Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont officiellement lancé la mission de l’Union en mer Rouge ce lundi (19 février). Ils espèrent que cette mission aura un effet dissuasif sur les attaques des Houthis contre les navires commerciaux et qu’elle permettra d’éviter toute escalade dans la région.
La mission en mer Rouge, baptisée EUNAVFOR ASPIDES, sera une « opération de sécurité maritime visant à préserver la liberté de navigation dans le cadre de la crise de la mer Rouge », selon la décision du Conseil qui établit la mission.
Cette opération est envisagée depuis le mois de décembre 2023, lorsque la milice yéménite Houthi, soutenue par l’Iran, a attaqué des navires marchands en mer Rouge, mettant en péril les navires internationaux empruntant le canal de Suez et provoquant une hausse des prix. Ces navires ont alors été contraints de contourner le cap Horn, le long de la côte sud-africaine.
Afin d’éviter une escalade régionale à partir du détroit, combinée au conflit en cours à Gaza, et de dissuader de futures attaques, les États-Unis et le Royaume-Uni ont répondu aux attaques des Houthis en envoyant des missiles.
La force navale européenne jouera un rôle dissuasif et défensif supplémentaire aux côtés de l’opération américaine Prosperity Guardian, avec un mandat d’un an et un budget de 8 millions d’euros.
« L’Europe assurera la liberté de navigation en mer Rouge, aux côtés de ses partenaires internationaux », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, dans un message publié sur X (ex-Twitter).
Mandat purement défensif
« Au-delà de la réponse aux crises, il s’agit d’une étape vers une présence maritime européenne plus forte pour protéger nos intérêts européens », a également déclaré Mme von der Leyen.
Le mandat de la mission Aspides — ce qui signifie « bouclier » en grec ancien — s’articule autour de trois tâches, notamment « accompagner les navires dans la zone d’opération » et « assurer une connaissance de la situation maritime ».
Pour lutter contre les attaques, l’opération dispose d’un mandat purement défensif, puisqu’elle « protégera les navires contre des attaques Multi-Domain en mer, dans le plein respect du droit international, y compris les principes de nécessité et de proportionnalité, dans une sous-zone de la zone d’opération » qui sera définie par les États membres.
« Notre opération est complètement alignée sur la résolution 2272 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige des Houthis qu’ils cessent toute attaque contre les navires marchands et commerciaux et qui prévoit le droit de défendre les navires contre de telles attaques, ce qui est conforme au droit international », a expliqué un diplomate de l’Union européenne.
L’opération se concentrera sur une vaste zone, où elle « contribuera à la sécurité maritime le long des principales lignes de communication maritimes », à savoir le détroit de Baab al-Mandab et le détroit d’Ormuz, ainsi que les eaux internationales de la mer Rouge, du golfe d’Aden, de la mer d’Arabie, du golfe d’Oman et du golfe Persique.
Pour l’instant, il est difficile de savoir quand la mission sera pleinement opérationnelle, avec tous les moyens déployés dans la zone et prêts à remplir son mandat en conséquence.
« Nous espérons pouvoir être pleinement opérationnels dans quelques semaines », a déclaré un haut diplomate de l’UE, alors que le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) attend que les États membres annoncent la mise à disposition de leurs moyens.
Plusieurs États membres de l’Union ont déjà fait part de leur intérêt à participer à l’opération militaire.
Le quartier général de la mission sera situé en Grèce, dans la ville côtière de Larissa. Le pays enverra très probablement des navires. Le commandant de la force sera le contre-amiral italien Stefano Costantino.
Étant donné que l’opération est basée sur la mission française existante EMASoH-AGENOR dans le golfe d’Oman, Paris est également susceptible d’y participer.
La Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne ont indiqué qu’ils participeraient à l’opération.
Coopération avec les États-Unis
Les États-Unis menant leur propre opération dans la région, l’UE travaillera en étroite collaboration avec Washington.
Le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité, Josep Borrell, a été autorisé à échanger « des informations classifiées en rapport avec les objectifs de l’EUNAVFOR ASPIDES et pouvant aller jusqu’au niveau “SECRET UE/EU SECRET” », lorsque cet échange est « nécessaire pour des raisons opérationnelles » avec l’opération Prosperity Guardian et avec les Forces maritimes combinées (CMF) dirigées par les États-Unis, qui rassemblent une quarantaine de pays.
Tout « État désireux de contribuer à la sécurité maritime dans sa zone d’opération », pourrait également être un partenaire potentiel de l’opération européenne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



