La bioéconomie, une nouvelle tendance européenne

De plus en plus d’États membres adoptent des programmes de bioéconomie, et l’UE encourage activement ses partenaires d’Europe centrale et de l’Est à faire de même. Une interview d’EURACTIV Slovaquie.

John Bell est le directeur de la direction-générale Recherche et innovation (RTD).

Les stratégies de bioéconomie et d’économie circulaires ne sont-elles pas les deux faces d’une même médaille ?

La bioéconomie et l’économie circulaire font toute deux parties de l’« économie verte », dont l’objectif est d’améliorer la prospérité tout en conservant les systèmes naturels qui nous nourrissent. Si la bioéconomie et l’économie circulaire partagent cette vision, il ne s’agit pas de concepts identiques.

L’économie circulaire se réfère spécifiquement à une économie industrielle à l’intention réparatrice et qui promeut une meilleure efficacité et productivité des ressources. Elle s’occupe des matériaux d’origine biologique, mais aussi des autres, et encourage la réduction des déchets via la chaine d’approvisionnement et le cycle de vie des produits.

La bioéconomie vise également cette circularité, mais se concentre davantage sur la production durable de ressources biologiques, notamment la biomasse, par le biais de secteurs allant de l’agriculture et de la foresterie aux secteurs de la pêche et de l’aquaculture. Outre la production de ces ressources primaires, elle comprend les industries de conversion de la biomasse – de l’alimentaire aux industries énergétiques.

La bioéconomie va plus loin que la production, elle se concentre sur la biodiversité, les écosystèmes et l’énergie renouvelable. Sa transversalité permet d’assurer une utilisation compétitive de la biomasse tout en répondant à des questions sociétales importantes, comme la réduction de la dépendance aux énergies fossiles ou la sécurité alimentaire mondiale.

L’économie circulaire et la bioéconomie se renforcent l’une l’autre et il est important de profiter de tout le potentiel qu’elles offrent.

>> Lire : La transition écologique pourrait supprimer des emplois

À quel point l’adoption de la bioéconomie dépend-elle du soutien public ? Que fait la Commission pour soutenir des solutions biologiques ?

La bioéconomie est un domaine complexe, à multiple facettes, dans lequel le développement de nouvelles chaines de valeur dépend de la collaboration active d’un large éventail de parties prenantes, comme les agriculteurs, l’industrie, les chercheurs et les autorités publiques. Cela implique le développement de nouvelles synergies et de nouvelles interdépendances qui doivent créer la confiance entre les acteurs.

Les produits et services bioéconomiques ne peuvent devenir viables que s’ils sont acceptés par la société, ce qui ne dépend pas uniquement de leur qualité, mais aussi de la confiance des citoyens vis-à-vis de la gouvernance de cette bioéconomie, comme par exemple son adhésion aux principes de durabilité et d’égalité sociale.

Il est donc essentiel d’impliquer la société dans le développement et la gouvernance de ce système. Comme souligné lors de la conférence de Budapest du 17 octobre, il faut à présent mettre sur pied des programmes pour  l’engagement social, la prise de conscience, l’enseignement et la formation, étant donné qu’il ne peut y avoir de bioéconomie durable sans l’implication directe de la société civile.

Comment encourager un concept aussi large et transversal ?

Une stratégie bioéconomique intégrée doit se pencher sur l’approvisionnement durable en biomasse et sur le recyclage. Il est nécessaire d’assurer une politique cohérente pour créer une bioéconomie circulaire et durable. Cela nécessitera l’implication active d’une série de secteurs politiques, et donc la collaboration d’un certain nombre de ministres européens.

La complexité de la bioéconomie suppose également l’engagement actif et la participation d’un éventail de parties prenantes, des producteurs primaires aux industries, aux ONG et aux régions, pour assurer la mise au point de politiques inclusives soutenues par la participation de la société.

La mobilisation de l’investissement régional offre un réel potentiel. En Europe centrale et de l’Est notamment, des stratégies intelligentes de spécialisation pourraient entrainer une utilisation durable de la biomasse pour construire des chaines de valeurs qui développent le capital humain et investissent dans les bioraffineries.

Comment les pays de cette région, comme la Slovaquie, peuvent-ils accélérer leur transition à la bioéconomie ?

La Slovaquie est un bénéficiaire important des fonds structurels et d‘investissement européens (ESI). Une grande partie de ces fonds a pour vocation d’investir dans la transition à une économie à faible carbone, soutenir les PME et les exploitations agricoles et halieutiques, afin d’augmenter leur productivité et leur valeur ajoutée, dans la pêche durable, la protection de l’environnement et la promotion de l’efficacité des ressources.

La Slovaquie joue également un rôle important dans la stratégie européenne pour la région du Danube. La bioéconomie n’y a pas encore été adoptée, mais elle fait partie de l’avenir du pays.

Comment développe-t-on ces stratégies, plus concrètement ?

Les pays d’Europe centrale et de l’Est ont un énorme potentiel sous-exploité. La Slovaquie pourrait construire sa stratégie de bioéconomie sur la base de ses atouts nationaux et régionaux, notamment via une plus grande coopération régionale.

Il existe également un certain nombre de fonds, réseaux, initiatives et outils disponibles pour l’adoption de la bioéconomie par les régions européennes. Cela a été présenté lors de la conférence de Bratislava, en octobre.

L’intégration des efforts des régions, de leurs parties prenantes, des institutions financières et de la société est essentielle à la création de nouvelles opportunités et de nouveaux emplois dans l’industrie verte, l’agriculture, la foresterie et la croissance bleue.

Estimez-vous que le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) soit un outil potentiellement décisif pour la promotion de la bioéconomie ?

Le FEIS pourrait contribuer au développement de la bioéconomie européenne en finançant des projets risqués, en donc en attirant un co-investissement privé.

Plusieurs projets bioéconomiques ont déjà reçu le soutien du fonds. C’est le cas par exemple du projet du Matsä Bio-product Mill, à Äaneskoski, en Finlande, une structure modernisée et innovante de production de papier, qui utilise notamment les ruisseaux voisins pour créer de l’énergie et des biomatériaux. Le FEIS a participé à hauteur de 75 millions d’euros sur un total de 1,2 milliard.

Outre le FEIS, la Commission a mis en place d’autres instruments de partage du risque qui pourraient être compatibles avec les projets bioéconomiques. Il y a donc un gros potentiel d’investissement  dans les raffineries nationales et les projets connexes liés aux chaines de valeur.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.