Des villes durables [FR]

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Les impératifs du changement climatique ont attiré l’attention sur les villes d’Europe, qui accueillent 80 % des Européens et qui consomment une part de ressources naturelles disproportionnée par rapport à leur superficie.

La Commission européenne considère que les villes sont au cœur des efforts européens en matière de développement durable (EURACTIV 13/06/07). En janvier 2006, elle a lancé une stratégie thématique pour le développement urbain. 

La stratégie, une des sept stratégies thématiques du sixième programme d’action pour l’environnement de la Commission (6e PAE), est limitée dans ses actions puisqu’elle ne dispose pas de compétence directe sur les affaires urbaines. Toutefois, les mesures sectorielles de l’UE dans les domaines du transport, de l’environnement et des affaires sociales peuvent avoir des répercussions importantes sur les villes. 

Les ministres européens en charge du développement urbain et spatial ont également tenté de poser les fondements d’une politique européenne en matière d’urbanisme en signant la Charte de Leipzig sur les villes européennes durables (EURACTIV 24/05/07) le 24 mai 2007. En outre, en janvier 2008, près de 100 maires européens ont signé un acte soutenu par la Commission, qui consiste en un engagement des dirigeants des villes, qui ont promis de dépasser l’objectif  de l’UE visant à réduire les émissions de CO2 de 20 % d’ici 2020.

Un tableau mitigé

On constate de grandes disparités entre les villes européennes en termes de durabilité environnementale. Londres, par exemple, se distingue par son engagement dans un programme ambitieux en matière de changement climatique indépendant des efforts du gouvernement britannique. D’autres capitales européennes et centres urbains, par contre, sont à la traîne.  

Par ailleurs, la durabilité ne se mesure pas uniquement en termes environnementaux, mais également en termes sociaux et économiques. 

Fin septembre, la Commission a publié les résultats d’un audit urbain des villes européennes. L’audit, qui a mesuré des données allant du secteur du logement, de la santé et de la criminalité à celui du climat et de l’environnement, a révélé de grandes disparités dans la qualité de vie des villes européennes (EURACTIV 24/09/08).

Les villes gagnent en puissance

A l’exception de Varsovie et d’autres villes des nouveaux Etats membres de l’UE qui dépendent de centrales électriques de quartier, la plupart des zones urbaines européennes dépendent de l’électricité produite dans des centrales plus grandes et sont alimentées à sens unique sur de longues distances jusqu’aux ménages par le biais de vastes réseaux d’électricité. 

Ce système suscite de plus en plus de critiques, qui lui reproche d’être peu économique à cause des pertes d’efficacité au cours du transport de l’électricité ainsi que du fait qu’un grand nombre de bâtiments et de ménages nécessitent des améliorations urgentes au niveau de l’efficacité. 

Outre l’amélioration de l’isolation et les mesures pour réduire le gaspillage de l’énergie dans les bâtiments (lire le Linksdossier EURACTIV sur les bâtiments écologiques), de plus en plus de voix appellent à une modification de la manière dont l’électricité est générée et distribuée de sorte que les bâtiments deviennent à la fois producteurs et consommateurs d’électricité. 

Cette vision de « microgénération » et ou de génération décentralisée se reflète dans un rapport  en première lecture du Parlement élaboré en réponse à la proposition de la Commission émise le 23 janvier, qui vise à mettre en place une législation ambitieuse en matière d’énergies renouvelables (lire le Linksdossier d’EURACTIV).

L’économie protégée du besoin

Utiliser les déchets des citadins pour produire de l’énergie et de la chaleur est le moyen de répondre en une seule fois à la demande en énergie et aux préoccupations liées à la gestion des déchets. C’est ce qu’a indiqué l’ex-maire adjointe de Londres Nicky Garvon, qui a parlé à EURACTIV en juillet 2007 d’un grand nombre de questions liées à la durabilité des villes (EURACTIV 10/07/07).

Mais cette vision est bien loin de la réalité à Londres et ailleurs. Les niveaux de recyclage varient grandement d’une ville à une autre. Des villes tels que Dresde et Francfort sur le Main recyclent près de 80 % de leurs déchets, alors que Bruxelles en incinère plus de 90 %. En outre, plus d’un tiers des villes européennes utilisent des décharges à ciel ouvert pour plus de 80 % de leurs déchets. C’est ce qu’a indiqué un audit urbain de la Commission.

Les groupes écologistes indiquent qu’une partie du problème repose sur les divergences des cadres législatifs nationaux en matière de gestion des déchets. Les efforts pour imposer aux Etats membres de l’UE des objectifs contraignants dans le domaine de la prévention des déchets n’ont pas été approuvés par la majorité des eurodéputés lors du vote sur le dossier, qui a eu lieu en juin 2008 (EURACTIV 18/06/08). 

Les villes à sec

Un grand nombre de villes sont de plus en plus préoccupées par la fiabilité des réserves en eau potable, en particulier dans les pays européens du bassin méditerranéen, où les citadins doivent rivaliser avec les paysans pour avoir accès à l’eau potable. 

