La Turquie ratifie l’adhésion de la Suède à l’OTAN, mais la Hongrie continue de faire obstacle

La Grande Assemblée nationale de Turquie a approuvé l’adhésion de la Suède tard dans la soirée à une écrasante majorité, avec 287 voix pour, 55 voix contre et quatre abstentions. [EPA-EFE/NECATI SAVAS]

Le parlement turc a ratifié mardi (23 janvier) l’adhésion de la Suède à l’OTAN afin qu’elle devienne le 32e membre de l’alliance militaire, la Hongrie demeurant le dernier obstacle à l’adhésion du pays nordique à l’organisation.

La Grande Assemblée nationale de Turquie a approuvé l’adhésion de la Suède tard dans la soirée, après plusieurs heures de débats, à une écrasante majorité, avec 287 voix pour, 55 voix contre et quatre abstentions.

Ce vote fait suite au feu vert de la commission des Affaires étrangères du parlement turc, qui a ouvert la voie à la ratification de la candidature après un retard de vingt mois durant lesquels des responsables et des membres de l’OTAN n’ont cessé de faire pression sur Ankara.

Pour rappel, la Suède a demandé à rejoindre l’alliance militaire peu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, dans le cadre d’une candidature commune avec la Finlande — les deux pays renonçant donc à leur non-alignement militaire traditionnel.

Selon la en vigueur pour l’OTAN, la demande d’adhésion devait être approuvée par les parlements nationaux des membres de l’Alliance.

Ankara a d’abord retardé le vote, demandant à la Suède de renforcer sa législation antiterroriste et de prendre des mesures — y compris l’extradition — contre les partisans des militants kurdes et les membres du réseau que les Turcs tiennent pour responsables de la tentative de coup d’État de 2016, et qu’elle considère comme une organisation terroriste.

L’origine de ce revirement n’a pas été communiquée, car jusqu’à récemment, Ankara affirmait qu’elle n’accepterait pas la Suède en tant que membre de l’OTAN tant que les États-Unis n’accepteraient pas de lui vendre des avions de chasse F-16, ce à quoi le Congrès américain s’opposait jusqu’à présent.

Les résultats du vote de mardi montrent que le Parti de la justice et du développement du président Erdoğan (AKP), le Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrême droite et le parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition social-démocrate, ont voté pour, tandis que le Bon Parti (Iyi), parti nationaliste, et le Parti de la félicité (SP) ont voté contre. Le parti politique de centre droit prokurde (DEM) a voté contre ou n’est pas resté dans la salle pour le vote.

Lors du vote sur l’adhésion de la Finlande, l’assemblée s’était prononcée à l’unanimité en faveur de la candidature finlandaise.

Le parlement a maintenant ratifié le protocole d’adhésion suédois et l’a envoyé sur le bureau du président turc Recep Tayyip Erdoğan pour qu’il y appose sa signature.

Il sera ensuite envoyé au département d’État américain, à Washington, comme le veut le traité fondateur de l’Alliance.

Ce n’est qu’à ce moment-là que les pays peuvent officiellement devenir membres de l’OTAN. Le Secrétaire général de l’organisation en fera ensuite l’annonce.

Si tous les membres de l’OTAN avaient donné leur feu vert à l’adhésion dès le départ, ce processus aurait pu être achevé en quelques jours seulement, étant donné qu’il s’agit principalement d’une question de formalités administratives.

Délai inconnu du côté de la Hongrie

L’incertitude demeure toutefois quant à la date à laquelle la Hongrie ratifiera la candidature du pays nordique.

La Hongrie refuse de ratifier l’adhésion de la Suède parce que celle-ci a dénoncé à plusieurs reprises les violations de l’État de droit commises par le gouvernement hongrois et qu’elle considère son adhésion à l’OTAN comme un fait accompli.

Les membres de l’OTAN n’ont pris aucune mesure pour résoudre le problème hongrois et l’ont même laissé de côté, alors que des négociations entre la Finlande, la Suède et la Turquie avaient été entamées dès l’été 2022.

