« Le marché du carbone ne nous permet pas d’atteindre nos objectifs climatiques »

Le prix du carbone devrait dépasser les 70 ou 80 euros pour permettre l’utilisation de technologie comme le captage et stockage du CO2 (CSC), estime Ian Duncan, l’eurodéputé écossais rapporteur sur la réforme du marché du carbone. 

L’eurodéputé écossais Ian Duncan est membre du parti des Conservateur et des Réformistes européens (CRE). Il a été nommé rapporteur pour les travaux de réforme de l’ETS le 16 septembre.

Le système d’échange de quotas d’émission européen (ETS) est le plus grand système d’échange de quotas d’émission au monde. Les entreprises réglementées mesurent et rendent compte de leurs émissions de C02, un quota équivalant à une tonne de CO2 émise. Les permis d’émission peuvent être vendus, ce qui encourage les entreprises à réduire leurs émissions, pour pouvoir vendre leurs surplus.

À propos de la réserve de stabilité du marché, vous étiez favorable à un lancement en 2017, mais la date a finalement été fixée à 2019. Est-ce significatif des tensions au sein du Parlement ?

Cela montre que la seule façon d’avancer est de reconnaitre ce que sont les compromis : un moyen d’aller de l’avant. Je voulais lancer ça en 2017, j’ai vraiment essayé. Je pensais que les alliances que j’avais faites nous auraient permis de le faire. Au final, 2019 était toujours mieux que l’alternative. Je pense que la leçon à tirer de ces négociations, c’est que je crois en l’écoute et en la concrétisation de nos projets.

Vous êtes membre des Conservateurs et Réformistes européens (CRE). Il y a deux grandes factions dans ce groupe : les Britanniques et les Polonais, qui ont des inquiétudes fondées quant à l’ETS…

Honnêtement, je pense que tous les groupes sont divisés sur certains sujets, et presque tous leurs représentants ont des opinions tranchées sur la nécessité de consulter la base industrielle, sur la fuite de carbone, sur une solution qui convienne à leurs nations. Je pense qu’il est surtout important de s’assurer que ces voix sont entendues. Nous n’irons nulle part en ignorant l’Est. Ces pays doivent être inclus dans la discussion. Et ce qui ressortira de la discussion dépendra des compromis atteints, mais il faut que tout le monde participe au débat. Je suis très ouvert à toutes les représentations et à qui pense avoir son mot à dire, tout comme le seront mes homologues [rapporteurs] fictifs, j’en suis sûr.

Pensez-vous que la fuite de carbone soit un problème réel ? [La fuite de carbone est la délocalisation de la production vers des pays qui ont des limites d’émissions moins strictes, ce qui réduirait les coûts.]

À ce jour, il n’y a pas beaucoup de preuves de ce phénomène, mais à 8 euros la tonne, ce n’est pas surprenant. Par contre, si le prix du carbone augmente, on se rendra compte de l’existence ou non du phénomène. À mon avis, à un certain point, la fuite de carbone aura lieu, en effet. Nous verrons.

La proposition de la Commission est basée sur un prix de 25 euros la tonne de CO2. D’où vient ce chiffre ? L’acceptez-vous ?

C’est une très bonne question. En réalité, je ne sais pas très bien comment ils sont arrivés à ce prix. Ce que nous savons, c’est le prix actuel. J’ai essayé de comprendre comment la Commission est arrivée à certaines des caractéristiques de son approche, et je pense qu’à l’heure actuelle il n’existe pas de fondement logique pour tout. Il est très difficile de se projeter et d’être sûr de tous ces chiffres.

Pensez-vous que la Commission se montre trop optimiste ?

Peut-être, étant donné les innovations qui doivent encore voir le jour [pour que les plans de la Commission se réalisent]. Prenez le captage et stockage du dioxyde de carbone (CSC), je sais que l’on en parle pas énormément, mais si on compte réellement avancer sur le CSC, le prix du carbone devrait dépasser les 70 ou 80 euros. Imaginez toutes les innovations qui devraient être mises en place pour que cela fonctionne réellement…

Le CSC n’est-il pas simplement trop cher?

Aujourd’hui, je ne vois pas vraiment comment le CSC pourrait fonctionner. C’est une option que je veux explorer à l’avenir, mais il n’y a aucun doute : si nous voulons garder la possibilité d’émettre du carbone ou de l’hydrocarbone à l’avenir, il faudra passer pas le CSC.

Comment s’assurer que le marché du carbone ne tombera plus en panne ?

Le marché du carbone d’aujourd’hui est un peu comme une voiture sans essence. Il ne va nulle part, c’est évident. Il n’encourage pas l’innovation ni le changement, il ne nous permet pas d’atteindre nos objectifs climatiques. Franchement, je pense qu’on est loin de pouvoir l’empêcher de retomber en panne, il faut d’abord essayer de le remettre en marche !

Quels éléments des réformes risquent, selon vous, de créer des tensions au Parlement ?

Je suis presque sûr que les contentieux seront les mêmes que ceux du débat sur la réserve de stabilité du marché. Je ne souhaite pas faire plus d’hypothèse que cela, il s’agit d’une proposition différente, mais [le débat sur la réserve] est certainement une bonne indication.

Trouvez-vous l’objectif de réduction d’au moins 40 % des gaz à effet de serre d’ici 2030 assez ambitieux ?

Je sais que c’est controversé. C’est certainement ambitieux, mais est-ce assez ambitieux ? Le vrai test n’est pas l’objectif que vous vous fixez, mais celui que vous atteignez. C’est ça qu’il faut voir.

La proposition de la Commission prévoit-elle d’allouer des permis de carbone gratuits à trop d’entreprises ?

Je soupçonne que ce sujet sera au centre de certaines discussions très importantes. Et je n’irai pas plus loin. C’est un sujet qui sera débattu avec les rapporteurs fictifs, la Commission et le Parlement en général.

À quoi vous attendez-vous lors de la Conférence de l’ONU sur le changement climatique à Paris en novembre ?

Le nouveau Parlement et la nouvelle Commission sont entrés en fonction l’an passé, donc nous n’avons pas fait les progrès que j’avais espérés en tant qu’observateur. Tout le monde a pris ses marques, et nous devons être plus efficaces quand nous négocions et encourageons le changement. Nous devons aussi être plus disposés à écouter les négociateurs des pays en développement et les donateurs, et être plus ouverts.

Aujourd’hui, il semble clair qu’il n’y aura pas d’objectif contraignant pour limiter le réchauffement climatique. L’UE a-t-elle donc un rôle à jouer dans l’édification d’un accord assez solide ?

C’est là que les choses se compliquent. Je pense que l’UE doit négocier de façon sophistiquée. Elle ne peut se contenter de se poser en champion de la morale et de donner au reste du monde l’ordre d’avancer, parce qu’elle doit pouvoir faire cela d’une manière progressiste et en reconnaissant les défis pour toute la planète. Je pense que cela n’était pas assez clair lors des dernières négociations [à Lima].

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