Karmenu Vella: «une taxe sur le plastique pourrait servir les objectifs environnementaux»

Karmenu Vella [European Commission]

Alors que la Commission européenne esquisse sa vision pour l’avenir de la pollution et de la production du plastique, le commissaire européen en charge de l’environnement, Karmenu Vella, explique comment les développements en Chine, en Afrique et en Europe ont façonné sa feuille de route sur le plastique.

Karmenu Vella est commissaire européen chargé de l’environnement, des affaires maritimes et de la pêche.

L’interdiction chinoise d’importation des déchets plastiques est entrée en vigueur au début du mois et les États membres semblent avoir été pris au dépourvu. La Commission aborde-t-elle cette situation en particulier dans la stratégie et, si oui, comment ?

Avec notre stratégie sur le plastique, nous jetons les bases d’une nouvelle économie plastique. Nous voulons transformer la façon dont les plastiques et les produits en plastique sont conçus, produits, utilisés et recyclés parce que le système actuel produit beaucoup trop de déchets. Environ 95 % de la valeur des emballages plastiques, soit une somme de 105 milliards d’euros, est perdue chaque année, et nous ne recyclons toujours que 30 % de nos déchets plastiques.

L’interdiction chinoise est l’occasion de repenser notre approche.

La décision chinoise a-t-elle retardé la publication de la stratégie ?

Non. L’élaboration de cette toute première stratégie paneuropéenne a été un processus inclusif qui a impliqué une large consultation des parties prenantes et de nombreux services au sein de la Commission ont contribué à la façonner. La stratégie est une réponse politique globale au défi du plastique, qui porte sur la conception, la fabrication, l’utilisation et l’élimination. Un tel processus prend du temps.

Les déchets marins et la pollution plastique, bien qu’ils ne soient pas un problème nouveau, ont récemment capté l’attention du public. Par conséquent, le calendrier de la stratégie signifie-t-il que ses propositions avanceront rapidement dans le processus législatif en raison de ce soutien, selon vous ?

Nous avons effectivement le vent en poupe. Une récente enquête Eurobaromètre a montré que les citoyens étaient extrêmement préoccupés par l’impact du plastique sur l’environnement et la santé. Ils ne veulent pas que les déchets plastiques finissent dans les océans. Ils ne veulent pas que les oiseaux, les tortues et les phoques s’emmêlent dans des sacs en plastique et de vieux filets de pêche. Ils ne veulent plus des microbilles dans les cosmétiques.

Je suis convaincu que les États membres et le Parlement répondront positivement à notre paquet de mesures et soutiendront l’objectif à long terme pour que tous les emballages en plastique sur le marché de l’UE soient recyclables d’ici 2030. Mais l’industrie a aussi un rôle clé à jouer. En ce sens, je salue l’important premier pas des parties prenantes du monde des affaires qui ont pris un certain nombre d’engagements volontaires.

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Une enquête scientifique diffusée par Orb Media montre que dans 12 pays du monde, l’eau du robinet est contaminée par des micro-plastiques. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Dans quelle mesure la stratégie met-elle l’accent sur la prévention du problème plastique plutôt que sur son atténuation ? Les activistes sont principalement divisés entre l’arrêt de la production de plastique à la source et le recyclage de nos déchets d’une manière plus efficace.

Nous ne nous attaquerons pas au problème du plastique simplement en nous concentrant davantage sur la prévention ou l’atténuation, car nous avons besoin d’une approche beaucoup plus large. Tout est une question de production des plastiques et d’utilisation. Nous devons examiner la situation dans son ensemble, de la conception à la fabrication, en passant par l’utilisation, l’élimination et le recyclage. La manière dont les plastiques sont actuellement produits, utilisés et mis au rebut ne permet pas de saisir les avantages économiques d’une approche plus circulaire et nuit à notre environnement.

La stratégie changera cela. En améliorant la conception des plastiques et des produits en plastique et en favorisant la collecte séparée, la réutilisation et le recyclage, elle permettra de rendre l’économie du plastique plus circulaire. De nouvelles règles sur les emballages amélioreront leur caractère recyclable. Cela apportera plus de valeur ajoutée et de prospérité en Europe et contribuera à endiguer la marée des déchets plastiques.

Votre collègue, Günther Oettinger, a évoqué la semaine dernière l’idée de taxer la production de plastique, ce qui pourrait aider l’UE à combler le déficit budgétaire engendré par le Brexit. Que pensez-vous de cette idée ?

