Le Parlement européen a approuvé une résolution mercredi (28 février) appelant la Banque européenne d’investissement (BEI) à abroger ses restrictions sur le financement de la production de munitions et d’armes, faisant pression pour que la banque augmente ses dépenses liées à la sécurité alors que la guerre en Ukraine continue.
« Le Parlement souligne la nécessité d’utiliser le plus efficacement possible tous les instruments dont dispose la BEI et l’invite à renforcer son soutien à l’industrie européenne de la défense », peut-on lire dans la résolution menée par les Verts/ALE et adoptée à 455 voix pour, 64 voix contre et 26 abstentions.
Un amendement ajouté au projet de loi par le groupe libéral Renew a également explicitement demandé à la BEI d’assouplir ses règles en matière d’investissement « afin que les munitions et les équipements militaires qui vont au-delà du double usage ne soient plus exclus du financement de la BEI ».
Le mandat actuel de la BEI limite en effet l’éventail de ses investissements autorisés dans le domaine de la défense aux technologies « à double usage », c’est-à-dire aux technologies qui peuvent être utilisées à la fois à des fins civiles et militaires. Selon les critères de prêt de la banque, les revenus futurs des projets à double usage doivent provenir principalement de l’utilisation civile.
Cela signifie également qu’il est à l’heure actuelle interdit de manière explicite à la banque d’investir directement dans « des armes, des munitions et des infrastructures militaires et policières principales ».
Le vote a eu lieu le même jour où Nadia Calviño, récemment nommée présidente de la BEI, a déclaré lors d’une session plénière du Parlement européen que la BEI allait « renforcer » son « soutien à l’industrie européenne dans les domaines de la sécurité et de la défense ».
Mme Calviño a également déclaré aux eurodéputés que la BEI avait « engagé une réflexion » avec la Commission européenne et d’autres parties prenantes sur « la portée et la définition » des technologies à double usage.
Elle s’est engagée vendredi dernier (23 février) lors d’une conférence de presse à faire un rapport aux 27 ministres des Finances de l’Union européenne — qui ont récemment été invités par leurs homologues de la défense à s’attaquer aux obstacles à l’investissement — « dans deux mois de l’état d’avancement de ces discussions en cours ».
La banque tentera également d’« accélérer le déploiement des 6 milliards d’euros » de fonds qui restent disponibles dans le cadre de l’initiative stratégique pour la sécurité européenne (ISSE) de 2022, dont 2 milliards d’euros ont déjà été investis dans les technologies des drones, dans la cybersécurité et dans la sécurité des frontières.
La présidente de l’exécutif de l’UE, Ursula von der Leyen, s’est dite confortée par les propos de la présidente de la BEI, Nadia Calviño, qui a déclaré que la banque européenne « était prête à faire davantage pour contribuer à des projets communs favorisant l’essor de l’industrie européenne de la défense ».
« Le vote d’aujourd’hui au Parlement européen en plénière […] est un autre signe de la direction que prend le vent politique — et à juste titre », a indiqué à Euractiv Martin Wilberg, responsable de la politique de défense chez Kreab, un cabinet de conseil basé à Bruxelles.
« Lentement mais sûrement, les décideurs politiques de l’UE à travers les institutions clés se réveillent aux besoins de l’industrie [de la défense] », a-t-il ajouté.
Cependant, Philippe Lamberts, co-président du groupe des Verts/ALE au Parlement européen, a confié à Euractiv que les problèmes de financement de la défense en Europe étaient surtout dus à un manque de coordination plutôt qu’à une pénurie de fonds.
« En matière de défense, il est évident que l’Europe a des efforts à faire », a déclaré M. Lamberts. « Mais franchement, si je regarde les montants que nous dépensons pour la défense, ce n’est pas dans ce domaine que nous avons le plus besoin d’argent supplémentaire. En fait, ce que nous devons faire, c’est dépenser l’argent de manière beaucoup plus judicieuse et beaucoup plus concertée. »
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




