La candidature du Premier ministre néerlandais Mark Rutte au poste de secrétaire général de l’OTAN se heurte à un certain nombre d’obstacles qui pourraient prolonger le processus de sélection du successeur de Jens Stoltenberg de plusieurs semaines.
Mark Rutte est l’un des favoris pour reprendre le poste de secrétaire général de l’OTAN, actuellement occupé par le Norvégien Jens Stoltenberg. Plusieurs diplomates de l’Alliance étaient convaincus que le successeur allait être désigné au cours de la première semaine d’avril, juste avant la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN mercredi et jeudi (3-4 avril) et la célébration du 75e anniversaire de l’organisation jeudi.
Toutefois, l’annonce de la candidature du président roumain Klaus Iohannis au même poste à la mi-mars semé le doute sur ce qui semblait jusqu’alors être une victoire certaine pour Mark Rutte.
À ce stade, le Néerlandais doit encore gagner la confiance de quatre gouvernements pour sécuriser le poste : Hongrie, Roumanie, Slovaquie et Turquie.
Les ministres des Affaires étrangères doivent discuter de la question lors de leur réunion à Bruxelles, mais il n’est pas certain qu’un consensus puisse être dégagé lors de la dernière réunion ministérielle qui aura lieu à Prague (30-31 mai) avant le sommet des chefs d’État et de gouvernement à Washington (9-11 juillet).
« Je pense que nous aimerions que cette question soit réglée au plus tard au sommet de Washington », a affirmé mardi (2 avril) l’ambassadrice américaine auprès de l’OTAN, Julianne Smith.
Le mandat de M. Stoltenberg doit s’achever le 1er octobre 2024, après dix ans à la tête de l’Alliance. L’ex-Premier ministre norvégien a été reconduit trois fois à la tête de l’OTAN, notamment pour maintenir une certaine stabilité et continuité après le début de la guerre russe en Ukraine.
Le secrétaire général de l’OTAN est désigné par les États membres pour une période de quatre ans, qui peut être prolongée par consentement mutuel.
Le processus de nomination est informel et se déroule à huis clos. La liste des critères — disponibilité, genre, nationalité ou encore niveau de dépenses militaires nationales — rend complexe toute spéculation sur la personne qui sera finalement retenue pour le poste.
Mark Rutte est actuellement soutenu par quatre membres de l’OTAN : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis, le pays qui dépense le plus en matière de défense.
Ce soutien et celui de plus de 20 autres gouvernements nationaux auraient dû garantir à M. Rutte un accès sans entrave au poste.
Cependant, les inquiétudes des pays du flanc oriental de l’Alliance concernant leur sous-représentation au sein de l’organe de direction de l’OTAN ont ravivé leur intérêt pour le poste, poussant M. Iohannis à se lancer dans la course.
Mardi, la Première ministre estonienne Kaja Kallas, considérée comme une candidate sérieuse par certains membres de l’Alliance, a annoncé son soutien à M. Rutte dans un message publié sur X, rejetant ainsi les rumeurs qui suggéraient qu’elle était sûre d’obtenir le poste.
Plusieurs diplomates de l’OTAN ont déclaré qu’aucun des partisans de M. Rutte n’avait changé de camp pour soutenir M. Iohannis ou un autre candidat.
« Les qualifications de ces deux dirigeants très impressionnants [M. Rutte et M. Iohannis] font l’objet d’un débat permanent, et nous continuerons à peser le pour et le contre jusqu’à ce que nous parvenions à un consensus », a expliqué Julianne Smith.
Convaincre la Hongrie et la Turquie
La Turquie et la Hongrie sont les deux pays qui auront le plus besoin d’être convaincus, selon certaines sources.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a annoncé qu’il souhaitait que le prochain secrétaire général de l’OTAN prenne la lutte contre le terrorisme très au sérieux et « tienne compte des sensibilités des alliés non membres de l’UE » après une rencontre avec M. Rutte le mois dernier.
Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a pour sa part indiqué que le gouvernement du Premier ministre Viktor Orbán s’opposait à la nomination de Mark Rutte, puisque le Néerlandais s’était montré critique concernant le bilan de Budapest en matière d’État de droit.
La Roumanie dispose quant à elle de son propre candidat pour le poste, tandis que la Slovaquie est en pleine période électorale, rendant difficile toute prévision concernant sa position finale sur la question.
Plusieurs diplomates de l’OTAN soutenant M. Rutte ont affirmé qu’ils pensaient qu’Ankara et Budapest pourraient finir par soutenir la candidature du Néerlandais, ce dernier étant en contact avec les dirigeants des deux pays et leurs soutiens et ne considérant pas Klaus Iohannis comme un candidat sérieux.
[Édité par Anna Martino]



