« L’économie circulaire a besoin d’entreprises innovantes »

Le principe d'économie circulaire est basé sur une utilisation la plus réduite possible des ressources non renouvelables de la Terre. [Kevin Dooley/Flickr]

Seule la Commission peut créer les conditions favorables à la naissance de modèles de consommation et d’entreprises innovantes nécessaires à la mise en place d’une réelle économie circulaire, selon Stéphane Arditi, du Bureau européen de l’environnement.. 

Stéphane Arditi est gestionnaire de politiques au Bureau européen de l’environnement (BEE). Il a répondu aux questions de James Crisp, directeur adjoint de la rédaction à EURACTIV.

En 2014, La Commission européenne a décidé d’enterrer le paquet sur l’économie circulaire, qui contenait des mesures sur les déchets, l’incinération et le recyclage. L’exécutif a promis de le remplacer par un ensemble de mesures encore plus ambitieux d’ici la fin de l’année.

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Quelles sont les mesures nécessaires à ce nouveau paquet ?

Il faut surtout que la Commission tienne ses promesses. Un nouveau paquet sur l’économie circulaire plein de bonnes intentions, mais sans projet de concrétisation réelle, permettra juste [à la Commission] de déclarer avoir proposé un paquet ambitieux alors qu’aucune action concrète ne sera prise.

Aujourd’hui tout le monde comprend que c’est un secteur unique sur lequel l’Europe a le pouvoir d’agir. Il s’agit d’encadrer la politique et la conception des produits. Si on ne le fait pas, personne ne pourra le faire. Et si les autorités nationales essaient de le faire elles-mêmes, et le font de façons diverses, cela créera des distorsions du marché.

Du point de vue du BEE, il reste deux grandes entraves à une législation efficace : la grande résistance de certains acteurs, qui ralentit le processus, et l’absence de garantie que la Commission va réellement produire un paquet ambitieux, malgré les protestations de l’industrie. Nous avons un sérieux doute là-dessus. La Commission a très souvent tendance à se ranger dans le camp de l’industrie.

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Au-delà de l’énergie, le textile, l’ameublement et les détergents sont des exemples de secteurs qui ne sont pas encore concernés par l’écoconception et pourraient évoluer. Le principe d’écoconception pourrait être étendu grâce à un programme de travail spécifique aux produits non liés à l’énergie, mais en leur appliquant la même approche.

Pensez-vous que la Commission fait passer les entreprises avant l’environnement ?

Je pense qu’ils donnent clairement la priorité aux entreprises, mais j’ai vu des signes positifs qui me font croire qu’ils commencent à comprendre que leur approche est obsolète. Je pense qu’ils ont compris, mais ils doivent sortir de l’état d’inertie. En Europe, nous devons combiner entreprises et environnement.

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Ce serait rentable.

Absolument. L’économie circulaire, c’est le commerce de l’avenir.

Ce commerce de l’avenir sera-t-il mené par des acteurs industriels existants ou par de nouveaux arrivants novateurs ?

Tout le monde sait que nous allons vers une économie circulaire, mais si la transition est trop lente, les vieux acteurs resteront sur le devant de la scène. Ils veulent garder les mains libres pour continuer à gagner le plus d’argent possible grâce à leur modèle d’entreprise traditionnel et quand cela ne fonctionnera vraiment plus, alors ils accepteront de changer. Je suis désolé de dire ça, mais c’est le cas de l’industrie des énergies fossiles. Ils ont les moyens d’inventer de nouvelles technologies renouvelables, mais ils gagnent tellement plus d’argent en continuant d’exploiter les carburants fossiles, pourquoi changeraient-ils leur modèle ?

Il est temps de créer les conditions nécessaires à l’émergence de nouveaux modèles et technologies novateurs qui mettront les vieux acteurs industriels au défi [de se réformer]. Pour être honnête, étant donné les moyens de ces vieux acteurs, je ne doute pas qu’ils puissent s’adapter.

Le rôle de la Commission et des autorités publiques et de faire ce que personne d’autre ne peut faire. Elles sont des décideurs politiques, pas des entreprises, et elles doivent agir comme tel. Elles doivent jouer la carte des politiques, pour secouer les entreprises. Ce sera positif pour l’industrie, pour l’investissement et pour la création d’emploi. Nous avons besoin d’un cadre réglementaire et économique.

Faut-il fixer des objectifs contraignants ?

Évidemment. Les objectifs contraignants nous agacent, mais en réalité c’est grâce à eux que nous faisons des progrès. Quand les objectifs sont volontaires, nous n’avançons pas.

À quoi ressemblerait un paquet sur l’économie circulaire réellement ambitieux ?

Il devrait inclure la définition des différents instruments, de la conception des produits aux politiques, des encouragements à l’utilisation des matières premières secondaires aux entreprises de recyclage et créer les outils nécessaires à l’émergence de nouveaux modèles d’entreprise et de consommation.

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Les consommateurs sont-ils prêts à payer plus pour des produits recyclés ?

Non. Pas si vous posez la question comme ça, mais je suis convaincu qu’ils sont prêts à payer le même prix pour obtenir la même chose – recyclée. Si le produit recyclé est aussi performant, ou mieux, et qu’il ne nuit pas à l’environnement, je suis sûr qu’ils paieront volontiers.

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