Le déficit que provoquera le Brexit et les priorités pour la prochaine décennie représentent un véritable défi pour le budget de l’UE. Dans le cadre des réflexions sur les ressources propres pour le budget de l’UE, l’idée d’une taxe sur les matières plastiques est apparue récemment.

Les déchets plastiques constituent un problème à l’échelle européenne. Nous avons besoin de mesures pour réduire leur production inutile, encourager la réutilisation des emballages en plastique et inciter l’industrie à se tourner vers des matières plastiques recyclables. Une taxe bien conçue pourrait être l’un des nombreux instruments permettant d’atteindre ces objectifs environnementaux et de dégager des recettes budgétaires. Nous sommes à l’aube de notre vaste réflexion, mais le train est en marche et je suis très heureux d’entamer cette discussion maintenant. C’est une conversation que nous devons absolument avoir, car il y a de nombreux aspects à explorer.

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Quelle est la position de la Commission sur les interdictions ? L’Allemagne envisage de demander à l’exécutif de présenter une proposition visant à interdire les microplastiques dans les cosmétiques et l’interdiction des sacs plastiques est régulièrement réclamée par les groupes écologistes. Peut-on faire confiance au marché et à l’industrie pour faire des contributions volontaires ?

De nombreuses routes mènent à Rome. La première et la plus importante étape est de s’entendre sur une vision commune – nous pourrons alors choisir les moyens les plus appropriés pour y parvenir. Les interdictions peuvent être une manière de s’assurer que nous protégeons la santé des gens et l’environnement. En ce qui concerne les microplastiques, nous travaillons en effet sur la limitation de leur utilisation dans certains produits, comme les cosmétiques. Pour réduire la consommation de sacs plastiques à usage unique, nous avons fixé des objectifs clairs et contraignants, laissant aux États membres la liberté de choisir le moyen le plus efficace pour les atteindre, qu’il s’agisse de taxes ou d’autres formes de restrictions. Et ces mesures fonctionnent : 72 % des citoyens déclarent avoir réduit leur utilisation de sacs à usage unique, dont 38 % l’année dernière.

L’ONU s’est récemment réunie pour parler de pollution lors de sa réunion de haut niveau à Nairobi. Des idées ou des solutions nouvelles aux problèmes posés par les plastiques ont-elles vu le jour lors de ce sommet ?

Cette Assemblée des Nations unies sur l’environnement a été la plus réussie jusqu’à présent. Contrairement à ce qui se passait auparavant, nous avons adopté des conclusions formelles au niveau ministériel, qui ont débouché sur un engagement politique fort et conjoint en faveur de la lutte contre la pollution. Nous avons notamment convenu d’agir contre le fléau des déchets plastiques. Ce qui était nouveau et très inspirant, c’était la forte implication du secteur privé et de la société civile pour trouver des solutions et des technologies afin de lutter contre la pollution.

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Une résolution non contraignante adoptée à Nairobi espère régler le problème. Considérez-vous la stratégie plastique comme un complément au travail effectué au niveau de l’ONU ? Pourrait-il servir de modèle à d’autres pays ou régions du monde ?

L’annonce de vingt engagements volontaires de la part de l’UE montre que nous donnons le ton à l’action environnementale internationale dans de nombreux domaines. Avec la stratégie sur les plastiques, nous démontrons que notre engagement est suivi d’actions concrètes. En rompant avec la pensée économique linéaire, nous pouvons nous assurer que le recyclage est rentable et inspire d’autres économies dans le monde. Nous présentons des mesures pour agir sur les plastiques à usage unique et sur les microplastiques. Avec notre stratégie, nous nous engageons à faire face aux défis mondiaux en nous engageant davantage dans les forums internationaux, en soutenant davantage les projets en Asie de l’Est et du Sud-Est et en favorisant le dialogue politique avec les pays hors d’Europe.

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Quelle est la prochaine étape, maintenant que la stratégie a été publiée ? Quel genre de délai pouvons-nous attendre ?

Dans la stratégie, nous nous concentrons sur la réalisation de progrès décisifs dans le cadre du mandat actuel, tout en préparant le terrain pour une action à plus long terme. L’un des premiers livrables sera la mise en œuvre de mesures sur les plastiques à usage unique pour empêcher que des articles comme les bouteilles, les gobelets et les emballages alimentaires ne soient jetés aux ordures et ne finissent dans la mer. Nous avons entamé les travaux préparatoires d’une initiative législative que nous présenterons plus tard cette année. Les parties prenantes ont jusqu’au 12 février pour nous faire part de leur contribution.

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