n’en doute pas une seconde », a ajouté M. Macron dans ce qui peut être considéré comme une attaque indirecte contre le Premier ministre hongrois Viktor Orban.
Après que le parlement turc a voté en faveur de la candidature de la Suède à l’OTAN la semaine dernière, mettant fin à un blocage de 20 mois, la Hongrie est devenue de facto le dernier pays membre de l’OTAN à se prononcer sur la question.
Toutefois, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, ne voit aucune raison de convoquer le parlement pour qu’il ratifie la candidature de la Suède à l’OTAN avant la fin des vacances d’hiver, le 26 février, a-t-il déclaré mardi à la chaîne de télévision hongroise ATV.
« Nous ne sommes plus très loin du début de la session ordinaire, fin février, et je ne vois donc aucune raison de convoquer une session supplémentaire du Parlement », a-t-il expliqué.
Le groupe parlementaire du Fidesz, le parti au pouvoir de M. Orbán, a déclaré la semaine dernière qu’il attendait la rencontre entre les Premiers ministres hongrois et suédois, qui devrait avoir lieu lors du sommet de l’UE à Bruxelles jeudi (1er février).
Les décisions de M. Orbán feront également l’objet d’un examen minutieux lors du Conseil européen, où les dirigeants européens devraient discuter du soutien à l’Ukraine, entre autres.