A l’instar de la situation dans le secteur de la gestion de l’eau, l’UE ne dispose pas d’une approche harmonisée en matière de politique de l’eau. Certains Etats membres, comme l’Allemagne, ont imposé une tarification de l’eau et des mesures de comptage strictes, alors que d’autres Etats membres n’utilisent aucune politique tarifaire (lire le LinksDossier EURACTIV sur les politiques de l’UE en matière d’eau douce). 

La Commission a incité à utiliser davantage la tarification de l’eau comme moyen de réduire les eaux usées. Toutefois, selon les groupes environnementaux, même si les citadins pourront être encouragés à consommer moins d’eau, il sera plus difficile d’inciter les agriculteurs à utiliser l’eau de manière plus efficace (EURACTIV 18/07/07).

Pousser le bouchon un peu trop loin

Un grand nombre de villes européennes souffrent des embouteillages et d’autres nuisances telles que la pollution, le bruit et les accidents, qui atteignent des niveaux très élevés et qui sont causées principalement par l’utilisation excessive de véhicules privés. 

75 % des trajets dans les zones métropolitaines sont effectués par voiture, selon la Commission. Le total des kilomètres parcourus dans le zones urbaines européennes devrait encore augmenter de 40 % entre 1995 et 2030, ce qui impliquera des conséquences importantes pour la santé et la qualité de vie des citadins et pour la performance économique des villes. 

En septembre 2007, la Commission a présenté une nouvelle stratégie avec une série de solutions potentielles et des zones où l’UE pourrait agir afin de répondre à la saturation croissante du trafic, à l’augmentation de la pollution et aux problèmes de santé dans les villes européennes (lire le LinksDossier d’EURACTIV sur les transports urbains)

Lors d’une déclaration faite le 6 octobre dans le cadre de la semaine européenne des régions et des villes, le président de la Commission José Manuel Barroso a indiqué que l’Europe doit regarder vers le monde et vers l’avenir ; elle doit être ouverte, unie et prête au partage. Selon lui, c’est d’autant plus nécessaire dans le contexte économique actuel. Il a en outre souligné que les régions et les villes d’Europe ont un rôle clé à jouer pour que l’UE atteigne ses objectifs. 

Le combat du développement durable sera très certainement décidé dans les villes, a affirmé la Commissaire européenne à la Politique régionale Danuta Hübner. Selon elle, nous avons besoin de villes saines, qui utilisent judicieusement leurs ressources de manière innovante et durable, des villes pour tous, pour les citoyens d’aujourd’hui et pour les générations à venir. 

L’eurodéputé socialiste hongrois Gyula Hegyi, l’auteur du rapport du Parlement sur la stratégie thématique de la Commission sur l’environnement urbain, a regretté qu’en tant que groupe, les citoyens résidant dans les villes ne soient pas correctement visés par les fonds de l’UE. Il a en outre cité les préoccupations au sujet des ressources budgétaires excessives de l’UE dépensées dans l’agriculture et dans des projets d’infrastructures régionales. 

M. Hegyi considère également que la pollution liée au transport est l’un des défis les plus important pour la durabilité des villes (lire l’entretien d’EURACTIV du 18/05/08).

Dans son rapport sur la législation européenne en matière d’énergies renouvelables, l’eurodéputé écologiste luxembourgeois Claude Turmes, a appelé à ce que les fonds européens soutiennent l’alliance stratégique avec les villes et les régions progressistes, qui vise à déployer de manière ascendante l’énorme diversité des technologies nécessaires à la transformation du rôle des bâtiments dans le système énergétique européen. 

Alors que les gouvernements nationaux n’arrivent toujours pas se mettre d’accord sur une ligne de conduite en matière de réchauffement climatique, les villes, qui sont responsables de près des trois quarts des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, font preuve aujourd’hui de leadership en mettant en place des mesures décisives nécessaires pour éviter un changement climatique catastrophique. C’est ce qu’a indiqué l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, qui a mis en place un péage urbain à Londres au cours de son mandat. 

Eurocities, le réseau des principales villes européennes, publie des rapports et des documents de synthèse sur différents aspects liés aux questions urbaines dans le contexte européen. Dans sa déclaration du mois de juin sur le changement climatique, l’organisation a affirmé que le niveau local a un rôle essentiel à jouer dans la lutter contre le changement climatique. Selon Eurocities, c’est la raison pour laquelle les villes sont des partenaires cruciaux qui doivent coopérer avec les institutions européennes et les Etats membres. 

 

  • Jan. 2006 : la Commission lance une stratégie thématique pour le développement urbain ; 
  • 24 mai 2007 : adoption de la Charte de Leipzig sur les villes européennes durables ; 
  • déc. 2008 : vote en plénière du Parlement sur le projet de directive sur les renouvelables ; 
  • 2009 : révision à mi-parcours de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments ; 
  • sept. 2009 : rapport de la Commission sur l’état des villes européennes.

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