Financer l’économie à faibles émissions de CO2 [FR]

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Les objectifs politiques visant à réduire les émissions de CO2 et à transformer le système énergétique vont façonner le développement économique et industriel des prochaines décennies. La « troisième révolution industrielle » pourrait toutefois être entravée par une restriction financière alors que le monde lutte contre la pire crise financière depuis la Grande Dépression.

En 2000, les leaders européens ont formulé un plan d’action non contraignant pour projeter l’économie européenne dans le XXIème siècle. Connu sous le nom de stratégie de Lisbonne, ce plan était supposé unir les économies européennes en stimulant l’innovation, l’emploi et la croissance ainsi qu’assurer une meilleure cohésion sociale et une meilleure durabilité environnementale.

Huit ans plus tard, l’inventaire et l’évaluation des progrès de l’agenda de Lisbonne ont montré que beaucoup reste à faire (EURACTIV 12/12/07). Les bouleversements mondiaux majeurs ont terriblement altéré les paysages économiques et politiques que les dirigeants européens avaient entrevus en 2000.

Parallèlement, les principaux scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme sur le réchauffement et le changement climatiques, mettant le sujet en tête de l’agenda politique de l’UE les deux dernières années. 

Les partisans d’une économie à faibles émissions de CO2 estiment qu’une décision visant à financer désormais massivement les technologies propres pourrait créer des emplois et diminuer les émissions de CO2 ainsi que la dépendance aux énergies fossiles. Mais les économies européennes manquent de soutien, et de nombreux freins à la croissance économique et à l’investissement, auxquels fait face l’UE au début de la décennie, persistent alors que la décennie arrive à son terme. 

Les technologies « vertes » ou « propres » sont considérées comme essentielles au paquet climat et énergie, adopté en décembre dernier, qui est conçu pour réduire les émissions de CO2 européennes de 20 % d’ici à 2020 et pour augmenter les énergies renouvelables de 20 % au cours de la même période. 

Les technologies du secteur de l’énergie comprennent des formes d’énergies renouvelables comme l’éolien, le solaire et l’hydrogène. Mais elles incluent également des technologies plus conventionnelles telles que la fission nucléaire « durable », et le captage et le stockage du dioxyde de carbone (CSC – voir le LinksDossier d’EURACTIV), à propos duquel les groupes environnementaux se demandent s’il peut être ou non véritablement considéré comme propre.

Les technologies qui réduisent les émissions de CO2 dans le secteur du transport sont également de plus en plus utilisées, avec plus d’innovations en vue. Restent des points d’interrogation en particulier sur la question de savoir pourquoi il a fallu tant de temps pour que les véhicules électriques deviennent commercialement viables (voir le LinksDossier d’EURACTIV sur les automobiles et le CO2).

La parfaite tempête?

L’Europe a été mieux protégée contre les fusions financières mondiales que les Etats-Unis, l’épicentre de la « tempête » de la récession. Les chiffres du chômage américain pour 2008 ont atteint leur plus haut niveau depuis quarante ans. 

D’autres acteurs économiques majeurs ont également subi un déclin. La Chine a récemment injecté 500 milliards de dollars américains dans son économie, ce qui a été considéré comme une pleine admission que la respiration économique du « dragon » se ralentissait à un niveau inquiétant pour les dirigeants du parti communiste. 

En revanche, le déclin relativement limité de l’Europe constitue pour certains observateurs la preuve que des politiques économiques keynésiennes continues et des marchés fragmentés ont mis le continent à l’abri des pires retombées. 

Néanmoins, l’Allemagne, la plus importante économie européenne, est en pleine récession ; le florissant marché immobilier espagnol s’est effondré ; les chiffres britanniques du chômage inquiètent Downing Street et la division règne parmi les leaders européens quant au meilleur moyen de résoudre la situation (EURACTIV 05/11/08 ,25/11/08).

C’est dans ce contexte que les Etats membres ont adopté en décembre 2008 un paquet de mesures relatives au changement climatique, que les groupes environnementaux ont critiqué comme étant terriblement édulcorées. Elles comprennent un système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre révisé (SCEQE ; voir le LinksDossier d’EURACTIV) pour les principales industries, et des règles de « partage d’effort » pour les secteurs non industriels. 

Pour de nombreux observateurs, les industries traditionnelles ont bénéficié d’un « tour gratuit » dans le cadre de l’accord européen, soulevant des craintes que les exemptions continues pour les industries lourdes et que les retombées économiques ruineront les efforts naissants de financer la transformation vers une économie à faible émissions de carbone.

Barack Obama : le grand espoir 

Mais la crise économique et un paquet climat et énergie indubitablement plus faible qu’optimal ne découragent pas les espoirs que des fonds seront bientôt mis à disposition pour financer la transformation vers une économie à faibles émissions de carbone, et/ou que les fonds seront dirigés vers un effort concerté de réduction des émissions de gaz à effet de serre une fois que les capacités de financement se seront améliorées. 