Sur X, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a écrit sur X qu’il invitait son homologue suédois à « négocier ».

« Je ne vois aucune raison de négocier dans cette situation », a répondu le ministre suédois des Affaires étrangères Tobias Billström, selon le média suédois Expressen, critiquant la volonté hongroise d’utiliser son droit de veto.

Il a précisé que le mot ne figurait pas dans la lettre d’invitation officielle et n’a pas confirmé la présence du Premier ministre Ulf Kristersson.

Le ministre a également déclaré que la question de la ratification a été soulevée à nouveau lundi (22 janvier) avec son homologue hongrois Péter Szijjártó à Bruxelles, à l’initiative de la Suède, et qu’il « a été à nouveau assuré qu’ils ont l’intention de poursuivre dans cette voie et que le gouvernement est tout à fait favorable à ce que la Suède devienne membre de l’OTAN ».

Le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg a déclaré par voie de communiqué qu’il se félicitait du vote turc et qu’il « comptait également sur la Hongrie pour mener à bien sa ratification nationale dès que possible ».

« Tous les Alliés de l’OTAN ont décidé à Vilnius d’inviter la Suède à rejoindre notre Alliance, et la Suède a respecté ses engagements », a-t-il poursuivi. « L’adhésion de la Suède rend l’OTAN plus forte et nous rend tous plus sûrs. »

Au printemps dernier, M. Stoltenberg a déclaré que l’adhésion de la Finlande et de la Suède permettrait « d’effacer les zones d’ombre, de renforcer la communauté politique et la capacité de l’OTAN à assurer la sécurité dans la région nordique, la région balte et l’Europe ».

La Suède doit prouver qu’elle mérite sa place dans l’OTAN, selon la présidente hongroise

Alors qu’elle exhortait le parlement hongrois à se prononcer sur la candidature de la Suède à l’OTAN mercredi, la présidente hongroise, Katalin Novák, a souligné que Stockholm devait prouver qu’elle méritait de rejoindre l’Alliance.

La Suède peu convaincue

Les responsables politiques suédois ne sont pas convaincus par l’invitation à « négocier » de Viktor Orbán.

« La Suède a fait sa part dans l’accord que nous avons signé avec la Turquie et la Finlande. Il n’y a rien de nouveau à négocier », a déclaré Aron Emilsson, président de la commission des Affaires étrangères du parlement suédois et membre du parti d’extrême droite des Démocrates de Suède (SD).

D’autre part, la nouvelle du vote tant attendu de la Turquie a été bien accueillie par l’ensemble du monde politique suédois, M. Kristersson se félicitant sur X que son pays ait fait « un pas de plus vers une adhésion pleine et entière à l’OTAN ».

Magdalena Andersson, leader de l’opposition et membre du Parti social-démocrate suédois des travailleurs (SAP), a qualifié la décision turque de « gratifiante » sur les réseaux sociaux, ajoutant qu’elle attendait avec impatience que la Turquie et la Hongrie « prennent les dernières mesures nécessaires » pour une adhésion pleine et entière.

« Nous espérons maintenant que le parlement hongrois agira lui aussi rapidement. Tout le monde y gagne. Nous bâtissons ensemble des conditions de sûreté, de sécurité et de stabilité », a écrit Muharrem Demirok, chef du parti du centre, sur X.

Toutefois, M. Billström a souligné que même s’il s’agit « évidemment d’une bonne nouvelle », M. Erdoğan doit signer la décision avant que la Turquie ne ratifie officiellement l’adhésion de la Suède.

« Nous ne sommes bien sûr pas au bout du processus », a-t-il déclaré aux journalistes mardi soir.

L’armée américaine accèdera à des bases militaires en Suède avant son adhésion à l’OTAN

La Suède et les États-Unis ont signé un accord permettant à l’armée américaine d’accéder à 17 bases militaires suédoises, ce qui a été perçu comme une réponse à Budapest et Ankara qui retardent la candidature de Stockholm à l’OTAN.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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