Les membres européens de l’OTAN s’efforcent d’augmenter leurs contributions pour assurer une meilleure répartition des responsabilités au sein de l’organisation, d’anticiper les risques posés par un éventuel retour de Donald Trump et de préserver l’unité de l’Alliance face aux menaces actuelles, jugées les plus sérieuses depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le week-end dernier, l’ex-président et candidat à la prochaine présidentielle américaine Donald Trump a fait planer la menace d’un désengagement américain en suggérant que les Russes pourraient faire « ce que bon leur semble » des membres de l’OTAN qui n’atteignent pas l’objectif de dépenses de défense fixé à 2 % de leur PIB.
La question de la protection de l’intégrité de l’Alliance face à un président américain hostile à l’OTAN a pris de l’ampleur à quelques jours de la réunion des ministres de la Défense de l’organisation qui se tiendra à Bruxelles jeudi (15 février) et la Conférence de Munich sur la sécurité qui aura lieu le week-end prochain.
Plusieurs diplomates de l’alliance militaire ont déclaré qu’une augmentation continue des dépenses de défense pourrait aider à gagner la confiance de Donald Trump s’il devait être élu pour remplacer le président sortant Joe Biden.
Première étape : investir
Selon plusieurs diplomates de l’Alliance, la première mesure prise par l’Europe pour se préparer à un éventuel retour de Donald Trump devrait inclure une augmentation des dépenses de défense. Cela permettra d’« engager tout président américain à assurer la sécurité du continent européen », au cas où celui-ci devait remettre en question le partage équitable des charges de défense.
Un premier pas dans cette direction a été fait mercredi (14 février), lorsque le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a annoncé qu’en 2024, 18 membres sur 31 dépenseront plus que les 2 % requis. En 2022, contre seulement sept alliés avaient atteint cet objectif.
L’augmentation des dépenses, a ajouté M. Stoltenberg, montre que les alliés européens font de « réels progrès ».
Après des années de sous-investissement au lendemain de la Guerre froide, les membres européens de l’OTAN ont récemment pris des mesures pour accroître leur capacité à se défendre et s’accordent aujourd’hui à dire — notamment depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie — qu’il est nécessaire d’augmenter les dépenses de défense, quel que soit le résultat des prochaines élections américaines.
La répartition des charges au sein de l’alliance militaire occidentale sera également à l’ordre du jour du sommet des dirigeants de l’OTAN en juillet, ont déclaré à Euractiv deux sources au fait des discussions.
Mais les experts en sécurité affirment que malgré le sentiment d’urgence, les efforts sont encore trop lents.
Les Européens ont beau investir beaucoup plus que durant la présidence de Donald Trump, « ce n’est cependant pas assez rapide », a déclaré à Euractiv Bruno Lété, professeur invité spécialiste des relations transatlantiques au Collège d’Europe.
Le problème est que « chacun le fait à son rythme [malgré] le sentiment d’urgence, car nous entendons qu’il pourrait y avoir un conflit ou une guerre avec la Russie dans les années à venir », a déclaré M. Lété, en référence aux mises en garde émanant de Pologne, d’Allemagne, de Suède, du Danemark et du président du comité militaire de l’OTAN concernant une guerre imminente.
Étape 2 : rassurer
Les Européens pourraient également « passer plus de temps à discuter de l’augmentation des dépenses de défense et d’autres questions que le président jugera importantes, telles que les défis posés par la Chine », a déclaré le premier diplomate.
Les membres européens de l’OTAN ont déclaré qu’ils continueraient à investir dans la défense du bloc non pas pour plaire à Donald Trump ou à quiconque siégera à la Maison-Blanche après novembre, mais parce que leur sécurité est menacée.
« Avec ou sans Donald Trump, dans tous les cas, nous devons nous renforcer », a déclaré la ministre belge de la Défense, Ludivine Dedonder, lors d’un entretien accordé à Euractiv la semaine dernière.
En outre, le choix du nouveau secrétaire général de l’OTAN sera également déterminant, selon des sources au sein l’organisation.
Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui est en poste depuis plus d’une décennie et qui a eu de bonnes relations avec M. Trump, aurait de bonnes chances d’obtenir le poste.
Selon des diplomates de l’OTAN, il pourrait devenir « celui qui murmure à l’oreille de M. Trump », un terme souvent utilisé pour décrire le secrétaire général sortant Jens Stoltenberg.
Le Norvégien a en effet l’habitude de faire un usage stratégique fait de la presse comme méthode de communication, notamment en apparaissant dans les médias américains, pour convaincre de la valeur de l’OTAN et apaiser les dirigeants des États-Unis.
Le potentiel de nuisance de Donald Trump
Les récentes remarques de Donald Trump concernant les « mauvais payeurs » de l’OTAN ont remis en question le principe de solidarité de l’alliance, ont indiqué plusieurs diplomates de l’Alliance à Euractiv.
« Nous sommes d’accord sur le fait que les alliés européens doivent dépenser plus pour la défense, mais la déclaration [de M. Trump] a été faite d’une manière assez horrible cette fois-ci », a déclaré le premier diplomate de l’OTAN, ajoutant que « jeter le doute sur l’engagement [de la défense mutuelle] est néfaste ».
Si M. Trump était sérieux, « ce serait la fin de l’OTAN et de la dissuasion parce que […] la dissuasion réside dans le fait que nous sommes unis, que nous avons 80 000 soldats américains en Europe et que nous disposons d’armes nucléaires américaines », a averti le diplomate.
Dans ce contexte, tous « devraient faire de leur mieux pour rester unis face à la situation sécuritaire la plus dangereuse pour l’Occident dans son ensemble depuis la Seconde Guerre mondiale », a déclaré un deuxième diplomate de l’OTAN.
M. Lété a averti que « la plus grande menace pour l’OTAN n’est pas la Russie ou la Chine, mais les défis internes et la préservation de l’unité ».
La clause de défense mutuelle de l’OTAN est la raison pour laquelle des pays comme la Finlande et la Suède ont souhaité adhérer à l’organisation après l’invasion russe de l’Ukraine, et le soutien des États-Unis aux Européens est non optionnel.
Le chef de la diplomatie européenne a notamment commenté les propos de Donald Trump en déclarant que l’OTAN n’était pas une Alliance « à la carte ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




