Le recyclage des déchets d’entreprise, un marché encore inexploité

Les entreprises française de plus de 100 salariés sont à présent obligées de recycler. [Craig Mathison/Flickr]

Une dizaine d’acteurs seulement proposent aux PME françaises de collecter leurs déchets, alors que la loi de transition énergétique les oblige désormais à les trier et collecter séparément le papier. Fabien de Castilla, cofondateur de l’une d’entre elles, regrette que les politiques publiques soient trop peu encourageantes. Une interview de notre partenaire, La Tribune.

Fabien de Castilla est cofondateur de l’entreprise de collecte des déchets d’entreprise Les Joyeux Recycleurs.

Aujourd’hui, les entreprises sont-elles meilleures ou pires que les particuliers en terme de recyclage?

Sans doute pires. Les particuliers recyclent environ deux tiers de leurs déchets en France, les entreprises pas plus que la moitié.

>> Lire : L’absence de fiscalité adéquate pénalise le recyclage

Y sont-elles tenues?

Alors que la responsabilité de la collecte et du traitement des déchets des particuliers incombe aux collectivités territoriales, les entreprises en sont, selon la loi, personnellement responsables. En théorie, elles n’ont ainsi pas le droit d’utiliser les poubelles mises à la disposition de leurs voisins: si elles veulent que la collectivité locale collecte leurs déchets, elles doivent demander des poubelles dédiées, payantes. La loi relative à la transition énergétique impose en outre désormais à toutes les entreprises (dans des délais variant selon leur taille [pour les entreprises de plus de 100 salariés, l’obligation est entrée en vigueur le 1er juillet]) de recycler leurs déchets, ainsi que de collecter séparément le papier.

Quels sont les principaux freins?

Bien qu’une meilleure gestion des déchets puisse avoir des conséquences positives en termes de réputation, cohésion interne etc., les entreprises n’en tirent aucun bénéfice économique direct. Et alors que les grosses structures produisent des volumes suffisants pour intéresser quelques gros recycleurs privés, pour les PME il n’existe pas assez d’offres de collecte simples.

La complexité concerne tant les règles de tri que la multiplicité des filières et des acteurs existants. A cela s’ajoute un manque de transparence concernant l’utilisation des déchets triés ainsi que la contrepartie financière ou sociale que peut engendrer le geste de tri. C’est d’autant plus dommage car, en termes de traitement, quasiment tout est techniquement recyclable.

>> Lire : La chute des matières premières pénalise l’industrie du recyclage

Quelle est la taille de ce marché?

Avec quelques rares exceptions dans le secteur des nouvelles technologies, chaque collaborateur jette 5 kilos en moyenne de papier -qui constitue 80% des déchets de bureau- par mois: ce qui signifie plus d’un milliard de tonnes annuelles pour les quelque 25 millions d’actifs français.

Or, les acteurs qui s’adressent aux PME françaises (3,7 millions selon l’Insee en 2011, NDLR) sont une dizaine dans tout l’Hexagone, couvrant surtout les grandes agglomérations, dont trois à Paris. Et 99% de nos clients -que nous facturons en moyenne 100 euros par mois- ne recyclaient pas leurs déchets avant: si ce constat est d’une part inquiétant, il souligne néanmoins le potentiel démesuré de ce secteur.

Quid du secteur public?

Il est juridiquement aussi responsable de la gestion de ses déchets, et obligé de le trier. Mais nous ne disposons pas de données concernant leur collecte et traitement effectifs.

Une disposition contraignante était-elle vraiment nécessaire pour améliorer les performances?

En termes d’impact pédagogique, son adoption doit sans doute être saluée. Mais les sanctions prévues sont faibles et la mise en œuvre de contrôles improbable, du moins à moyen terme. Il aurait été plus intéressant de prévoir des dispositifs (subventions, primes) encourageant les entreprises à commencer à recycler. Nous constatons en effet qu’une fois que le tri a été amorcé, il devient naturel, d’autant plus que nombre de salariés le font déjà chez eux. Si une telle politique publique impliquerait des coûts, elle engendrerait aussi des économies: il ne faut pas oublier que chaque tonne de déchets gérée par les collectivités territoriales leur coûte plus de 100 euros pour la collecte et 100 pour le traitement.

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