«L’UE doit simplifier ses règles pour aider les villes à devenir plus résilientes»

Berkowitz [100resilientcities.org]

L’Europe s’oriente dans la bonne direction pour aider les villes à devenir plus résilientes et durables. Mais doit encore dégraisser sa myriade de réglementations pour faire avancer les choses.

Michael Berkowitz est le président de 100 Resilient Cities une ONG internationale lancée par la Fondation Rockefeller.

Quels sont pour vous les enjeux de la Semaine européenne des villes et des régions ?

Les villes sont le point de départ de tout notre travail sur la résilience, car de nombreuses villes opèrent dans une sphère politique et financière plus étendue que la ville elle-même.

Nous avons décidé de faciliter le lien entre les villes et l’UE et toutes ses institutions. Nous cherchons à savoir comment elles peuvent aider les villes à devenir plus inclusives et intégrées et donc plus résilientes.

Nous essayons d’encourager les différents secteurs (transport, planification urbaine, etc.) à coopérer, même si les financements continuent d’être versés en fonction des secteurs.

Une des raisons pour laquelle nous sommes à Bruxelles est parce que nous voulons faire comprendre ce qu’est la résilience, car il existe de nombreuses interprétations. Certaines personnes l’envisagent sous un aspect climatique seulement, d’autres la définissent uniquement comme la préparation aux catastrophes ainsi que la reconstruction, mais nous, nous voyons une sorte de dualité dans la capacité à anticiper et à se préparer aux chocs et à affronter les tensions qui en découlent.

L’Europe est-elle leader ou est-elle à la traine dans la mise en place de ces solutions ?

L’Europe est variée, mais l’Europe est leader. Il existe de nombreux projets d’urbanisme bien pensés. Je reviens juste de Paris, qui est l’une des 100 villes du programme.

Paris est dense, a très peu d’espaces verts, mais possède 561 écoles. Chacune a une cour intérieure. Les responsables de la stratégie « résilience » à Paris se sont réunis et ont décidé de réunir les autorités de contrôle des inondations, les personnes en charge de la construction des écoles et la communauté et ont décidé tous ensemble de transformer les cours d’école en espaces verts et de les ouvrir à la communauté pour que les gens aient un endroit où se retrouver. C’est une stratégie progressive. Tous ces gens ne s’étaient pas rencontrés avant que le responsable « résilience » de Paris les réunisse.

Ils se sont dits « en faisant cela, nous pouvons réduire la température moyenne de la ville, ce qui nous aidera à traverser les vagues de chaleur ». Cela réduira aussi les précipitations et donc les inondations seront moins fréquentes. Et ce sera avantageux pour les enfants, car de nombreuses études montrent qu’ils ont de meilleures capacités cognitives pour l’apprentissage s’ils se trouvent dans un environnement vert.

Ce genre de projets se développe dans de nombreuses villes européennes, mais la route est encore longue. L’Europe est mise à l’épreuve par nombre de menaces du 21ème siècle : l’immigration, l’afflux de réfugiés, le terrorisme, le changement climatique, la qualité de l’air et la pollution.

Néanmoins, les villes ne deviennent pas géniales du jour au lendemain, ça prend du temps. Regardez Amsterdam ou Rotterdam, ces superbes villes néerlandaises étaient remplies de voitures et très vulnérables face aux inondations il y a trente ans ; mais elles ont commencé à affronter ces défis et voient de plus en plus les avantages.

Dans quel domaine l’Europe est encore trop mal préparée ?

Sur la question de la population vieillissante, qui exercera une forte pression dans les prochaines décennies. Et dans certains pays, le taux de chômage chez les jeunes est très élevé et la jeunesse déconnectée.

Mais la plus grande crise que l’Europe n’a pas réussi à résoudre est la crise d’identité politique : ce désengagement et déconnexion avec les citoyens. La résilience urbaine peut résoudre ce problème, peut-être l’approche participative que nous cherchions depuis soixante-dix ans.

L’Europe est en train d’élaborer son budget pluriannuel. Quelles seraient vos recommandations ?

Cette semaine, j’ai entendu plusieurs parties prenantes dire que les villes étaient devenues très tendance. Ça me plait, car c’est dans les villes que se passent l’innovation et l’action. Le problème c’est que cela a mené à une prolifération de programmes européens dans les villes ces dernières années, avec 80 initiatives différentes et des financements tous azimuts.

Je voudrais demander une chose à l’UE : de consolider et de rationaliser tout cela, car les villes ne peuvent pas faire face à 80 initiatives, sinon elles finissent par être allergiques aux programmes et aux exigences qui les accompagnent. La bonne nouvelle c’est que ces programmes vont dans la bonne direction, mais ils sont encore trop fragmentés. Donc au lieu de demander quelque chose de nouveau, je voudrais quelque chose de plus rationalisé.

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