Le président américain Barack Obama a promis de dépenser 150 milliards de dollars américains sur les dix prochaines années. Les choix de l’ancien sénateur de l’Illinois quant aux nominations aux postes de cabinets traitant de l’énergie et du climat ont également provoqué quelques froncements de sourcils outre Atlantique, posant des questions quant à la durée du leadership mondial européen dans la lutte contre le changement climatique (EURACTIV 12/12/08). 

Les enthousiastes espèrent qu’un appui du gouvernement américain pour des technologies propres donnera confiance aux investisseurs et revigoreront les flux de financement mondial nécessaires à la réalisation de projets à forte proportion de capital, comme les champs d’éoliennes au large des côtes.

Sur le terrain

A court terme, toutefois, les flux de crédits se sont taris, bloquant les investissements dans les projets à forte proportion de capital dans le secteur du combustible fossile tout comme dans celui des énergies renouvelables. Depuis les années 1980, la recherche et les investissements dans le secteur de l’énergie ont également diminué dans l’UE, et la plupart des firmes européennes de l’énergie n’ont dépensé que moins d’1 % de leurs ventes nettes dans l’innovation des technologies propres, selon la Commission européenne. 

Le besoin de rénover les infrastructures basiques et traditionnelles de transport d’énergie européennes, tel le réseau électrique, rend le défi encore plus complexe.

Dans un Livre vert du 13 novembre sur l’infrastructure énergétique, qui fait partie d’une stratégie énergétique plus vaste, la Commission a déclaré qu’au moins 300 milliards d’euros d’investissements sont nécessaires sur les 25 prochaines années pour remplacer les anciens réseaux électriques et gaziers et anticiper une forte hausse des prix. 

Alors que de plus en plus d’électricité produite à partir de sources renouvelables doit être acheminée par les réseaux européens suite à l’adoption d’une ambitieuse directive sur les énergies renouvelables (EURACTIV 09/12/08), la plupart des dépenses prévues sur les infrastructures visent à permettre la transmission d’électricité produite à partir de combustible fossile. Cela suscite des inquiétudes quant au fait que l’Europe s’enferme dans des années de dépendance aux combustibles non renouvelables, plutôt que de poser les fondements d’un avenir à faibles émissions de carbone. 

La magie du marché?

Un accord pour utiliser 300 millions de permis ETS comme « carotte » pour les pionniers du développement de centrale de démonstration de CSC va quelque peu à l’encontre du contrôle des émissions de CO2, même si, comme on l’ont prédit de nombreux observateurs,  les combustibles fossiles, comme le charbon, continuent de jouer un rôle central dans le bouquet énergétique européen (et mondial). 
Mais la valeur de ces permis dépendra de la bonne ou de la mauvaise santé du système ETS en Europe. Ceux qui sont sceptiques par rapport aux mécanismes basés sur le marché soutiennent qu’une simple taxe sur les émissions de CO2 conférerait les fonds nécessaires à toutes sortes de technologies propres. 

Mais la notion de taxe sur le carbone est évitée par la plupart des gouvernements pour des raisons politiques. Les autorités publiques de l’UE et d’ailleurs semblent convaincues par le fait que poser des limites aux émissions de CO2 et autoriser certaines entreprises à échanger des quotas d’émission est la meilleure alternative à la taxation.  

Alors qu’il n’en est encore qu’à ses débuts, le marché du carbone et le développement du concept de commerce d’émissions montrent que de nouveaux financements peuvent être mobilisés de manière efficace pour un avenir à faibles émissions de carbone, a déclaré le président de la Commission José Manuel Barroso en septembre 2007.

Diminuer au fur et à mesure les plafonds d’émission conduira a priori à un pénurie des permis, ce qui augmentera le prix des polluants et incitera par conséquent les entreprises à investir dans des technologies propres qui seront rentabilisées en quelques années, plutôt que de continuer à acheter des quotas d’émission. Le système ETS est largement considéré comme le système d’échange de quotas phare dans le monde, et ceux qui le soutiennent espèrent qu’il pourra être relié aux autres marchés du carbone, notamment aux Etats-Unis. 

A la recherche de réponses

La Commission, qui a dévoilé en novembre un plan stratégique européen pour les technologies énergétiques (SET) ainsi qu’une carte des technologies propres, devrait fournir en mars 2009 un plus ample aperçu du casse-tête financier dans une communication sur le financement du plan SET. Bruxelles a également soumis une communication sur les marchés pilotes, identifiant six domaines prioritaires dont l’énergie renouvelable et la construction durable (cf. le LinksDossier d’EURACTIV).
Le soutien aux mécanismes basés sur le marché devrait jouer un rôle important dans la communication, dans la mesure où les fonds de l’UE sont limités et où les Etats membres ont déjà contribué de manière importante, à hauteur de plusieurs milliards d’euros, au plan de relance économique européen (EURACTIV 11/12/08). 

Dans sa feuille de route pour 2009, la direction générale de l’Energie et des transports de la Commission européenne a admis qu’un investissement très substantiel (public et privé) sera requis pour progresser jusqu’à l’objectif de 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, est convaincu qu’un élan massif vers les technologies propres créera « des milliers de nouvelles entreprises et des millions d'emplois en Europe », selon un communiqué de presse du 23 janvier 2008. 
Mais le récent déclin des marchés financiers mondiaux a jeté des doutes sur la question de savoir si la récession est le meilleur moment de dépenser de grosses sommes dans des investissements dans les technologies propres, qui ne seront peut être compensés que dans quelques années, plutôt que dans des programmes de relance et de préservation d’emploi à court terme. 

La chancelière allemande Angela Merkel, qui présidait l’UE lorsque les 27 Etats membres ont pris leur engagement historique de diminuer de 20 % leurs émissions de CO2 d’ici à 2020, a fait les gros titres de la presse internationale lorsqu’elle a fait fortement pression, lors de la préparation au sommet des 11 et 12 décembre 2008, pour alléger les obligations de réduction d’émissions pour les industries lourdes de son pays.  Un régime de réduction de CO2 trop contraignant n’aurait aucun sens dans la perspective des préoccupations autour de la compétitivité et de l’emploi, a-t-elle soutenu.

La Pologne et l’Italie, ainsi que sept autres Etats membres d’Europe centrale et orientale, ont avancé des préoccupations similaires. 

Les partisans des énergies renouvelables et autres énergies propres ont laissé entendre que le moment était parfait pour un « changement de paradigme » dans lequel l’ensemble du système énergétique, y compris les infrastructures clés, doivent être repensés. 

Pour un avenir plus vert, selon le « gourou » de l’économie verte, Jeremy Rifkin, il faut s’éloigner du système centralisé, dans lequel d’importantes centrales thermiques produisent et transportent de l’électricité sur de longues distances, et d’aller vers un système décentralisé de production électrique dans lequel les bâtiments et les municipalités généreront leurs propres chauffage et électricité grâce à des technologies d’énergie renouvelable (voir le LinksDossier EURACTIV).

Nick Mabey, fondateur du think tank britannique E3G et ancien conseiller de l’unité stratégique du Premier ministre du Royaume-Uni, a critiqué le fait que l’UE base son système de CSC en premier lieu sur le système communautaire d'échange de quotas d'émission, insistant sur le fait que les prix du carbone ne sont pas suffisamment élevés pour rendre le CSC compétitif, d’autant plus si un accord solide de l’ONU sur le climat est conclu qui plafonnerait les prix des permis européens au prix de permis acquis à l’extérieur.

Il y a une tension fondamentale entre le fait d’utiliser le commerce international dans le système ETS pour diminuer les coûts afin d’atteindre les objectifs de l’UE, et le fait d’attendre de ce système qu’il envoie des signaux de prix suffisants pour stimuler les investissements requis dans l’énergie verte afin d’attendre les objectifs de l’UE de 2050, a indiqué M. Mabey. Le directeur du think tank E3G appelle en outre à des politiques complémentaires incluant des fonds publics européens et une législation plus claire. 

Les industries renouvelables appellent au développement d’un réseau législatif concret pour garantir l’investissement futur dans les énergies propres. 

Le European Renewable Energy Council (EREC) a souligné en novembre 2008 que les secteurs de l’énergie renouvelable pourraient fournir plus de 20 % de l’énergie de l’UE si les Etats membres continuent d’investir dans les nouvelles technologies. Un réseau stable à long terme est essentiel aux développements futurs, a relevé la secrétaire générale de l’EREC, Christine Lins, dans une déclaration de novembre 2008.

La European Solar Thermal Industry Association (ESTIF) a déclaré que la directive sur l’énergie renouvelable de l’UE, adoptée en décembre, crée un climat favorable aux investissements pour un développement à plus long terme de leurs industries. Dans le même ordre d’idée, la European Wind Energy Association (EWEA) a indiqué que, selon elle, la directive permettrait à l’industrie de l’énergie éolienne de se développer en vue de satisfaire les besoins européens en électricité qui ne cessent d’augmenter.  

Les organisations environnementales ont fait pression pour que l’on se concentre sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique lors de la transition vers une économie à faibles émissions de CO2.

Greenpeace a recommandé dans son rapport de décembre que toutes les subventions destinées aux centrales, appareils, véhicules et bâtiments inefficaces, de même que l’utilisation de combustible fossile et de centrales nucléaires soient progressivement abandonnées. L’organisation a également appelé à des normes d’efficacité progressives, à des objectifs contraignants et à un soutien stable pour les énergies renouvelables.

Le WWF a également suggéré de rediriger les subventions annuelles aux combustibles fossiles vers le soutien à un système propre et efficace. Le nucléaire ne fait pas partie de ce projet. 

  • 22 nov. 2007 : la Commission a présenté le plan SET (LinksDossier d'EURACTIV).
  • 12 déc. 2008 : les leaders européens ont approuvé un accord de compromis sur le paquet climat et énergie (EURACTIV 12/12/08).
  • 17 déc.  2008 : la plénière du Parlement a voté en faveur de l’accord (EURACTIV 18/12/08).
  • Mars 2009 : communication sur le financement du plan SET.

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